Août 25

HINKLEY POINT OU RENOUVELABLES, TELLE EST LA QUESTION AU ROYAUME-UNI

HinkleyAlors que l’opinion britannique doute de plus en plus de l’intérêt d’une nouvelle centrale nucléaire, le feu vert a été donné au développement de la plus grande ferme éolienne offshore du monde. Dans un contexte budgétaire contraint, nucléaire et énergies renouvelables s’opposent de plus en plus frontalement dans l’opinion publique. Et, de plus en plus souvent, au bénéfice de ces dernières.

EDF comme le gouvernement français, depuis le ministre de l’économie Emmanuel Macron jusqu’au plus haut sommet de l’État, tiennent dur comme fer à Hinkley Point. L’avenir du nucléaire tricolore semble en effet suspendu à ce projet de construction de deux réacteurs EPR dans le sud-ouest de l’Angleterre -confié au Français avec la participation financière du Chinois CGN. Mais, après la démission en mars dernier du directeur financier et les doutes suscités en interne sur le bien-fondé de ce gigantesque investissement (18,5 milliards de livres sterling, soit 21,7 milliards d’euros) au regard de la situation financière de l’entreprise, après le revirement du gouvernement britannique post référendum -il a annoncé le 28 juillet vouloir réexaminer le projet de construction- c’est maintenant dans l’opinion publique britannique que le scepticisme rencontre un écho grandissant. Au-delà des doutes concernant l’opportunité, en matière de sécurité nationale, de confier la centrale d’Hinkley Point C à des acteurs étrangers, l’opposition entre investissement dans le nucléaire et développement des renouvelables, jusqu’alors soulevée seulement par quelques experts militants, émerge désormais dans le débat public.

The Economist lui-même, magazine plus connu pour sa fidélité aux lois du marché que pour son engagement pro-environnemental, consacre au projet un article au titre plus qu’explicite : Hinkley Pointless (« Hinklinutile », pourrait-on traduire en français).  Le Crown Estate, l’institution chargée de gérer le portefeuille des actifs associés à la Couronne britannique et qui à ce titre octroie les sites réservés aux fermes éoliennes en mer, approuve pour sa part la pause de réflexion que s’est accordée Theresa May, en suggérant de la mettre à profit pour évaluer les avantages d’autres sources d’énergie alternatives.

L’éolien et le solaire de moins en moins cher

De ce point de vue, le premier aspect en cause est le prix. Alors que celui de l’électricité produite par Hinkley Point est critiqué pour son niveau élevé, la baisse des coûts des renouvelables suscite beaucoup d’espoirs. Afin de permettre une certaine visibilité et un retour sur investissement à EDF, le gouvernement anglais a en effet convenu en 2012 de payer à l’électricien français pendant 35 ans un prix d’exercice fixé à 107,7 euros par mégawattheure (MWh). Cela représente déjà plus du double du prix de l’électricité aujourd’hui. Dans un rapport encore non publié, le ministère de l’énergie britannique lui-même anticipe en outre pour l’éolien terrestre et le solaire des prix inférieurs à ceux du nucléaire une fois qu’Hinkley Point sera terminé, rapporte The Guardian: entre 50 et 70 livres en 2025, contre une fourchette de 85 à 125 livres par MWh pour le nucléaire. Lors des dernières prévisions établies en 2010 et 2013, le nucléaire s’était toujours avéré l’option la plus intéressante sur le plan économique. « Pendant les six dernières années, le gouvernement britannique a baissé d’un tiers les prévisions de coûts pour la production d’électricité de l’éolien terrestre en 2025, et du solaire de deux tiers », ajoute The Economist

En outre, la lourdeur de l’investissement dans Hinkley Point risque de freiner l’essor des renouvelables au Royaume-Uni, s’inquiètent certains. « Ne croyez pas au battage médiatique: ce n’est pas ‘nucléaire et renouvelables’ -en raison du véritable coût du nucléaire, c’est ‘nucléaire OU renouvelables’« , met en garde Paul Dorfman, chercheur à l’Energy Institute de l’University College of London, cité par The Guardian. En tenant compte des temps longs impliqués par la construction et les retards d’Hinkley, le projet risquerait ainsi de devenir, paradoxalement, une véritable entrave à sa finalité même : combler le gap énergétique dont pourrait souffrir le pays, qui s’apprête à fermer progressivement ses centrales à charbon afin de remplir ses engagements européens en termes d’émissions de gaz à effet de serre…

Cette question de la capacité pourrait d’ailleurs mettre un terme au débat; c’est l’argument ultime sur lequel s’appuient les partisans des renouvelables. L’Anglais Jeremy Leggett, fondateur du fabricant de panneaux solaires Solarcentury, en est persuadé: « Si nous accélérons les renouvelables au Royaume-Uni, nous pouvons répondre à 100% de la demande BIEN AVANT 2050« . Les estimations de l’énergéticien public britannique semblent confirmer ces espoirs: selon National Grid, cité par The Guardian, la mer pourrait fournir environ la moitié de l’énergie du pays avant 2030, en combinant l’éolien offshore avec les technologies marémotrices et en multipliant les interconnexions avec des pays voisins affichant structurellement des surplus d’électricité (Nord de l’Europe et Islande notamment)…

Au mois de mai dernier, l’énergie générée par le solaire a dépassé celle produite par les centrales à charbon…

Et The Economist de conclure:

 « La Grande-Bretagne devrait sortir de l’accord et les autres pays devraient tirer des leçons de sa mésaventure ».

Article entier sur : http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/hinkley-point-ou-renouvelables-telle-est-la-question-au-royaume-uni-593798.html