Mar 21

LES DANGEREUSES AMBITIONS NUCLÉAIRES DU PRINCE HÉRITIER SAOUDIEN

Jusqu’à présent, l’Arabie saoudite affirmait qu’elle n’aspirait pas à se doter de l’arme nucléaire et que tout son programme nucléaire n’était mené qu’à des fins pacifiques dans le cadre des accords internationaux en la matière.

Peu y croyaient, et de plus en plus de signes commençaient à laisser présager du contraire, jusqu’à ce que le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane déclare sur la chaîne américaine CBS que les Saoudiens étaient prêts à concevoir leur propre arme nucléaire. «Si l’Iran fabriquait une bombe nucléaire, nous suivrions son exemple au plus vite», a déclaré le prince héritier, qui occupe à la fois le poste de vice-premier ministre et de ministre de la Défense. Selon le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

Un nouveau candidat au club des pays nucléaires fait donc son apparition, ce qui pourrait changer foncièrement l’équilibre des forces dans la région et la plonger dans une course aux armements nucléaires qui saperait la stratégie internationale de non-prolifération de l’arme nucléaire et réduirait significativement le seuil d’un conflit «non conventionnel». La course aux armements nucléaires dans une région aussi instable que le Moyen-Orient est dangereuse car une telle réaction en chaîne spontanée pourrait facilement échapper à tout contrôle et entraîner des conséquences inimaginables. Globalement, ce sont les premiers résultats de l’aspiration du président américain Donald Trump à rompre le Plan d’action global commun, connu comme l’accord nucléaire avec l’Iran.

Le prince héritier n’a pas choisi son moment au hasard pour faire part des ambitions nucléaires du royaume. Son interview est parue en intégralité dimanche 18 mars, c’est-à-dire deux jours avant son entretien prévu avec Donald Trump et seulement quelques jours après l’approbation par le cabinet saoudien du programme nucléaire du pays. En ce qui concerne son volet pacifique et civil, en principe il n’y a rien de nouveau. Il est prévu de dépenser entre 80 et 100 milliards de dollars pour la construction de 16 réacteurs nucléaires d’ici 25 ans.

Néanmoins, que Washington soutienne ou non (et sous quelles conditions) les ambitions nucléaires des Saoudiens, les deux dirigeants évoqueront certainement des démarches conjointes contre l’Iran et chercheront à profiter de l’occasion pour présenter l’affaire comme si c’était Téhéran qui forçait Riyad à songer à l’arme nucléaire.

À première vue, la position des Saoudiens paraît convaincante: tout serait de la faute du «méchant» Iran dirigé par l’ayatollah Ali Khamenei qui a même été qualifié de «nouvel Hitler» par le prince héritier à cause de ses «aspirations expansionnistes». Riyad semble donc contraint d’adopter des contremesures. Mais en réalité c’est tout le contraire qui se produit. C’est précisément Téhéran qu’on tente de provoquer pour qu’il relance son programme nucléaire. Donald Trump estime que l’accord nucléaire n’est pas dans l’intérêt des USA ni d’Israël et pourrait en faire sortir les États-Unis d’ici fin mai.

Après les USA, les Iraniens rompraient alors également l’accord — ils en ont déjà averti la communauté internationale. Or plus l’Iran subira de pressions, plus il sera tenté de se doter de l’arme nucléaire. Évidemment, l’Iran pourrait non seulement faire l’objet de sanctions, mais également subir des attaques contre ses sites nucléaires, voire une agression à grande échelle. L’issue d’une telle guerre et la gravité de ses conséquences non seulement pour l’Iran, mais aussi pour l’Arabie saoudite qui ne parvient pas à vaincre les Houthis au Yémen ou encore pour Israël, pourraient être catastrophiques.

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur de l’article repris d’un média russe et traduit dans son intégralité en français.

https://fr.sputniknews.com/presse/201803191035575638-ambitions-nuclaires-arabie-saoudite/