Oct 07

FUKUSHIMA, L’IMPOSSIBLE RETOUR DANS LES VILLAGES DE L’ANCIENNE ZONE D’ÉVACUATION : L’EXEMPLE D’IITATE

La commune d’Iitate, dans le département de Fukushima, a été durement frappée par les retombées radioactives de la catastrophe de mars 2011. Désertée par les habitants après l’ordre d’évacuation, elle porte les séquelles de l’accident et de plusieurs années d’abandon. Alors que les autorités incitent au retour et abolissent les aides aux réfugiés, les anciens habitants redoutent de regagner un environnement où la radioactivité reste supérieure aux normes internationales.

Sommaire

  1. Le village d’Iitate : entre océan et montagne
  2. La décontamination a-t-elle fonctionné ?
  3. Le village d’Iitate, un retour impossible ?
  4. Quelles sont les revendications des habitants ?

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Extraits

  1. Le village d’Iitate : entre océan et montagne

La localisation des zones urbanisées à l’intérieur des bassins ménagés entre chaque montagne les a rendu particulièrement vulnérables aux dépôts des isotopes emportés par les vents en provenance de la centrale Fukushima dai ichi (Asanuma-Brice, Libération, 2018).

La commune se trouve ainsi à l’extrême nord-ouest du flambeau de contamination, les vents transportant le nuage chargé de matière nucléaire s’y étant engouffrés. Alors que le nuage radioactif survolait la région le 14 mars, la neige a déposé au sol la contamination, salissant pour de nombreuses années une nature luxuriante.

En 2011, quelques mois après le réajustement de la zone d’évacuation d’abord délimitée en un demi-cercle de 20 km autour de la centrale (figure 3), le village d’Iitate est finalement évacué ainsi que toutes les communes sur lesquelles s’était abattu le nuage radioactif (figure 4). Si depuis 2016 la levée d’ordre d’évacuation avait pu être repoussée sous la pression des habitants, elle est effective depuis mars 2017. En avril 2018, les aides financières au refuge attribuées aux anciens habitants du village sont abolies. Depuis 2014 le gouvernement avait opté pour un budget de communication sur le risque afin d’influencer les réfugiés au retour. Le gouvernement et les institutions internationales maintiennent l’argumentation d’un coût trop élevé qui serait lié à une politique du refuge (Asanuma-Brice, 2014)…

  1. La décontamination a-t-elle fonctionné ?

Dans le village d’Iitate, la situation est encore loin d’être réglée. Les multiples campagnes de décontamination n’auront pas eu raison du taux de radioactivité toujours équivalent à 10 fois la norme d’avant l’accident pour les mesures faites autour des habitations, et 20 fois pour les mesures réalisées en montagne…

… Sur l’échantillon prélevé, le professeur Itonaga (figure 6) estime qu’il faudra encore cinquante années avant que le taux moyen d’irradiation ambiante revienne à 1 msv/an, taux internationalement défini comme acceptable pour la population…

3. Le village d’Iitate, un retour impossible ?

Le village d’Iitate qui s’étend sur 230 km² avait déjà entamé son déclin démographique avant l’évacuation, passant de 9 385 habitants en 1970 à 6 209 en 2010 (figure 7). Il n’est plus composé que de 41 personnes selon les autorités en 2015. En 2018, une partie de la population est retournée vivre dans ces territoires, ne pouvant assumer un loyer ailleurs sans subsides de l’État, et ce sont aujourd’hui environ 700 personnes qui sont retournées vivre dans le village…

4. Quelles sont les revendications des habitants ?

  1. il serait souhaitable que les autorités reconnaissent la difficulté de maintenir le droit de résidence dans les communes où le taux de contamination reste élevé pour cause de « pollution industrielle de longue durée». Ainsi, pour les habitants qui souhaitent rentrer, des indemnités devraient être mises en place afin de permettre la rénovation de leur habitat, ainsi que les travaux de décontamination qui s’imposent à rythme régulier.
  2. un suivi sanitaire constant et gratuit des populations rentrantes
  3. des mesures de radioactivité fréquentes, non seulement atmosphériques, mais également des végétaux et autres produits de consommation courante.
  4. pour ceux qui décident de rester vivre à l’extérieur de la commune : des aides et soutiens devraient être établis afin de leur assurer, si ce n’est la possession, en tous les cas la location d’une propriété sûre à l’endroit de migration, ainsi qu’un soutien à la recherche d’emploi dans le cas des personnes en âge d’être actives. Pour les personnes qui ne sont plus en mesure de travailler, une subvention devra leur être attribuée afin de leur permettre de pouvoir subvenir à leur quotidien.
  5. les problèmes relatifs à l’appartenance simultanée à deux communes distinctes en raison du dédoublement du lieu d’habitat restent également à régler. Cela génère des questions relatives au paiement des impôts locaux, au droit de vote ainsi qu’aux documents divers du quotidien (permis de conduire, point de rattachement administratif pour toute démarche d’emploi, etc.)
  6. un problème récurrent est la présence des déchets radioactifs sur le territoire qui participe à maintenir un taux de radioactivité ambiant élevé. La nécessité de créer des règles législatives adaptées reconnaissant les dommages entrainés par l’obligation de vivre dans un territoire touché par une catastrophe industrielle et permettant d’obtenir les compensations appropriées…

Conclusion 

La levée de l’ordre d’évacuation dans les zones contaminées de la préfecture de Fukushima plonge la population dans le désarroi le plus profond. Les choix impossibles auxquels sont confrontés les habitants depuis maintenant sept années les conduisent de trop nombreuses fois à se tourner vers l’ultime sortie : le suicide

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Par Cécile ASANUMA-BRICE, Chercheuse en sociologie urbaine, Maison franco-japonaise Tokyo UMIFRE 19-CNRS / Laboratoire CLERSE, Université Lille