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Jan 15

LES BONS «COINS À CHAMPIGNONS» DU TOURISME RADIOACTIF

Les bons coinsCes sept sites de vestiges d’essais nucléaires sont toujours ouverts au public.

L’ère nucléaire a débuté le 16 juillet 1945, date à laquelle les scientifiques du projet Manhattan firent exploser, avec succès, la première bombe nucléaire dans le désert du Nouveau-Mexique. Moins d’un mois plus tard, des bombes nucléaires étaient lâchées sur Hiroshima et Nagasaki. À partir de ce moment-là et jusqu’à la signature du traité d’interdiction complète des essais nucléaires (Ticen), en 1996, plus de 2 000 essais nucléaires furent réalisés sur des îles, sur des atolls et dans des déserts isolés du monde entier (la majorité aux États-Unis et en Union soviétique) afin de se préparer à une possible guerre nucléaire.

Bien que, fort heureusement, la Guerre froide ne se soit jamais transformée en guerre ouverte, des vestiges de ce chapitre tumultueux de notre histoire subsistent toujours aux États-Unis et dans les républiques de l’ancienne Union soviétique. Nous avons répertorié ci-dessous sept sites que vous pouvez toujours visiter aujourd’hui, vestiges de ce tournant historique dans l’évolution de l’art de la guerre

11. Trinity — Berceau de l’ère nucléaire Socorro, Nouveau-Mexique

C’est le 16 juillet 1945, en plein cœur du désert du Nouveau-Mexique, que l’ère atomique a vu le jour. «Trinity» était le nom de code de la première explosion nucléaire, celle du «Gadget», un engin nucléaire de conception similaire à son cousin, le dévastateur «Fat Man», tristement célèbre pour avoir été largué sur Nagasaki trois semaines plus tard.

S’il est possible que l’armée américaine n’ait pas pu prévoir l’étendue des dégâts à long terme d’un engin explosif au plutonium de près de 6 kilos, les responsables connaissaient les conséquences que pourrait avoir la bombe lors de l’explosion, car Trinity leur en avait donné un plutôt bon aperçu. La boule de feu de 182 mètres de diamètre détruisit les arbres, transforma le sable en verre et fit exploser les fenêtres jusqu’à 195 km de distance. En principe interdit aux civils, le site désolé de l’essai Trinity est ouvert au public tous les ans, le premier samedi d’avril.

22. Dôme de béton du cratère nucléaire, Iles Marshall

Durant la Guerre froide, les îles et les atolls du Pacifique Sud furent le théâtre de plus d’une centaine d’essais nucléaires atmosphériques menés par l’armée américaine. À la fin des années 1970, afin de se débarrasser des débris radioactifs laissés par ces explosions, le gouvernement américain fit ramasser 85.000 m3 de sol contaminé qui furent enfouis dans un cratère de plus de 100 mètres de diamètre laissé par un essai nucléaire conduit sur l’île de Runit (nom de code «Cactus»). Trois ans et 250 millions de dollars plus tard, le cratère et les déchets furent enfouis sous un énorme dôme de béton armé de 50 cm d’épaisseur sur près de 10.000 m2. En dépit des panneaux interdisant aux visiteurs de s’approcher, il est possible d’accoster sur Runit et de marcher sur le dôme Cactus.

33. Semipalatinsk — principal site d’essais nucléaires de l’Union soviétique, Semeï, Kazakhstan

Le polygone nucléaire, dans la ville interdite de Semipalatinsk (appelée aujourd’hui Semeï), en URSS, fut le principal site d’essais nucléaires de l’Union soviétique. Au total, 456 essais nucléaires y furent menés entre 1949 et 1989, dont 340 essais souterrains et 116 essais atmosphériques. En tout, le nombre d’explosions nucléaires à Semipalatinsk équivalent à plus de 2.500 bombes larguées sur Hiroshima. De très nombreux cratères, en partie remplis d’eau, témoignent de ces essais.

Situé relativement près de grandes zones urbaines, ce site est aussi l’un des plus horribles vestiges de la Guerre froide, car l’Union soviétique y menait ses essais nucléaires sans se préoccuper des conséquences sur la santé des quelque 200.000 résidents de la région de Semipalatinsk. En effet, jamais les militaires n’évacuèrent la population ni n’avertirent les civils des explosions. Les habitants remarquèrent qu’ils avaient de gros problèmes de santé très rapidement après les premiers essais, et bien que le site ait finalement été fermé en 1989, les effets des essais nucléaires perdurent. Une zone de plus de 18.000 km2 est lourdement contaminée et on a diagnostiqué des problèmes de santé chez plus d’un million de personnes. Pourtant, aujourd’hui encore, la région du polygone nucléaire reste habitée.

44. Tsar Bomba — la plus puissante arme nucléaire jamais testée, Nouvelle-Zemble, Russie

À première vue, le paysage désolé de Nouvelle-Zemble (Novaïa Zemlia en russe, qui signifie «Nouvelle Terre») ne semble pas être le genre de lieu où il ait pu se produire quoi que ce soit d’intéressant. Mais en raison de son emplacement isolé et de sa faible population, l’archipel fut choisi pour être une zone d’essais nucléaires en 1954 et il accueillit, durant les années qui suivirent, 224 essais nucléaires, notamment celui de l’arme atomique la plus puissante au monde, la Tsar Bomba, lâchée par l’Union soviétique en 1961. La majeure partie de l’île demeure, à l’heure actuelle, une base militaire, mais des navires de croisière s’arrêtent fréquemment dans la partie méridionale de l’archipel.

55. Survival Town, Nevada

En 1955, une série de 14 essais nucléaires, appelée «Operation Teacup» (Opération tasse à thé), fut réalisée dans le désert du Nevada, à Yucca Flat. La partie la plus incroyable est qu’un ensemble de maisons et de bâtiments, surnommé «Survival Town », «Ville de la Survie» (ou de façon moins optimiste, «Doom Town», la «ville condamnée»), fut spécialement construit pour ces essais, à différentes distances du point zéro, afin de tester l’impact et les effets des explosions. Le plus perturbant dans cette fausse ville était ses résidents: les maisons étaient en effet «habitées» par des mannequins très réalistes des années 1950, faisant courageusement face à leur terrible destin, vaquant à leurs activités quotidiennes dans leurs beaux vêtements, pendant que des milliers de spectateurs regardaient les bombes nucléaires détruire leur ville témoin.

66. Atoll de Bikini — Le lieu de naissance de Godzilla, Iles Marshall

Situé à peu près à mi-chemin entre Hawaii et l’Australie, ce chapelet d’îles de Micronésie aurait pu être un petit coin de paradis sur Terre. Hélas, il n’en est rien. En 1946, la population fut évacuée de force et les Américains prirent possession de l’île. Durant les 12 années qui suivirent, l’armée américaine fit exploser 23 bombes, rendant cette région paradisiaque inhabitable jusqu’à aujourd’hui.

Lors du premier essai pratique d’une bombe à hydrogène, 23 membres d’un bateau de pêche japonais, qui se trouvait normalement à une distance de sécurité, furent contaminés par l’explosion. Le scandale qui secoua le pays fut énorme. Plus récemment, l’endroit a inspiré le film Godzilla, dans lequel un monstre radioactif naît d’un essai nucléaire américain et attaque le Japon. Jusqu’à présent, les îles de la région restent malheureusement un lieu d’une beauté époustouflante, mais où l’on ne peut se rendre en toute sécurité.

77. Tour BREN sur le site d’essais du Nevada Nye, Nevada

En 1962 fut construite à Yucca Flat une tour haubanée de 465 mètres de hauteur à l’objectif particulier: sa partie supérieure comportait un réacteur non enfermé et fixé sur une luge. La hauteur du mât était à peu près la même que la hauteur à laquelle explosa la bombe larguée sur Hiroshima. Le mât avait été conçu pour simuler les radiations de cette bombe.

Composée de 51 parties d’un peu plus de 9 mètres en acier haute résistance, la tour est plus haute que l’Empire State Building. Malgré sa taille immense, la Tour BREN (Bare Reactor Experiment, Nevada; Expérimentation d’un réacteur nu au Nevada) fut démontée puis reconstruite dans la Zone 25 du site d’essais du Nevada, où elle servit plus tard à une série de mesures de radiations. Ce transfert eut lieu après le traité d’interdiction complète des essais nucléaires, qui mit fin aux expérimentations nucléaires en plein air.

http://www.slate.fr/story/127796/tourisme-radioactif-nucleaire