Juil 04

HINKLEY POINT : JOKER NUCLÉAIRE PERDU POUR EDF

Les échos jokerMentir, même par omission, c’est quand même mentir un peu. En annonçant hier que le mégaprojet de centrale nucléaire de Hinkley Point allait coûter plus cher et prendre plus de temps que prévu, EDF a perdu un joker. Il n’en aura sans doute pas d’autre. Le groupe dirigé par Jean-Bernard Lévy va certes prétendre qu’il a agi de bonne foi et que les dérives financières et de calendrier qui se matérialisent aujourd’hui étaient peut-être prévisibles mais pas forcément prévues hier. Certains vont accuser le groupe d’avoir tout fait pour lancer un chantier en omettant de reconnaître que les risques étaient bien plus élevés qu’officiellement annoncé. D’autres ajouteront que, engagé dans une fuite en avant, le groupe va dépenser des milliards en se disant que les sommes dilapidées aujourd’hui empêcheront demain de faire machine arrière. Et seules quelques âmes généreuses pourront accorder le bénéfice du doute, cette fois-ci, au PDG <https://www.lesechos.fr/finance-marches/vernimmen/definition_president-directeur-general.html#xtor=SEC-3168>  de l’électricien public. Mais sa tutelle politique, ses actionnaires, ses administrateurs et ses salariés ne feront pas indéfiniment confiance à ce géant qui fait déjà figure d’exception en étant l’un des rares industriels encore prêts à investir massivement dans un nucléaire que de plus en plus délaissent. Confronté à une armée de sceptiques, chez les écologistes (ce qui n’est pas très surprenant), comme en interne (ce qui l’est plus), EDF s’est battue pour lancer ce chantier britannique en assurant que, contrairement aux autres EPR en construction, les réacteurs britanniques seraient, eux, construits en tenant les délais et les coûts. Cette promesse commence à s’effriter, et même si l’électricien promet que l’essentiel est préservé, que la rentabilité sera au rendez-vous et que les nouveaux délais seront désormais tenus, il ne faudrait pas que ce chantier dérive lentement mais sûrement. La déroute du premier EPR a mis à terre Areva. Pas sûr qu’EDF puisse encaisser une catastrophe made in England.

Article de David Barroux   / Rédacteur en chef des Échos

https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/030425276783-joker-nucleaire-2099556.php