POLYNÉSIE : ÉDOUARD FRITCH CHERCHE À FÉDÉRER POUR LA TABLE RONDE SUR LE NUCLÉAIRE

Les représentants de l’assemblée se sont réunis hier à Tarahoi pour la troisième séance de la session administrative.

« L’État a un devoir de vérité et de justice vis-à-vis des Polynésiens. Je l’ai martelé sans cesse depuis mon premier mandat à la présidence de ce pays, en septembre 2014. Je l’ai écrit et dit publiquement. Et je l’ai rappelé au président de la République », a déclaré hier, à l’assemblée, Édouard Fritch.

 «On n’efface pas d’un revers de main 60 ans de propagande d’État, de dénis, d’intimidations, de mépris et d’arrogance même parfois. (…) La parole droite, apporter vérité et justice sur le fait nucléaire, c’est l’objectif, que je porte au nom du Pays. »

En réponse à une question orale de la présidente du groupe Tapura, Tepuaraurii Teriitahi, le président du Pays est revenu, hier à Tarahoi, sur l’organisation, en juin, à Paris, d’une « table ronde de haut niveau » sur le passé atomique de la Polynésie française.

Le président de la République ayant proposé à Édouard Fritch de présider lui-même cette table ronde, « sur deux journées », c’est pourquoi elle se tiendra à Paris à des dates encore non précisées, probablement autour du 20 juin.

Le chef de l’exécutif local a annoncé à l’Élysée qu’il a l’intention d’y conduire une délégation de vingt à trente personnes car il veut que toutes les forces vives du Pays puissent s’exprimer.

Vérité, justice : « reko tika, la parole droite ». Édouard Fritch a retenu ces mots pour désigner tout le mouvement de préparation avant de se rendre en délégation polynésienne à la table ronde, « qui n’est pas une fin en soi » mais plutôt « une étape historique ». Il précise avoir demandé au chef de l’État d’ajouter le mot « accompagnement » pour le « devoir de réparations futures ».

Le président du Pays « regrette » que certains aient décidé de pratiquer la politique de la chaise vide, « avant même d’avoir eu connaissance de la façon dont nous, Polynésiens, allons aborder cette rencontre et la manière dont les échanges seront construits et organisés ».

Une « délégation reko tika »

L’occasion de réitérer son invitation, en s’appuyant sur le concept de « Pacific way », selon lequel le dialogue est rarement rompu entre Océaniens.

L’ambition du Pays est que la délégation reko tika représente le mieux possible les diversités de la société polynésienne. Concrètement, le président Fritch a invité une vingtaine de personnes, à titre nominatif, à participer à une rencontre d’échange et de dialogue, libre, avec le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, lundi prochain, dans l’après-midi, à la présidence. « Après cette rencontre, je verrai si les conditions sont acquises pour désigner formellement les membres de la délégation reko tika que je réunirai deux ou trois fois, de sorte à bâtir ensemble un cahier des doléances », a indiqué le patron de la majorité, avant de préciser qu’un délégué coordonnateur pour cette opération sera nommé en conseil des ministres, mercredi prochain.

Interrogé par La Dépêche sur cette nouvelle invitation du Pays à participer à la table ronde à Paris, le président du groupe Tavini huiraatira a indiqué que les représentants indépendantistes allaient se réunir pour en discuter et adopter une position commune.

Sans laisser beaucoup d’espoirs puisque Antony Géros estime à nouveau que Paris ne peut être juge et partie à la fois.

Le camp bleu ciel n’a de cesse de répéter qu’il juge indispensable la présence d’experts indépendants, idéalement de l’ONU puisque c’est à cette tribune que le parti indépendantiste, avec le soutien de l’Église protestante maohi et des associations Moruroa e tatou et 193, explique que, selon lui, l’État français n’assume pas les conséquences des 193 tirs atomiques réalisés aux Tuamotu, qu’elles soient sanitaires, environnementales ou sociétales.

Reste que le Pays juge cette table ronde « incontournable » pour pouvoir ensuite aller de l’avant.

« L’avenir de la Polynésie française, c’est pour moi ce qu’il y a de plus important », a insisté Édouard Fritch. « Nous devons parvenir à dépasser notre passé nucléaire pour rendre possible notre avenir. »

Par Damien Grivois, publié le 7 mai 2021 à 8h25 

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