Sep 22

EPR : L’ESPRIT MUNICHOIS DES DIRIGEANTS DE L’AUTORITÉ DE SÛRETÉ NUCLÉAIRE (ASN)

Lettre ouverte aux dirigeants de l’ASN et en particulier à Pierre-Franck Chevet

Le 24 septembre prochain se clôturera la consultation du public lancée le 3 septembre par l’ASN sur son site, concernant la mise en service de la cuve de l’EPR de Flamanville. Pas plus que celle de septembre 2017 sur l’homologation de l’acier de la cuve du réacteur qui avait pourtant recueillie plus de 13000 commentaires en grande majorité défavorables, celle en cours n’influera sur la décision des dirigeants de l’ASN. Il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet. D’ailleurs un responsable l’a reconnu, ces consultations sur ces dossiers très techniques et controversés ne cherchent pas à recueillir des avis susceptibles de réorienter les décisions, mais d’offrir des bases d’information permettant d’élaborer les plans de communications œuvrant à mieux faire passer l’inavalable pilule de la décision contestée.

Certains iront néanmoins commenter le projet d’avis, déjà rédigé, de l’ASN, parce qu’il est difficile de se taire quand on est confronté à une folie (Et pourtant je peux vous assurer que tout est fait pour décourager l’écriture d’un commentaire. À commencer par l’ouverture humiliante du compte sur le site : on vous oblige, pour prouver que vous n’êtes pas un robot, à accepter de mettre votre fierté dans votre poche…). Et les antinucléaires, bien qu’incrédules quant à l’efficacité de la démarche, craignent bien trop qu’on leur reproche leur désintérêt pour un sujet aussi grave, et particulièrement en cas d’accident ultérieur, pour risquer de s’en affranchir. Mais je le répète le résultat est déjà connu : malgré les 13000 commentaires de l’année dernière, très souvent bien argumentés y compris par des spécialistes, pas un mot n’avait été modifié dans le projet d’avis sur l’acier de la cuve.

Et une fois la consultation clôturée, Pierre-Franck Chevet, le Directeur Général de l’ASN, signera l’avis d’expertise autorisant la mise en service de la cuve de l’EPR.

Il le fera dans une période, cette année, en revanche un peu particulière.

L’Histoire en effet veut se mêler de l’affaire.

Les accords de Munich de 1938

Effectivement, nous allons bientôt affronter le 80ème anniversaire des accords de Munich. Ces accords, synonyme de lâcheté politique à son plus haut degré, qui, les 29 et 30 septembre 1938, scellèrent le sort de la Tchécoslovaquie et bientôt celui de millions de juifs, de communistes, de gitans, d’handicapés physiques et mentaux, pour finalement aboutir avec la seconde guerre mondiale et la Shoah au conflit le plus meurtrier de l’Histoire avec plus de 60 millions de morts ; soit 2,5 % de la population mondiale de l’époque (Les estimations des historiens [tout comme celles des nucléophiles après un accident nucléaire, mais avec, chez les premiers, beaucoup moins d’écart avec la réalité] varient sensiblement néanmoins : globalement, de 50 millions de morts, pour le chiffre minimal, à 85 millions, pour le chiffre maximal. Et ces chiffres ne prennent pas en considération les morts de carences, de suites de blessures, ou autres maladies consécutives au conflit après mai 1945 en Europe, et septembre 1945 en Asie (après l’explosion des bombes atomiques de Nagasaki et d’Hiroshima). Le chiffre du nombre des morts après septembre 1945 est sans aucun doute très élevé : un grand nombre d’irradiés, de soldats grièvement blessés décédèrent, ainsi qu’un grand nombre de déportés rescapés qui moururent des conséquences de mauvais traitements, de privations diverses. Du fait du manque de services médicaux et hospitaliers, souvent dégradés, la mortalité fût plus importante qu’avant 1939. Après 1945, la famine était présente en certaines zones de l’URSS, dans les Balkans, et même dans l’Europe occidentale, sans oublier l’Asie, très impactée, on ne le sait pas assez. Par ailleurs, il ne faut pas négliger les conséquences psychologiques, très importantes, avec un grand nombre de personnes traumatisées, parfois sur plusieurs générations).

Hitler fut le promoteur de cet holocauste.

Mais il ne fut pas seul à Munich. Les accords qui portent le nom de cette ville et qui représentent désormais le symbole absolu de la lâcheté, il les signa en présence de Mussolini avec le Premier ministre anglais Chamberlain et le Président du Conseil français Daladier.

L’historien anglais Martin Gilbert affirme que le futur Premier ministre du Royaume-Uni, Winston Churchill, n’aurait pas tenu sa célèbre formule de condamnation des accords à l’occasion d’un discours le 21 novembre 1938, après les accords donc, mais aurait couché sur papier une formule similaire avant les accords de Munich dans une lettre adressée à son ami Walter Guinness le 11 septembre 1938. C’est après la signature des accords que des commentateurs auraient fait circuler différentes versions du mot historique prêté à Churchill.

A-t-il dit : « Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre » ?

A-t-il affirmé : « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre » ?

A-t-il écrit autre chose mais néanmoins d’assez proche ? Peu importe.

Dans tous les cas il ne s’est pas trompé.

ET MOI JE VOUS LE DIS, DIRIGEANTS DE L’ASN, JE VOUS LE DIS, PIERRE-FRANCK CHEVET : « Vous voulez vous éviter d’endosser la responsabilité, qui vous est pourtant étrangère, d’une crise financière et économique de la filière nucléaire au prix du déshonneur et de la honte (une responsabilité qui s’est exercée sur vous sous la forme d’un chantage, la Commission européenne ayant mis comme condition inadmissible à son accord à la recapitalisation d’Areva, que vous accordiez votre homologation à la cuve de l’EPR malgré ses anomalies. Chantage auquel vous avez pour le moment lâchement cédé en validant l’acier de la cuve dont la résilience n’est pourtant pas aux normes requises, un comble pour une centrale de cette puissance, et en violation des principes de base de toute technologie), vous avez donc déjà une part de déshonneur, et, malgré tout, vous n’empêcherez pas la faillite financière d’EDF qui a toutes les chances d’advenir quel que soit ce que vous aurez décidé, mais vous aurez en sus, au pire un accident nucléaire dramatique qui vous hantera jusqu’à la fin de vos jours, et assurément, ce qui est déjà très grave, une contamination du réacteur qu’il sera alors impossible de démanteler, bien que vous sachiez clairement et sans le moindre doute que ce réacteur ne fonctionnera pas normalement.

Il dysfonctionnera parce que vous passez l’éponge sur les nombreuses et graves anomalies sous réserve d’un aménagement de non-sens : le remplacement du couvercle de la cuve avant fin 2024 (reconnaissant par là-même que l’actuelle cuve installée en force par EDF ne présente pas la garantie de l’ « exclusion de rupture« , garantie pourtant inviolable dans le circuit primaire), tandis que le fond de cuve dont l’acier présente pourtant les mêmes anomalies ne sera pas remplacé. Vous nous démontrez donc qu’ici l’incohérence est reine, situation toujours problématique à l’humain et proprement inenvisageable dans une centrale nucléaire. 

Comme Daladier l’a fait en son temps, vous pourrez toujours vous rassurez de toutes les manières que vous le souhaitez, vous dire que les bâtons dans les roues au démarrage de l’EPR ne manqueront pas, que jamais personne n’osera prendre la décision de démarrer un EPR au cerveau électronique de contrôle-commande probablement violé de manière indécelable, mais vous savez également qu’un fou ou une folle pourra toujours se dédouaner de toute responsabilité en arguant de votre expertise.

Si vous ne voulez pas vivre toute la fin de votre vie avec un sentiment de honte écrasant, il est encore temps de vous ressaisir, prenez la seule décision sage que la situation exige, parce qu’il n’est pas anodin de pouvoir se regarder dans une glace : le sort économique d’EDF n’est pas de votre responsabilité, la vie et la santé de millions de personnes, oui !

Pour vous-même et pour l’ensemble de vos concitoyens, ne donnez pas un avis favorable à la mise en service et à l’utilisation de la cuve de l’EPR de Flamanville !

Patrick Samba

PS : je signale à qui voudrait la découvrir qu’une remarquable bande dessinée sur le sujet, scénarisée par Sylvain Tronchet (auteur de : Cuve de l’EPR de Flamanville : l’incroyable légèreté d’Areva et EDF), mettant en scène Pierre-Franck Chevet, est publiée dans le numéro d’été de La Revue dessinée.

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/epr-l-esprit-munichois-des-207773