LA DIFFICILE DÉCONTAMINATION DES SOLS IRRADIÉS DE LA RÉGION DE FUKUSHIMA

Sept ans après l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima en mars 2011, les autorités viennent de terminer la majorité des travaux de décontamination des sols. Une synthèse inédite, réunissant une soixantaine d’études scientifiques, dresse le bilan de ce chantier colossal.

24 milliards d’euros. C’est le prix qu’a coûté au contribuable japonais la stratégie de décontamination des sols à proximité de la centrale de Fukushima, après l’accident nucléaire survenu en mars 2011 sur l’archipel nippon. Ce chantier colossal touchant à sa fin, la revue scientifique SOIL de l’Union européenne des géosciences (EGU) publie jeudi 12 décembre la synthèse d’une soixantaine de publications scientifiques sur le sujet et dresse le bilan d’un chantier qui par sa nature et ses dimensions reste inédit.

Réduction de 80% des concentrations en césium dans les zones traitées

L’étude se penche sur le cas particulier du Césium, dont certains isotopes radioactifs ont été retrouvés sur une zone de 9000 km2 autour de la centrale. Ces éléments radioactifs présentent une demi-vie de 30 ans, ils subsisteront « environ trois siècles dans l’environnement en l’absence d’action de décontamination« , détaille l’étude. La stratégie adoptée par les autorités a consisté à décaper « la couche superficielle du sol sur une épaisseur de 5 cm » en se concentrant sur « les paysages agricoles et les zones résidentielles« . Point important, « les  forêts n’ont pas été assainies – à cause de la difficulté et des coûts très importants que représenteraient ces opérations –, or celles-ci couvrent 75 % des surfaces situées au sein du panache radioactif » tiennent à préciser les chercheurs. Des territoires qui constituent des réservoirs de terres polluées, présentant le risque d’une propagation par infiltration dans les sols ou par transfert par les airs, notamment lors de la saison des typhons.  

Dans l’ensemble, ces opérations ont permis « de réduire les concentrations en césium d’environ 80 % dans les zones traitées.« 

D’immenses quantités de terres actinifères stockées temporairement    

Un nouveau défi s’ouvre désormais pour les autorités, la gestion durable de ces immenses quantités de terres irradiantes. Début 2019, on estimait à 20 millions de mètres cubes la quantité de déchets radioactifs traitée depuis le début des opérations de décontamination. Ils sont pour l’instant stockés dans les environs de la centrale. Les autorités souhaitent que des sites de stockage définitifs voient le jour à l’horizon 2050.  

Un nouveau cycle de recherche de cinq ans s’ouvre pour les scientifiques, auquel participe le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Ce projet franco-japonais de recherches étudiera les enjeux associés à la remise en culture des terres agricoles décontaminées, le suivi de l’apport de contamination radioactive depuis les forêts vers les rivières qui traversent la région et le retour des habitants dans la zone et leur réappropriation du territoire après l’évacuation et la décontamination.

Par Hubert Mary , publié le 12 décembre 2019 (Source : L’Usine Nouvelle )

Photo en titre : Le site de Fukushima Daiichi © Tokyo Electric Power Co., TEPCO

https://www.usinenouvelle.com/article/la-difficile-decontamination-des-sols-irradies-de-la-region-de-fukushima.N912309