ÉNERGIE : RTE PRÉSENTE SON SCÉNARIO DE SOBRIÉTÉ, MACRON N’EST PAS INTÉRESSÉ

Le gestionnaire du réseau RTE a détaillé deux nouveaux scénarios de mix électrique à l’horizon 2050 : la « sobriété » et la « réindustrialisation profonde ». Emmanuel Macron miserait plutôt sur le second.

RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité haute tension, a dévoilé mercredi 16 février ses derniers scénarios de mix énergétique pour 2050 — les tant attendus scénarios de « sobriété » et de « réindustrialisation profonde ».

Ces derniers sont venus compléter les mix énergétiques présentés en octobre 2021. L’objectif était de présenter les différents scénarios possibles permettant de garantir la sécurité d’approvisionnement et d’atteindre la neutralité carbone — c’est-à-dire un équilibre parfait entre les émissions de gaz à effet de serre et leur absorption par des puits de carbone tels que la forêt, les sols, etc. — d’ici la moitié du siècle, conformément aux engagements climatiques de la France.

Ce qui change, ce sont les trajectoires de consommation étudiées. Les mix présentés en octobre correspondaient à la trajectoire dite « de référence » de l’évolution de la consommation électrique, qui prévoit d’atteindre 645 térawattheure (TWh) en 2050. Dans le complément publié hier, RTE a approfondi deux autres trajectoires : une trajectoire dite « de sobriété », visant 555 TWh à la moitié du siècle, et une autre dite de « réindustrialisation profonde », visant 745 TWh. « Ces nouvelles conclusions complètent nos dix-huit enseignements du 25 octobre, elles ne s’y substituent pas et ne les contredisent en rien », a précisé Xavier Piechaczyk, le président du directoire, lors d’une conférence de presse.

Le scénario de sobriété décrit « une inflexion structurelle qui porte sur les modes de vie », notamment sur la question du logement, du travail, des déplacements et de la production de biens. « Cette évolution des consommations permet de soulager la contrainte sur les capacités de production de renouvelables nécessaires », souligne RTE. En clair, ce scénario ne nécessiterait pas autant d’éolien terrestre, en mer et de solaire photovoltaïque que celui de référence. Mais l’implantation de renouvelables sur le territoire français devrait tout de même s’accélérer. « Et notamment dans les mix “100 % énergies renouvelables” qui restent assujettis à des rythmes significativement plus élevés de déploiement des renouvelables que ceux observés aujourd’hui », explique RTE.

La réindustrialisation porte sur des secteurs stratégiques : l’électronique, les batteries…

Quant au scénario de réindustrialisation profonde, il correspond à une hausse significative de la part de l’industrie dans le PIB français — 12 % en 2050 au lieu de 10 % dans le scénario de référence. « Il ne s’agit pas d’un retour aux années 1980 », prévient néanmoins Thomas Veyrenc, directeur exécutif de RTE chargé du pôle stratégie, prospective et évaluation. « Ce scénario a été construit pendant la crise sanitaire, à un moment où la vulnérabilité du pays aux chaînes d’approvisionnement mondialisé était patente. La réindustrialisation est sélective et porte sur certains secteurs stratégiques : l’électronique, les batteries, la chimie, les médicaments, certains secteurs fortement exposés à la concurrence internationale. »

Le scénario de sobriété « permet de soulager la contrainte sur les capacités de production de renouvelables nécessaires ». Pixabay / CC / CarineH

Ces filières restent néanmoins très gourmandes en électricité. Le scénario de réindustrialisation implique une hausse de 60 % de la consommation électrique en 2050 par rapport à aujourd’hui. D’où la nécessité de « dépasser largement les capacités installées renouvelables prévues dans le scénario de référence ». Autre levier identifié : prolonger l’exploitation des réacteurs nucléaires existants « pour permettre au mix de couvrir une consommation plus importante, maximiser la production d’électricité décarbonée à moyen terme et fournir des marges au système électrique », note RTE.

Ces scénarios ne sont pas exclusifs et il est possible de combiner sobriété et réindustrialisation, prévient Xavier Piechaczyk. « Il faut voir ces scénarios comme des explorations de deux mondes très différents dont nous avons tenté de tirer des conclusions », explique Thomas Veyrenc.

10 milliards d’économie avec la sobriété

Sur le plan économique, la sobriété offre un avantage substantiel, de l’ordre de dix milliards d’euros par rapport à la trajectoire de référence, du fait d’une moindre consommation. Cette diminution des coûts porte sur l’ensemble des volets production, flexibilité et réseau, souligne RTE. « Dès lors que nous consommons moins, le système électrique n’a pas besoin d’être aussi bon », résume Xavier Piechaczyk. À l’inverse, le scénario de réindustrialisation nécessite dix milliards d’euros supplémentaires par rapport au scénario de référence en raison de besoins énergétiques accrus. Le coût au mégawattheure reste toutefois similaire quel que soit le scénario de consommation envisagé, nuancent les experts. Et il reste principalement dépendant du mix électrique choisi et variera de +0 et +30 %.

D’un point de vue environnemental, sans surprise, les actions de décarbonation du système électrique permettront de diminuer la pollution atmosphérique, grâce à la transformation de secteurs polluants (transports, industrie, chauffage résidentiel, et tertiaire). Et les besoins en métaux critiques et notamment sûrs en nickel, cobalt et lithium (tous les scénarios) et en cuivre (tous les scénarios et notamment 100 % renouvelables) constitueront de nouveaux enjeux géostratégiques. « Favoriser le recyclage constitue une mesure importante pour atténuer les pressions sur l’approvisionnement des ressources critiques », indique RTE. Mais contrairement à ce qu’il est souvent avancé, « le choix du scénario — 100 % renouvelables ou nucléaire — n’est pas de premier ordre dans la consommation de ressources et métaux critiques », précise Thomas Veyrenc, du fait de la numérisation de la société.

La présentation des résultats de RTE intervient une semaine après les déclarations d’Emmanuel Macron à Belfort. Le président de la République y a annoncé la construction de six EPR2 — la version simplifiée de l’EPR de Flamanville —, ainsi que le lancement d’études pour la construction de huit EPR2 « additionnels ».

Il a alors tablé sur une hausse de la consommation électrique de l’ordre de 60 % à l’horizon 2050. Une estimation « proche de notre trajectoire de réindustrialisation », admet Xavier Piechaczyk.

Emmanuel Macron a également mis un milliard d’euros sur la table pour le développement de petits réacteurs modulaires (SMR) et de « réacteurs innovants capables de fermer le cycle du combustible et produire moins de déchets », par le truchement de son programme de réindustrialisation France 2030. Concernant le parc actuel, il a affirmé sa volonté de « prolonger tous les réacteurs qui peuvent l’être ». Des annonces qui rappellent les deux scénarios de référence de RTE qui misent le plus sur l’atome : l’un, dit N2, implique la construction de nouveaux réacteurs, et l’autre, dit N03, prévoit en plus le prolongement de l’utilisation des centrales nucléaires existantes.

« Il est urgent de débattre des chemins de transition, y compris de la sobriété »

Si le directeur du directoire estime que « ce n’est pas à RTE de commenter les décisions politiques », il se réjouit toutefois que « des orientations politiques soient prises ». « Nous estimons que nous avons fait notre travail pour que le débat public puisse se dérouler et que les orientations puissent être prises. »

À l’instar d’Emmanuel Macron, les prétendants à l’Élysée ont commencé à esquisser leurs ambitions en matière énergétique. Fabien Roussel (Parti communiste) ou Valérie Pécresse (Les Républicains) misent également sur l’atome, quand Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) ou Yannick Jadot (Europe Écologie-Les Verts) rappellent que la sobriété énergétique sera indispensable.

« L’urgence et la multiplicité des crises environnementales (climat, biodiversité, ressources…) font que l’ensemble des leviers et des changements possibles sont explorés par la science. L’évolution vers une société plus sobre en fait partie. Si elle suscite de légitimes interrogations au sein de la société, cela n’est pas différent de celles soulevées par des scénarios plus technologiques. Il est donc urgent et incontournable de débattre de ces chemins de transition, y compris de la sobriété », pointe Mathieu Saujot, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

Par Violaine Colmet Daâge, (Reporterre), publié le 17 février 2022 à 09h55,

https://reporterre.net/Energie-RTE-presente-son-scenario-de-sobriete-Macron-n-est-pas-interesse?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

NDLR : n’oublions pas que tous ces scénarios sont basés sur des prix de revient, aussi bien pour les énergies renouvelables (que nous connaissons parfaitement et qui continuent de baisser année après année) que ceux des futurs réacteurs EPR2 quine  sont que des estimations d’EDF puisqu’aucun de ces réacteurs n’a été construit et qu’ils n’en sont qu’au stade de l’étude. Or, on sait par expérience que les estimations d’EDF sont systématiquement dépassées pour ne pas dire « pulvérisées ». Malheureusement, ceux qui font aujourd’hui le choix d’imposer le nucléaire ne seront plus aux commandes du pays lorsqu’on s’apercevra que ce choix n’était pas le bon.

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