LES QUATRE ANCIENS MILITAIRES ONT BIEN ÉTÉ VICTIMES DES ESSAIS NUCLÉAIRES EN ALGÉRIE ET POLYNÉSIE, RECONNAIT LE TRIBUNAL D’ORLÉANS

Entre 1962 et 1972, ils étaient appelés du contingent ou militaires du rang. Ils ont servi en Algérie ou en Polynésie, à l’époque où l’État français réalisait des essais nucléaires. Tous ont développé un cancer. Deux d’entre eux sont décédés. Le lien entre leur maladie et l’exposition aux rayons ionisants ne fait aucun doute, selon le tribunal administratif d’Orléans.

Par quatre décisions distinctes rendues très récemment, le tribunal administratif d’Orléans a reconnu l’existence d’un lien de causalité entre les essais nucléaires réalisés par l’État français et les cancers développés depuis par d’anciens appelés ou militaires du rang.

La juridiction a, de fait, annulé à chaque fois, la décision du Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires, lequel estimait que les pathologies développées par les requérants résultaient d’une cause étrangère à l’exposition aux rayonnements ionisants.

Un lymphome malin dont il est décédé un an plus tard

Dans un premier dossier, porté par la veuve de l’intéressé, la juridiction orléanaise a examiné le sort d’un militaire, né en 1939 et engagé dans l’armée de l’air à l’âge de 20 ans.

Entre février 1962 et janvier 1964, le jeune militaire a été affecté au centre saharien des expérimentations militaires à Reggane, en Algérie. En 2007, il a développé un lymphome malin dont il est décédé un an plus tard.

Dans son jugement, le tribunal orléanais observe que la victime « était employée à charger et à décharger les avions sur le tarmac de la base aérienne de Reggane, à mains nues et sans aucune protection, dont un jour plusieurs cylindres correspondant à des carottages de tirs provenant du site de In Ecker où étaient réalisés des essais nucléaires souterrains durant cette période« .

Il ajoute que « les sites de Reggane étaient encore contaminés en 1999, à la suite notamment de deux essais réalisés en 1960« .

« Des retombées radioactives non contrôlées« 

Dans un deuxième dossier, l’épouse d’un autre militaire décédé en 2019 à l’âge de 67 ans, a poursuivi l’action en justice entamée par celui-ci, après qu’il a développé un cancer du poumon, deux ans seulement avant sa mort.

Entre avril 1971 et février 1972, cet appelé de 19 ans a été affecté en Polynésie française. Durant cette période, aucun essai nucléaire n’a été réalisé. Toutefois, le tribunal administratif relève qu’en qualité de cuisinier servant à bord du bâtiment-base La Moselle, « il a utilisé très fréquemment l’eau des bouilleurs de bord, alimentés par l’eau du lagon« .

Le tribunal constate également que « les essais atmosphériques ont été à l’origine de retombées radioactives non contrôlées, qui ont contaminé l’ensemble du territoire de la Polynésie française« .

La veuve d’un ancien militaire décédé d’un cancer évoque un lien entre les essais nucléaires et le déclenchement de sa maladie

Un cuisinier en poste en 1968 et 1969

Le troisième requérant, un homme de 72 ans, présente le même profil que la victime précédente.

Lui aussi a servi en Polynésie française, en qualité de cuisinier, d’avril 1968 à juin 1969. De fait, la juridiction orléanaise reconnaît, là encore, l’existence d’un lien de causalité entre la pollution de l’eau du lagon et le cancer du poumon dont il souffre depuis 2013.

Un expert désigné pour évaluer les préjudices

Enfin, le quatrième dossier fait état de la situation d’un ancien militaire, engagé dans l’armée de terre, et affecté, de février 1973 à juin 1975, au centre d’expérimentation du Pacifique en Polynésie française.

Pour la justice orléanaise, le lymphome diagnostiqué en 2018 chez cet homme de 74 ans, est directement lié aux essais nucléaires. Pas moins de quinze tirs atmosphériques et un tir souterrain ont été réalisés durant la période où le requérant servait sous les drapeaux. Or, le tribunal observe que certains de ces essais ont provoqué « une contamination à Mururoa » et que « des pics de radioactivité importants (…) ont été relevés dans les eaux de pluie des pays insulaires à l’ouest de la Polynésie« .

Les prétentions financières des quatre victimes des essais nucléaires oscillaient, selon les cas, entre 225.000 et 305.000 euros.

Toutefois, avant de se prononcer sur le montant des indemnisations à allouer, le tribunal administratif a décidé de désigner un expert qui devra évaluer les préjudices subis.

Par Philippe Renaud, publié le 30/09/2021 à 19h50

Photo en titre : Le tribunal orléanais a ordonné des expertises pour évaluer les préjudices subis par les victimes. © Saran RÉDACTION

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