Fév 01

TCHERNOBYL: L’HISTOIRE MÉCONNUE DES 3 INGÉNIEURS QUI ONT SAUVÉ L’EUROPE

Le 26 avril 1986, l’explosion du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl entraine la plus grande catastrophe nucléaire civile de l’histoire. Quelques jours après l’incident, trois hommes se lancent dans une mission très risquée afin d’éviter une seconde explosion encore plus dévastatrice.

Les pertes humaines engendrées par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl sont effroyables. Lors de l’explosion du réacteur n°4, un employé de la centrale est tué sur le coup, un second décède quelques heures plus tard, et les pompiers dépêchés sur les lieux pour limiter la propagation de l’incendie sont fortement irradiés.

Dans les semaines qui suivent, vingt-huit autres personnes directement exposées aux radiations meurent, et les victimes directes et indirectes de cette catastrophe nucléaire sans précédent se comptent aujourd’hui par dizaines de milliers.

Un bilan qui aurait pu s’avérer encore bien plus lourd sans l’intervention de trois hommes courageux qui ont risqué leur vie pour en sauver des centaines de milliers, et des liquidateurs qui se sont relayés durant des semaines sur le site et ont été exposés à de très forts taux de radiation.

Seulement dix jours après l’explosion du réacteur n°4, les ingénieurs de la centrale de Tchernobyl doivent faire face à une nouvelle menace : les explosions nucléaires dues à la vapeur.

Les tonnes d’eau déversées par les pompiers pour éteindre l’incendie initial menacent directement les autres réacteurs de la centrale. Une piscine s’est formée sous le réacteur hautement radioactif, et ce n’est plus qu’une question d’heures avant que son cœur en fusion n’atteigne la nappe d’eau accumulée et ne provoque une terrible explosion. Ce n’est plus qu’une question d’heures avant qu’une seconde explosion encore plus dévastatrice ne se produise.

Si un tel incident se produit, l’explosion de vapeur déclenchée libèrera d’énormes quantités d’éléments radioactifs dans le ciel, et ces nuages se propageront à travers l’Europe, l’Asie et l’Afrique.

Comme l’explique le physicien soviétique Vassili Nesterenko : « Nos experts ont étudié cette possibilité et ont conclu que l’explosion aurait eu une force de trois à cinq mégatonnes. La ville de Minsk, qui se trouve à 320 kilomètres de la centrale, aurait été rasée et l’Europe rendue inhabitable ».

Trois hommes courageux se portent alors volontaires pour plonger dans le sous-sol inondé de la centrale afin d’ouvrir les vannes d’évacuation et de drainer l’eau.

Un seul d’entre eux connait l’emplacement exact des soupapes de sûreté en question. Il s’agit d’Alexei Ananenko, l’un des ingénieurs travaillant à la centrale de Tchernobyl. Avec son confrère Valeri Bezpalov et le chef de quart de centrale Boris Baranov, il va se lancer dans une mission à hauts risques.

Bien que les autorités aient fait savoir aux trois hommes qu’ils pouvaient refuser la mission, Ananenko dira plus tard : « Comment aurais-je pu refuser de le faire alors que j’étais la seule personne à connaître l’emplacement exact de ces soupapes ? »

Équipés de combinaisons de plongée et de respirateurs pour limiter l’impact des radiations, Ananenko et ses deux partenaires plongent dans l’eau.

Les trois hommes parviennent à relâcher les soupapes à temps, et évitent ainsi une catastrophe nucléaire qui se serait révélée exponentiellement plus grave que l’explosion initiale.

Dans les jours qui suivent, près de 19 000 tonnes d’eau sont drainées, et un rapport confirmera plus tard que sans le travail d’Ananenko, Bezpalov et Baranov, l’explosion nucléaire qui aurait eu lieu aurait transformé des centaines de kilomètres carrés de terres en une friche radioactive inhabitable.

Si les trois hommes présentaient des signes d’empoisonnement par radiation lorsqu’ils ont émergé de sous le réacteur, les mythes largement repris par les médias du monde entier, voulant que ces derniers soient morts durant l’opération ou dans les semaines qui ont suivi, se sont révélés infondés.

Dans son ouvrage Tchernobyl 01:23:40 paru en 2016, Andrew Leatherbarrow a démontré que l’histoire fréquemment racontée était en réalité largement exagérée. Baranov est mort d’une insuffisance cardiaque en 2005, et Ananenko et Bezpalov continuent de travailler dans l’industrie de l’énergie nucléaire. À la différence des pompiers et des liquidateurs dépêchés sur les lieux après la catastrophe, autres tristes héros de Tchernobyl aujourd’hui disparus ou frappés par la maladie, ces hommes connaissaient les risques liés à une exposition prolongée à de telles radiations, et ont donc consciemment choisi de risquer leur vie.

 Alexei Ananenko, Valeri Bezpalov et Boris Baranov n’ont pas pu empêcher l’explosion du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl, mais ils ont évité qu’une catastrophe d’une toute autre ampleur ne se produise.

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