Juil 31

LA POPULATION NORD-CORÉENNE OTAGE DU CONFLIT NUCLÉAIRE

Corée famineLa sécheresse accentue la crise alimentaire en Corée du Nord. La communauté internationale rechigne à venir en aide au pays ermite, accusé d’ignorer les besoins de sa population pour mieux développer son programme nucléaire.

La nouvelle crise alimentaire qui s’annonce en République populaire démocratique de Corée (RPDC), due à la plus grave sécheresse en seize ans, aura peu de conséquences politiques intérieures sinon celle d’aggraver les souffrances de la population dont les rations alimentaires viennent d’être réduites de 400 grammes d’équivalents céréales à 300 g par jour (soit la moitié du minimum fixé par le Programme alimentaire mondial, PAM). Elle aura en revanche un écho international: relancer le débat sur l’assistance alimentaire à un pays sanctionné par les Nations unies.

Selon les estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les récoltes pourraient chuter cette année de 30% en raison de précipitations bien inférieures à la moyenne au cours de la période avril-juin. Les provinces de Pyongan du Nord et du Sud ainsi que celle de Hwanghae, considérées comme le «grenier à riz» du pays, sont durement touchées, estime la FAO dans un rapport, publié le 19 juillet, auquel ont participé des experts de Centre commun de recherche de la Commission européenne et des ONG européennes qui se sont rendues dans les régions affectées.

Crise alimentaire chronique

Cette chute de la production des denrées de base (riz, maïs, soja), conjuguée à la rareté de l’herbe pour le bétail, entraîne une grave détérioration de la situation alimentaire. Selon la FAO, en 2017, la RPDC devra importer 458 000 tonnes de céréales. Estimant que le volume des importations officielles se situe à 200 000 tonnes, il reste à trouver 258 000 tonnes pour éviter que les couches les plus vulnérables de la population ne soient trop durement affectées, selon l’organisation onusienne.

La RPDC souffre d’une crise alimentaire chronique depuis la famine du milieu des années 1990, qui fit de 600 000 à un million de morts (sur 24 millions d’habitants). Près de vingt ans après cette catastrophe, le PAM estime que 2 personnes sur 5 souffrent encore de sous-alimentation. L’organisation fournit une assistance à un tiers de la population. En 2016, les récoltes se sont chiffrées à 4,8 millions de tonnes, soit une croissance de 7% par rapport à 2015, mais inférieures de 700 000 tonnes aux besoins du pays.

L’agriculture nord-coréenne particulièrement vulnérable

Les organismes des Nations unies ont de plus en plus de difficultés à financer leurs projets en RPDC. Bien que l’aide alimentaire internationale ne soit pas liée, en principe, à la situation politique du pays concerné, son image négative n’incite guère les pays donateurs à la générosité. Les plus récalcitrants font valoir que l’aide internationale encourage le régime à ignorer les besoins de sa population pour consacrer ses ressources à ses ambitions nucléaires et amoindrit l’effet des sanctions.

En dépit d’un redressement de la situation économique générale, l’agriculture nord-coréenne demeure un secteur vulnérable. Dans un pays montagneux où seulement 30% des terres sont arables et qui connaît des hivers sibériens et des étés torrides, l’agriculture a toujours été l’objet d’une attention particulière du régime: les réformes de ces dernières années, destinées à accroître la production par des incitations matérielles, ont été appliquées en priorité dans le domaine agricole.

Dilemme pour la communauté internationale

Des progrès ont été réalisés en matière d’irrigation, de mécanisation, d’élevage et de production d’engrais. L’effort humain dans les campagnes reste immense, mais les terres sont souvent dégradées par une exploitation intensive. La RPDC est également à la merci des intempéries qui rompent un équilibre précaire. Dans le passé, l’aide humanitaire internationale et l’assistance de la Chine, dont le volume n’est pas connu, ont permis au pays de surmonter tant bien que mal les épreuves.

Compte tenu du redémarrage de l’économie, la RPDC a sans doute les moyens d’augmenter ses importations alimentaires. Le fera-t-elle? Pour la communauté internationale, se pose une nouvelle fois le dilemme: venir ou non en aide à une population en difficulté, victime de sanctions imposées au pays, qui freinent l’action humanitaire sans changer les orientations du pouvoir.

https://www.letemps.ch/monde/2017/07/30/population-nordcoreenne-lotage-conflit-nucleaire