Juin 16

LA MOITIÉ DES CENTRALES NUCLÉAIRES AMÉRICAINES PERDENT DE L’ARGENT

La moitiéSelon Bloomberg, 34 des 61 centrales nucléaires perdent au total 3 milliards par an. L’écart se creuse entre les centrales situées dans les États régulés, où le prix est soutenu, et les autres.

L’effondrement de l’ex-fleuron du nucléaire  Westinghouse en début d’année a brutalement révélé aux Américains l’étendue des difficultés du secteur longtemps considéré comme le plus prometteur. Mais le constat des analystes de Bloomberg est sans appel. Selon l’agence, plus de la moitié des réacteurs américains sont déficitaires. Les pertes cumulées par 34 des 61 centrales du pays atteindraient près de 3 milliards de dollars par an. Un chiffre obtenu en comparant le tarif de l’électricité vendue par ces centrales, estimé entre 20 et 30 dollars par mégawattheure (MWh), à ce qu’elle coûte à produire, soit 35 dollars par MWh.  

Le principal responsable est toujours le même : le gaz de schiste, abondant et bon marché, qui chasse peu à peu les centrales électriques tournant avec des combustibles plus onéreux. Le gaz est devenu l’an dernier la première source de production d’électricité, représentant 34 % du mix, contre 30 % pour le charbon et 20 % pour le nucléaire. Portées par des avantages fiscaux, les énergies renouvelables sont elles aussi venues grignoter des parts de marché. Quatre centrales nucléaires sont en cours de fermeture, tandis que quatre autres ont fermé ces quatre dernières années, à la fois pour des raisons économiques et de sécurité. 

Recentrage sur les marchés régulés

La situation reste toutefois très contrastée pour le secteur. C’est dans les États où le marché de l’électricité n’est pas régulé que le nucléaire subit le plus violemment la concurrence du gaz. Les producteurs qui y sont les plus présents sont ceux qui souffrent le plus, comme  Exelon,  FirstEnergy, ou  Entergy. La totalité des centrales opérées par les deux premiers sont situées dans des États non régulés, et la moitié de celles du troisième. FirstEnergy a admis que ses centrales situées dans des États dérégulés perdaient de l’argent. Et Entergy a annoncé un recentrage de son activité sur les marchés régulés.  

Pour pouvoir continuer à opérer, ces producteurs militent auprès des pouvoirs publics pour obtenir des subventions, arguant du fait qu’elles représentent de nombreux emplois qualifiés (jusqu’à 100 fois plus que les centrales au gaz, selon certaines études) et n’émettent pas de gaz à effet de serre – Bloomberg estime que la fermeture des réacteurs non rentables aurait un impact direct sur les émissions, qui reculent aux États-Unis depuis cinq ans. Certains producteurs critiquent même, à ce titre, les aides aux énergies renouvelables. Exelon a déjà obtenu un coup de pouce des États de New York et de l’Illinois, tandis que First-Energy menace, faute d’un appui public, de fermer trois sites, dans l’Ohio et en Pennsylvanie.  

Article d’Elsa Conesa, Les Échos, Bureau de New York

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