NUCLÉAIRE: L’AUTODESTRUCTION D’UN SYMBOLE DE L’EXCELLENCE FRANÇAISE

Erreurs stratégiques, cafouillages, rivalités et coups bas ont eu raison du succès des années 70 qui avait permis d’amortir le premier choc pétrolier.

Jusqu’à une date récente, quand on s’inquiétait du coût, du danger potentiel ou des déchets des centrales nucléaires françaises, hommes politiques et ingénieur(e)s des mines levaient les yeux au ciel, l’air accablé par tant d’ignorance, et rétorquaient immanquablement que, grâce au nucléaire, la France était le seul pays d’Europe à disposer d’une énergie aussi bon marché, à l’approvisionnement aussi fiable. Circulez, y a rien à voir.

Pendant toute une période, cela a été en grande partie vrai. La construction du parc nucléaire français, à partir des années 1970, a été un succès. Il a permis d’amortir le choc pétrolier de 1973 et de garantir au pays une certaine indépendance énergétique. L’excellence française en la matière était reconnue dans le monde entier. Et puis, tout est parti en sucette. Incompétence, rivalités et coups bas entre grand(e)s patron(ne)s du secteur, erreurs stratégiques, transferts de compétences aux Chinois, désintérêt voire cafouillages de l’État… Le secteur s’est quasi autodétruit. Cause ou effet : depuis le lancement de sa construction, le réacteur EPR de Flamanville accumule les problèmes ad nauseam (de béton, d’acier, de soudure et maintenant de système de pilotage). Et sa facture est passée en dix-sept ans de 3,3 à près de 20 milliards d’euros selon la Cour des comptes.

Considérablement endettée, confrontée au financement du démantèlement de ses plus vieux réacteurs et de la prolongation de certains autres, et désormais tenue par la promesse d’Emmanuel Macron de construire six nouveaux EPR, EDF est au bord du gouffre, virtuellement en faillite. D’où la décision de l’État de renationaliser l’entreprise dix-sept ans après l’avoir partiellement privatisée. Du grand n’importe quoi. Pour couronner le tout, plus d’un réacteur sur deux est actuellement à l’arrêt pour cause de maintenance ou de problèmes de corrosion, alors même que l’on n’a jamais eu autant besoin du nucléaire pour compenser l’arrêt des importations de gaz russe.

Par Alexandra Schwartzbrod, publié le 19 juillet 2022 à 21h00

Photo en titre : Dans la zone de la piscine, à l’EPR de Flamanville, le 14 juin. (Adeline Keil/Libération)

https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/nucleaire-lautodestruction-dun-symbole-de-lexcellence-francaise-20220719_VIOOTHI6SREAVEHVNGLDZO2T3A/