LE DIFFICILE RETOUR DES DÉCHETS NUCLÉAIRES DANS LEUR PAYS D’ORIGINE

Le stockage longue durée des déchets nucléaires est un enjeu mondial. Sans solution, plusieurs pays laissent leurs déchets à l’usine Orano de La Hague (Manche). Quitte à payer des millions d’euros de pénalités.

« Avec l’Allemagne, il y a un vrai sujet compliqué. »

Le constat est de Jean-Christophe Varin, directeur adjoint de l’usine de traitement Orano de La Hague, lors d’une récente réunion de la Commission locale d’information (Cli).

Le retour des déchets nucléaires dans leur pays d’origine est un serpent de mer. Installation presque unique au monde, le site de La Hague reçoit des combustibles nucléaires usés, issus des centrales étrangères. Même si, aujourd’hui, son activité est quasiment entièrement consacrée aux produits des centrales EDF en France.

En cause : les déchets ultimes. Généralement de haute activité et de longue vie, ces matières restent après les opérations de traitement. La loi française et des accords intergouvernementaux imposent leur retour dans les pays d’origine. Ils ne sont pas respectés.

L’extrême complexité du cycle du nucléaire

L’Espagne, par exemple, accumule les retards. Pourtant, « les emballages sont prêts pour le retour », confirme Jean-Christophe Varin. Pour accélérer ces transferts, Orano a fini par mettre en place des pénalités. Selon Yannick Rousselet, de Greenpeace, Enresa, l’agence espagnole de gestion de déchets radioactifs, « paye près de 75 000 € par jour pour ne pas avoir respecté son engagement de rapatriement. La facture pourrait finir par dépasser 160 millions après six ans de paiement. » Car les solutions de stockage longue durée en Espagne n’existent pas. Un entrepôt temporaire pourrait voir le jour à Villar de Cañas dans la province de Cuenca (centre du pays), mais pas avant 2028.

Même problème pour l’Allemagne. « Après quarante-sept années d’études géologiques, le site de l’ancienne mine de sel de Gorleben, en Basse-Saxe, vient d’être abandonné », note Yannick Rousselet. Aujourd’hui, l’Allemagne a relancé une étude pour trouver un nouveau site. Il pourrait être opérationnel à l’horizon… 2050. Conséquence : les déchets restent entreposés en Normandie. Pour l’instant, l’Allemagne ne paye pas de pénalités. En 2008, elle avait signé un avenant à son contrat. Il fixait une date de retour à 2024 au lieu de 2012.

Ces relations compliquées entre Orano et ses clients étrangers montrent l’extrême complexité du cycle du nucléaire. « Tout le monde se refile la patate chaude, commente Yannick Rousselet. Il n’existe, dans le monde, aucun site de stockage définitif des déchets nucléaires ultimes. »

Face à cette situation, Orano La Hague précise qu’elle respecte la loi française. À ce jour, sur l’ensemble des contrats passés avec nos clients étrangers, nous avons retourné 97 % des déchets vitrifiés et 17 % des déchets métalliques.

Par Jean-Christophe LALAY, publié le 02/12/2020 à 20h45, modifié le 03/12/2020 à 17h38

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