EDF : LA PRODUCTION NUCLÉAIRE RETOMBE À SON NIVEAU DE 1991, L’ACTION CHUTE

Dans le cadre de son programme de contrôle sur le parc nucléaire lié à un problème de corrosion, EDF abaisse, pour la deuxième fois en un mois, ses prévisions de production. Le titre du groupe baisse de 3 % à la Bourse de Paris.

Retour en 1991, au mieux. EDF a de nouveau abaissé sa prévision de production nucléaire pour 2022, suite à des problèmes de corrosion affectant le système de sécurité de certains réacteurs . La prévision pour l’année a été ramenée entre 295 et 315 térawattheures, contre une fourchette de 300 à 330 TWh. Dans le bon scénario, la production de l’année sera ramenée 31 ans en arrière, soit 315 TWh, selon les données de RTE.

Une nouvelle qui n’a guère été appréciée des investisseurs. Lors des premiers échanges, le titre du groupe cédait près de 3 %. Vers 9h30, il cédait 2,96 % dans un marché en hausse de 0,77 %.

Cinq réacteurs déjà à l’arrêt

« Nous avons poursuivi les investigations sur les réacteurs » et « cela nous amène à anticiper certains arrêts et à en poursuivre d’autres », affirme EDF, sans préciser la localisation et la durée de ces arrêts. Le groupe, qui visait initialement une production de 330 à 360 TWh, avait déjà abaissé sa prévision le 13 janvier. « L’estimation de production nucléaire pour 2023, actuellement de 340-370 TWh, sera ajustée dès que possible », indique encore le groupe.

Sur les 56 réacteurs du parc nucléaire français, cinq sont à l’arrêt – pour certains jusqu’à la fin de l’année – à cause de ces problèmes de corrosion identifiés ou soupçonnés sur un circuit de sécurité. Il s’agit des réacteurs de Chooz 1 et 2, de Civaux 1 et 2, et de Penly 1. Mais vu le problème, EDF a engagé un réexamen documentaire des contrôles effectués dans le passé sur l’ensemble du parc.

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Selon les résultats de cette revue, il faudra peut-être réaliser des contrôles physiques sur des réacteurs si des soupçons de corrosion apparaissent, puis des réparations en fonction des résultats de l’inspection. Si le problème apparaissait sur un réacteur en fonctionnement, cela pourrait donc nécessiter sa mise à l’arrêt. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait affirmé il y a quelques semaines que les problèmes de corrosion constituaient « un « événement sérieux » – et un problème potentiellement « générique ».

Risque d’une nouvelle secousse des prix

La baisse des prévisions de production d’électricité en France pourrait donner une nouvelle secousse aux prix de l’électricité en Europe, qui ont chuté depuis qu’ils ont atteint des niveaux records en décembre. Cela ajoute également une pression sur les bénéfices d’EDF, déjà limités par un plafonnement des prix instauré par le gouvernement français.

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Outre ce manque à gagner, ces problèmes accroissent la tension sur l’approvisionnement électrique de la France cet hiver. Vendredi, le gestionnaire du réseau électrique RTE a indiqué maintenir sa « vigilance sur la fin de l’hiver » pour l’approvisionnement, en raison d’un nombre élevé de réacteurs nucléaires à l’arrêt, tout en notant que « les prévisions météorologiques sur la période sont favorables ».

Enfin, cette mauvaise nouvelle intervient alors qu’Emmanuel Macron est sur le point de détailler son programme de relance nucléaire .

Par Les Échos, publié le 8 février 2022 à 06h58, mis à jour le 8 février 2022 à 10h19

Photo en titre : La prévision a été ramenée entre 295 et 315 térawattheures, contre une fourchette de 300 à 330 térawattheures. (HAMILTON/REA)

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