Nov 30

LE NON-DIT DU NUCLÉAIRE FRANÇAIS

Tel l’oracle de Delphes, le président Macron a délivré aux français son message sur sa vision de l’avenir du nucléaire en France qui relève de sa décision de fermer 14 réacteurs d’ici 2035 dont les 2 de la centrale de Fessenheim en 2020. Au cours de son mandat, il ne prévoit pas le lancement de la construction d’une centrale équipée de réacteurs de 3ème génération dit E P R. Rappelons que la construction en cours de la centrale de Flamanville a vu son coût explosé alors que sa mise en service est reportée d’année en année. Cette annonce ne satisfait en rien les partisans de la sortie du nucléaire.

L’industrie du nucléaire en France pose beaucoup plus de questions que celle de la réduction de sa part dans le mix énergétique. Nos ingénieurs du corps des Mines ont doté la France entre 1977 et 1997 de 58 réacteurs construits pour une durée de vie de 40 ans. Les premiers réacteurs ayant atteint cette limite d’âge, l’accord de l’autorité de sureté nucléaire, A S N, pour prolonger leur durée de fonctionnement de 10 ans à 20 ans est loin d’être acquis d’autant plus qu’il exigera de lourds investissements pour le grand carénage de mise aux normes de ces centrales. Sitôt la mise hors service de ces réacteurs jusqu’en 2035 et au-delà se posera la question de leur démantèlement et en l’absence d’un savoir- faire dans ce domaine, les coûts en sont imprédictibles mais d’ores et déjà les provisions passées par E D F sont considérées comme largement insuffisantes.

Compte-tenu de la dette abyssale déjà supportée par E D F, de tels investissements et dépassements de coûts aussi considérables nécessiteront l’appel à l’État, premier actionnaire avec 83,7% du capital, pour rééquilibrer les comptes de l’entreprise. Là ne s’arrête pas le problème soulevé par l’arrêt des réacteurs car il faudra entreposer les déchets ultimes les plus radioactifs. Deux voies sont envisagées, l’enfouissement en couche profonde dans le site argileux de Bure, Meuse, auquel s’opposent riverains et écologistes, ne laissant d’autre solution que le stockage à l’air libre sur des durées incommensurables. (NDLR : il y a une 3ème possibilité : le stockage en sub-surface parfaitement réversible)

La question jamais abordée par les pouvoirs publics est celle de la protection du personnel des centrales et des populations riveraines mais aussi au-delà, dans l’éventualité d’un accident avec des fuites radioactives importantes les exposants aux risques médicaux les plus graves. La préparation de ces populations à une telle éventualité ne semble jamais avoir été une priorité pour les acteurs du nucléaire civil comme ce fut le cas dans le passé pour les essais nucléaires relevant de l’autorité militaire au Sahara puis en Polynésie.

Voilà des sujets sur lesquels les Français les plus avertis auraient aimé entendre le président de la République à l’occasion de cette intervention devant un public trié sur le volet. Se pose alors la question cruciale de la gouvernance de l’exploitant du nucléaire civil soit E D F. Relevons que si l’État est seul responsable comme il se doit de la politique de l’entreprise, il n’en demeure pas moins qu’aussi bien les mandataires sociaux que les administrateurs doivent disposer des connaissances et de l’expérience les plus appropriées dans la gestion du nucléaire. Aussi ne pouvons-nous qu’être étonnés que l’actuel P D G Jean Bernard Lévy nommé fin 2012 n’avait aucune expérience ni connaissance du secteur. Ainsi de 2002 à 2012, il fut le numéro 2 de Vivendi, en charge d’activités telles que cinéma, jeux vidéo et internet haut débit. Par ailleurs, à première vue, l’examen des curriculum vitae des 11 administrateurs nommés par l’assemblée générale des actionnaires semble montrer que des compétences dans le nucléaire leur font défaut. Ne voit-on pas ainsi parmi eux une administratrice chargée des ressources humaines chez St Gobain spécialiste mondiale de l’habitat!

Nous pouvons croire que le président de la République est entouré des meilleurs experts du nucléaire pour le conseiller et exercer, pour le plus grand bien des français, une tutelle étroite sur la conduite de ses affaires par E D F. Il lui reviendra à une prochaine occasion de répondre aux multiples interrogations soulevées ci-dessus sur l’engagement du pays dans la filière du nucléaire.

Le 29 nov. 2018 par Louis Bulidon, Blog : Le blog de louis bulidon

https://blogs.mediapart.fr/louis-bulidon/blog/291118/le-non-dit-du-nucleaire-francais