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Juin 06

NUCLÉAIRE : CINQ ANS POUR QUOI FAIRE ?

5 ans pour quoi faireLes acteurs sont désormais en place, mais quelle pièce vont-ils jouer ? Pas celle, a priori, écrite par la loi sur la transition énergétique votée en 2015, qui prévoit de ramener de 75 % à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité à l’horizon 2025.
Durant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a bien repris à son compte l’objectif fixé dès 2012 par François Hollande, mais c’était surtout une position tactique, pour éviter d’avoir à débattre d’un sujet qui aura pollué le quinquennat. Son entourage a d’ailleurs distillé l’idée que la date de 2025 n’était pas impérative. Et le dernier soir de la campagne, dans une interview à Médiapart, Emmanuel Macron a levé un coin du voile, en disant que, en matière de fermeture des centrales nucléaires, cela ne se déciderait pas  « sur le plan politique » mais plutôt  « sur la base de ce que l’ASN [l’Autorité de sûreté nucléaire]  dira ». Une position que son ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a d’ailleurs paraphrasée : « Si on doit fermer des réacteurs – et il faudra le faire -, ce sera sur des critères sociaux et de sécurité », a-t-il expliqué au « Journal du dimanche ».

Si le cours d’EDF a chuté à l’annonce de sa nomination au gouvernement, ses premières déclarations sont tout sauf va-t-en-guerre. Les plus perfides rappellent d’ailleurs que l’électricien et l’écologiste savent travailler ensemble : EDF est partenaire et financeur de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme depuis de longues années. Le PDG  d’EDF, Jean-Bernard Lévy, qui avait des relations difficiles avec Ségolène Royal, est aussi en confiance avec la directrice de cabinet de Nicolas Hulot, Michèle Pappalardo, qui connaît par cœur l’économie du nucléaire.

Prolonger le parc

Si peu d’acteurs croyaient de toute façon à la possibilité de réduire la part du nucléaire aussi rapidement qu’il est écrit dans la loi, sauf à imaginer une avarie générique, reste à savoir à quoi servira de se donner du temps, si c’est seulement pour en gagner. Depuis cinq ans, EDF n’a pas bougé d’un iota sur ses ambitions (prolonger le parc et construire de nouveaux EPR), ni sur sa vision d’une consommation croissante de l’électricité malgré la stabilité des dernières années.
Dans sa mise en œuvre, la loi de transition énergétique a donné la main à EDF au détriment de l’État, pourtant actionnaire à plus de 83 %. Par exemple, en disant que c’est à EDF de demander l’abrogation de l’autorisation d’exploiter une centrale nucléaire, tout en assurant son droit à être indemnisé. Une position qui tranche singulièrement avec ce qu’a fait Angela Merkel en Allemagne. EDF veut de la sincérité de la part de l’État, mais l’État et les citoyens en voudront aussi de la part d’EDF. Et ses clients aussi.

Article de Véronique Le Billon

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/030365685678-nucleaire-cinq-ans-pour-quoi-faire-2091937.php