Jan 19

AUTORITÉ DE SÛRETÉ NUCLÉAIRE : «LA SITUATION ACTUELLE EST PRÉOCCUPANTE»

ASNPierre-Franck Chevet, le gendarme du nucléaire, estime que les difficultés financières d’Areva et EDF font peser un risque sur la sûreté des centrales.

Alors que le système électrique est mis sous tension par la vague de froid qui s’est abattue sur le pays, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) vient d’autoriser le report de l’arrêt prévu de deux réacteurs à Civaux (Vienne) et au Tricastin (Drôme).

Dans un entretien à notre journal, le président de l’ASN, Pierre-Franck Chevet, dresse un bilan inquiétant de l’année 2016 en matière de sûreté nucléaire.

Vous tirez un bilan alarmant de 2016. Pourquoi ?

Pierre-Franck Chevet. Nous avons découvert une anomalie générique sur des générateurs de vapeur et des falsifications de centaines de dossiers concernant la fabrication, au Creusot, d’éléments pour les centrales. Ce sont des pratiques inacceptables. Nous avons d’ailleurs saisi la justice. Areva et EDF doivent prendre un certain nombre de mesures, dont une revue générale de l’état de leurs installations. Areva l’a engagée sous le contrôle d’EDF, et nous exerçons nous-mêmes un contrôle par-dessus tout ça.

 Vous avez imposé l’arrêt de douze réacteurs. Avez-vous subi des pressions pour changer votre décision ?

Il y a toujours des tensions. Au final, nous en avons déjà relancé neuf. Mais si des anomalies plus graves avaient été constatées, je n’aurais pas hésité à prolonger l’arrêt des réacteurs et cela quels que soient les soucis d’approvisionnement en électricité d’EDF. Je ne suis pas en charge de la politique énergétique. C’est le souci du gouvernement, pas le mien. Mais mon message, c’est qu’il faut améliorer sensiblement les marges de production d’énergie.

Êtes-vous en capacité de remplir votre mission ?

Nous avons obtenu 70 embauches supplémentaires en trois ans, mais nous manquons clairement de moyens humains et financiers par rapport aux enjeux. Il faut absolument envisager une réforme de notre financement. Mais ce n’est pas le plus inquiétant.

Il y a plus grave ?

Oui, c’est le manque de moyens financiers d’EDF, d’Areva et du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives pour assumer leurs responsabilités. A des degrés divers, ils connaissent des difficultés économiques significatives dont la responsabilité appartient à ces entreprises et au gouvernement.

Cela peut-il remettre en cause la sûreté nucléaire ?

Oui. Un exploitant qui n’aurait pas assez d’argent aura de la peine à avoir une sûreté à niveau. Notamment pour effectuer dans les délais des travaux.

Faut-il avoir peur de nos centrales ?

On ne peut pas dire que tout est sous contrôle quand il y a des anomalies. La sûreté absolue n’existe pas. Il y a toujours un risque résiduel. La situation actuelle est difficile et préoccupante mais elle reste acceptable. On ne va pas arrêter tous les réacteurs parce qu’il y a des irrégularités.

2016, l’année de tous les dangers

Annus horribilis dans le nucléaire. Après la découverte fin 2014 par Areva d’une anomalie sur la cuve du réacteur EPR en construction à Flamanville (Manche), l’Autorité de sûreté nucléaire a constaté en 2016 dans le parc nucléaire français une « anomalie générique » sur plusieurs générateurs de vapeur, un des composants essentiels d’un réacteur. Le gendarme du nucléaire a imposé l’arrêt de 12 réacteurs pour mener des examens complémentaires. 9 ont pour le moment redémarré. L’audit réclamé à Areva par l’ASN a en outre révélé des falsifications de près de 400 dossiers (sur 10 000) dans le contrôle de pièces produites depuis 1965 à l’usine Creusot Forge. Une centaine de dossiers concerneraient des pièces installées en France. L’ASN a lancé une procédure judiciaire.

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