CHINONAIS : UN DÉMONSTRATEUR UNIQUE AU MONDE POUR PRÉPARER LE DÉMANTÈLEMENT NUCLÉAIRE

La première pierre du centre d’essai pour planifier le démantèlement de trois réacteurs de la centrale nucléaire a été posée mardi, dans la zone Belliparc.

« Ce jour, on l’attendait. C’est une étape importante dans l’histoire de la centrale. » Antoine Ménager, directeur du CNPE de Chinon, avait du mal à cacher son excitation, mardi dernier, au moment de poser la première pierre du démonstrateur industriel, censé préparer au démantèlement de six réacteurs à Uranium Naturel Graphite Gaz en France, dont trois à Chinon.

“ Dans un réacteur comme Chinon A2, il y a autant de ferraille que dans la Tour Eiffel ” Le but : tester tous les outils avant de démarrer le premier démantèlement, prévu à l’horizon 2030.

Pour Estelle Desroches, directrice du projet Graphite chez EDF, « c’est un chantier capital qui débute. Des travaux ont déjà été effectués et ont permis d’évacuer 99 % de la radioactivité qui restait. Là, on s’attaque au cœur des réacteurs ».

Retenu comme site pilote début 2019, Chinon franchit donc une nouvelle étape vers le démantèlement de ces réacteurs première génération, à l’arrêt depuis les années 1990. « Ça pose de vraies questions et de vrais challenges techniques car, jusqu’à présent, seuls deux réacteurs de ce type ont été démantelés dans le monde et ils étaient de petite taille, précise Estelle Desroches. L’idée est de nettoyer les outils avec des bras téléopérés mais sur de très grandes hauteurs (jusqu’à 30 mètres). Pour donner un ordre d’idée, dans un réacteur comme Chinon A2, il y a autant de ferraille que dans la Tour Eiffel et des milliers de briques graphites qu’il va falloir retirer, trier et conditionner, tout ça sans se rapprocher du réacteur. »

Un potentiel centre de collaboration international EDF s’est engagé auprès de l’Autorité de sûreté nationale à mettre en service ce centre d’essai en 2022. S’ensuivra alors une phase de test longue de huit ans, jusqu’au début du démantèlement de Chinon A2, premier réacteur à être déconstruit. « Avec ce démonstrateur industriel, le pôle excellence du nucléaire prend toute sa dimension », se réjouit de son côté Jean-Luc Dupont, président de la communauté de communes Chinon Vienne et Loire, à qui appartenait le terrain sur lequel est érigé ce démonstrateur unique au monde.

Si le projet coûtera pas moins de 15 millions d’euros à EDF (*), ses acteurs se félicitent du rayonnement international qu’il génère pour le Chinonais. « On vient de lancer un projet européen subventionné par l’Union européenne pour développer des solutions pour les réacteurs graphites français, mais aussi anglais, italiens, lituaniens, confie Estelle Desroches. On espère que ça puisse devenir un centre de collaboration international, au-delà des besoins d’EDF. »

(*) Pour ce qui est de la structure et des aménagements intérieurs. EDF a également 2,5 milliards d’euros de provisions pour les réacteurs graphites.

En chiffres

> 2.500. C’est, en mètres carrés, la surface que fera le démonstrateur industriel. Ce dernier fera également 70 mètres de long, 35 de large et 20 de haut.

> 10. C’est le nombre d’entreprises à l’ouvrage sur le chantier. « 80 % des activités de construction sont confiées à des entreprises locales », précise Estelle Desroches.

> 20. Comme le nombre d’employés en permanence sur site. Pour autant d’emplois qualifiés à terme.

> 80. Comme le nombre de réacteurs graphite à démanteler dans le monde, dont la moitié en Angleterre. La France, elle, en compte six, dont trois à Chinon. Les autres sont situés à Bugey (Ain) et Saint-Laurent (Loir-et-Cher).

Publié le 09/10/2020 à 06h25, mis à jour le 09/10/2020 à 07h57

Photo en titre ; Représentants d’EDF et élus locaux ont symboliquement posé la première pierre du démonstrateur industriel. © Photo NR

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