Déc 04

L’OTAN FACE À L’AFFIRMATION DE PUISSANCE RUSSE

Les ministres des affaires étrangères de l’Otan se réunissent, mardi 4 décembre et mercredi 5 décembre, à Bruxelles. Le président ukrainien Petro Porochenko participera à une session consacrée aux tensions en mer Noire.

Les tensions en mer Noire et le retrait américain du traité sur les Forces nucléaires intermédiaires (FNI) seront au centre des entretiens des ministres des affaires étrangères des pays de l’Otan, mardi 4 décembre et mercredi 5 décembre, à Bruxelles.

À leur invitation, le président ukrainien Petro Porochenko se joindra à eux, mardi 4 décembre, pour faire le point de la situation, après l’incident survenu, dimanche 25 novembre, au large de la Crimée, ayant abouti à la capture par la Russie de trois bateaux et de vingt-quatre marins ukrainiens. Cette violation de l’accord bilatéral de 2003 entre Moscou et Kiev, permet à la Russie de bloquer l’accès aux ports ukrainiens de Mariopol et de Berdyansk. Elle conduit à l’annexion rampante par la Russie de la mer d’Azov, devenue le troisième foyer de conflit russo-ukrainien, après la Crimée et le Donbass.

Lors du récent sommet du G20 à Buenos Aires, Vladimir Poutine n’a montré aucun signe d’ouverture. Il a assuré même que « la guerre va continuer » dans l’est de l’Ukraine, tant que les autorités actuelles de Kiev « resteront au pouvoir ».

Les ministres de l’Otan examineront la demande du président ukrainien de déployer des navires en mer d’Azov mais celle-ci a peu de chances d’être acceptée. Les Européens veulent éviter une escalade et ne sont pas favorables à des mesures militaires.

De son côté, le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg fait valoir que l’Otan a déjà considérablement renforcé sa présence en mer Noire. Les pays de l’Union européenne se disent, toutefois, prêts à envisager de nouvelles sanctions ciblées contre des individus proches de Vladimir Poutine lors de la prochaine réunion de leurs ministres des affaires étrangères.

Un discours de Michael Pompeo sur la « réforme de l’ordre international »

Autre question sensible à l’ordre du jour, le retrait américain du traité sur les Forces nucléaires intermédiaires (FNI), annoncé, samedi 20 octobre, par Donald Trump. Le ministre des affaires étrangères américain Michael Pompeo devrait évoquer, entre autres, cette question dans un discours, programmé, mardi 4 décembre, en fin de matinée, à Bruxelles, devant le German Marshall Fund (GMF), sur le thème « Réformer l’ordre international fondé sur des règles », avant de retrouver ses homologues au siège de l’Otan.

Depuis plusieurs semaines, l’administration Trump tente de convaincre ses alliés européens du bien-fondé de sa décision, arguant des violations commises par la Russie. Mais ceux-ci demandent à Washington de donner encore une chance à Moscou de se mettre en règle pour respecter ses engagements. Le déploiement en Europe de nouveaux missiles américains risque de diviser l’alliance, entre ceux qui, comme la Pologne, seraient prêts à les accueillir et ceux qui, à l’instar de l’Allemagne, considèrent ce déploiement comme une provocation inutile.

À court terme, la décision américaine pourrait faire le jeu de la Russie, rendue libre de développer et déployer ses missiles sol-sol à court et à moyenne portée et de tirer parti des divisions européennes. Le président de la commission des affaires étrangères de la chambre haute du parlement russe, Konstantin Kosachev, a récemment déclaré que la Russie ciblerait tout missile à portée intermédiaire déployé par les États-Unis en Europe et repositionnerait, si nécessaire, ses missiles plus près de l’Europe.

Une de leurs sessions sera consacrée aux Balkans occidentaux

Le Vieux continent était le principal bénéficiaire du FNI, conclu en 1987 par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev, visant à contenir la menace russe. L’accord interdisait aux États-Unis et à la Russie de tester, produire et déployer des missiles nucléaires sol-sol, d’une portée comprise entre 500 à 5 500 kilomètres, menaçant l’Europe occidentale. Au milieu des années 2000, la Russie a commencé à mettre au point, puis testé et déployé, un nouveau missile de portée intermédiaire, le SSC-8, capable d’atteindre n’importe quelle capitale européenne, une claire violation du traité FNI, selon Washington.

Les ministres des 29 pays membres de l’Alliance discuteront également du soutien à la formation des forces armées irakiennes et de la mission de formation de l’Otan en Afghanistan. Une de leurs sessions, mercredi 5 décembre, sera consacrée aux Balkans occidentaux, en présence de la diplomate en chef de l’Union européenne Frederica Mogherini. Les ministres entérineront le premier programme national annuel de préparation à une éventuelle adhésion de la Bosnie-Herzégovine.

François d’Alançon, le 04/12/2018 à 6h49

https://www.la-croix.com/Monde/LOtan-face-laffirmation-puissance-russe-2018-12-04-1200987296