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Juil 22

RADON : LE CRI D’ALERTE DE LA CRIIRAD

CRIIRADAprès le scandale de la maison « radioactive » de Bessines-sur-Gartempe (en 2014, une famille de Bessines était avertie qu’elle vivait sur des stériles d’uranium. La maison a, depuis, été détruite © Brigitte AZZOPARD), la CRIIRAD (1) dénonce l’inertie des pouvoirs publics et un protocole biaisé où Areva serait « juge et partie ».

De « la maison radioactive », il ne reste plus rien. Un simple carré d’herbe clôturé, qui comme l’arbre et la forêt, ne cache plus grand-chose. Ici vivait une famille, dont la maman, nounou, a gardé de nombreux enfants <http://www.lepopulaire.fr/bessines-sur-gartempe/faits-divers/2014/06/02/maison-radioactive-a-bessines-le-suivi-medical-sur-le-long-terme-est-recommande-par-l-irsn_11026653.html> sans savoir que dans les soubassements de sa maison, se trouvaient des stériles, résidus miniers d’uranium, qui dégageaient de très fortes concentrations en radon. « On ne veut plus en entendre parler », confie, laconique, le père, joint au téléphone.

« Areva a utilisé des coefficients périmés »

Pourtant le cas de cette famille, qui a été à l’origine d’une vague de détection de la présence de radon dans 600 lieux de vie et de travail identifiés par Areva, en raison de la présence de stériles d’uranium ou des résidus miniers, pourrait bien revenir sur le devant de la scène. Et pour cause : selon la CRIIRAD, le seuil choisi par Areva, 2.500 becquerels par m3, pour les opérations de détection a été surévalué.

Didier Gay (IRSN) : « Il s’agissait d’identifier les situations exceptionnelles » <http://www.lepopulaire.fr/limoges/environnement/2017/07/21/didier-gay-irsn-il-s-agissait-d-identifier-les-situations-exceptionnelles_12492992.html>

« Areva a utilisé des coefficients périmés », explique Corinne Castanier, représentante de la CRIIRAD. Dans un courrier, publié le 6 juillet dernier, l’association « dénonce le silence et l’inertie coupable des pouvoirs publics » et parle d’une « sous-évaluation des risques à l’inhalation du radon », gaz – faut-il le rappeler – classé comme cancérigène « certain », par le Centre international de recherche contre le cancer.

« Les 2.500 Bq/m3 retenus par les autorités induisent une dose de rayonnement […] supérieure au niveau maximum fixé, tant par la CIPR (2) que par l’Europe, pour les accidents nucléaires majeurs », pointe la missive. Plus étonnant, « Areva a été chargé par l’État d’établir le protocole, explique Corinne Castanier. Ce sont eux qui ont élaboré la correspondance », aujourd’hui contestée par l’association.

La CRIIRAD demande l’abaissement du seuil d’alerte à 1.000 Bq/m3, ce qui correspond selon elle, à une meilleure prise en compte du risque. « De ce que l’on sait, il y a très peu de lieux qui dépassent les 2.500 Bq, explique Corinne Castanier. Il y en a plus entre 800-1.000 et 2.500. Surtout, en dessous de 2.500, Areva n’a aucune obligation et c’est aux gens de se débrouiller tout seul. »

« Faux négatifs »

L’association avance aussi que les opérations de contrôle auraient pu générer de « faux négatifs ». « Ce sont eux qui ont établi le protocole et qui le cas échéant, doivent effectuer les travaux, souligne la responsable. Areva est à la fois juge et partie. » Dans un avis d’avril 2014, l’IRSN (3) considère que « le protocole d’Areva est adapté pour identifier dans des délais courts des situations d’exposition élevée au radon », mais qu’il ne constitue qu’une « première étape ».

« Ils ne sont en revanche pas adaptés à la gestion plus globale du risque radon », souligne l’avis. « Il faut faire des mesures sur deux mois et pendant la période où l’on chauffe, d’octobre à avril, explique Corinne Castanier. Et non sur maximum 15 jours, comme l’a fait Areva. » 

30 lieux concernés en Haute-Vienne

Selon le ministère du Développement durable, « pour la Haute-Vienne, 30 lieux ont été concernés par l’envoi de kits. » Dans cinq bâtiments, « la concentration en radon dépasse le seuil des 2.500 Bq/m3 pour les lieux de vie et 5.000 Bq/m3 pour les lieux autres (caves, garages…) ». Parmi ces 5 bâtiments, « le radon est dû à la présence de stériles pour un bâtiment et à la présence de sables cyclonés pour un [autre] ». Pour les trois autres bâtiments, le radon serait d’origine naturelle.

Quand ils étaient impliqués, les stériles « ont fait l’objet d’un enlèvement ». Par ailleurs, les habitants de la maison concernée par des sables cyclonés ont été relogés. La concentration en radon est comprise entre 1.000 et 2.500 Bq/m3 pour sept autres bâtiments. « Des investigations sont en cours pour déterminer si le radon est dû à la présence de stériles ou non », conclut le ministère.

(1) La Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité.
(2) La Commission internationale de protection radiologique.
(3) L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire.

Article de Sébastien Dubois

http://www.lepopulaire.fr/limoges/environnement/2017/07/21/radon-le-cri-dalerte-de-la-criirad_12492991.html