Fév 06

NUCLÉAIRE : L’ARSENAL CHINOIS LOIN DERRIÈRE LA DISSUASION AMÉRICAINE

La nouvelle posture nucléaire américaine a été vivement critiquée à Pékin. Le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Geng Shuang, a rappelé, lundi 5 février, que la Chine militait pour « l’interdiction complète et la destruction totale des armes nucléaires » et n’allait pas dévier de sa doctrine de recours aux armes nucléaires pour la seule riposte. Le ministère de la défense chinois a, quant à lui, dénoncé les « suppositions outrancières » du rapport américain.

Un débat ne s’en fait pas moins jour dans l’ensemble des médias liés à l’armée chinoise sur la nécessité pour la Chine de renforcer ses capacités en réponse au programme de modernisation envisagé par Washington. Une tribune publiée le 30 janvier dans Le Quotidien de l’Armée populaire de libération appelait ainsi à « muscler » la dissuasion chinoise.

Dotée du deuxième budget militaire de la planète derrière les États-Unis, la Chine s’est lancée dans un effort spectaculaire de modernisation technologique et organisationnelle de son armée. Sa marine se dote de porte-avions et aligne désormais des navires de combat aussi sophistiqués que ses homologues occidentaux. Pékin développe également toutes sortes d’armes nouvelles – des engins hypersoniques aux canons électromagnétiques.

Des sous-marins réputés bruyants

Toutefois la Chine demeure très loin derrière les États-Unis en matière d’armement nucléaire. Pékin disposerait, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, d’environ 270 ogives nucléaires, contre environ 6 800 pour les États-Unis, du fait qu’elle est restée à l’écart de la course à l’armement durant la guerre froide.

Selon un rapport publié en janvier par l’Union of Concerned Scientists, un regroupement indépendant de scientifiques américains, la Chine aurait en stock la matière fissile nécessaire à produire de 380 à 880 ogives nucléaires supplémentaires, contre 5 000 pour les États-Unis. Par ailleurs, le département de la défense américain estime de son côté que la Chine ne dispose que de 75 à 100 missiles intercontinentaux, dotés en grande majorité d’une seule ogive nucléaire, tandis que les États-Unis, dont les missiles intercontinentaux peuvent porter. trois ogives, en annoncent 400.

La Chine est bien moins avancée en termes de missiles balistiques stratégiques lancés par des sous-marins, pourtant essentiels pour garantir la capacité de seconde frappe d’un pays en cas d’attaque de son territoire. Ses quatre sous-marins à propulsion nucléaire de nouvelle génération (classe « Jin ») peuvent charger chacun douze missiles de longue portée – un cinquième en construction portera la capacité totale à 60.

Ces sous-marins lanceurs d’engins (SNLE) sont les plus crédibles dont dispose la Chine mais sont réputés bruyants et donc trop facilement détectables. La marine chinoise a été critiquée début janvier quand un de ses sous-marins, de classe « Shang », non lanceur de missiles balistiques, a été suivi pendant deux jours par les forces d’autodéfense japonaises.

En outre, les sous-marins chinois n’auraient pas encore effectué de patrouilles armées – alors que les experts estiment à 890 le nombre d’ogives déployées sur des SNLE américains dans le monde.

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/02/06/nucleaire-l-arsenal-chinois-loin-derriere-la-dissuasion-americaine_5252469_3216.html