Nov 24

BILLET D’HUMEUR DE RAYOND SENÉ

Hulot a bien raison. Sa bagarre pour essayer de sauver la planète part d’un « bon sentiment« . Mais, en étant optimiste, on peut espérer que lorsque l’espèce humaine aura disparu, celle qui lui succédera sera, peut-être, intelligente !

La campagne actuelle du gouvernement ANTI-PÉTROLE… les voitures diesel, puis les voitures à essence, maintenant les chaudières à fuel … me fait rajeunir d’une quarantaine d’années.
Dans les années 1970, puis 80, existait la commission au plan. Parmi les participants il y avait EDF. Un ancien membre de cette commission se rappelle la morgue et la puissance d’EDF… EDF imposait le nombre de logements à construire avec un équipement  TOUT électrique. Cela leur servait de justificatif pour le nombre de centrales à construire.

Dans un des « grands ensembles » des villes nouvelles de la région parisienne, avait été prévu l’installation d’un chauffage urbain utilisant la géothermie. EDF a réussi à convaincre les promoteurs de passer au chauffage électrique intégré, leur offrant le raccordement gratuit. C’était nettement moins cher pour les promoteurs, mais ce ne fut pas le cas pour les futurs habitants quand ils eurent à payer leurs factures d’électricité.

De même il y avait les campagnes pour maximiser l’usage de l’électricité dans le secteur industriel. Je me souviens du « salon de l’énergie« . Dans un de ces salons il y avait un stand EDF qui faisait l’éloge de l’utilisation de l’électricité dans les industries du bois, et surtout dans la production de chaleur pour le séchage du bois.

À quelques mètres, il y avait le stand de l’AFME qui expliquait comment utiliser les résidus et déchets de bois pour effectuer ce séchage… avec, cerise sur le gâteau, une économie substantielle sur les frais d’évacuation de ces déchets.

Souvenez-vous comment, grâce à un lobbying puissant ils avaient fait retirer de la loi sur l’énergie, les réseaux de chaleur.

Pour eux, il valait mieux construire 2 tranches supplémentaires de 1 000 Mw pour produire de la chaleur à basse température grâce à des résistances, que récupérer les 2 000 Mw de chaleur rejetés par une tranche de 1000 Mw. Pour que cette énergie rejetée sous forme de chaleur soit de meilleure qualité, plus haute en température, il aurait suffit de la soutirer à un degré un peu plus élevé, ce qui aurait diminué d’un « poil » le rendement de Carnot.

Quelle horreur ! (Un certain nombre de pays, dont les dirigeants sont, semble-t-il, moins stupides que les nôtres, utilisent ces rejets de chaleur pour du chauffage urbain).

À la même époque, il y avait eu une pub énorme pour les groupes « perche« , pompes à chaleur réversibles : chaleur en hiver et climatisation en été, qui, en fait, devaient permettre d’éponger une partie de la surproduction du parc nucléaire en été. (NDLR : les trop rares opposants de l’époque avaient un slogan qui disait : « si on vous tend la perche, ne la prenez pas »)

La campagne actuelle me rappelle ces vieux souvenirs. Si on supprime toutes les chaudières à fioul (ou au gaz) pour les remplacer par de l’électrique, si on n’autorise plus que des voitures  électriques, il va falloir produire plus d’électricité… d’où une brillante justification des 6 EPR qu’ils veulent construire.

N’a-t-on pas l’impression que l’histoire se répète !!!

Il y a longtemps, dans les années 80, (j’étais jeune – hou là là !!!) s’était développé un programme sur l’énergie solaire. C’était l’époque des maisons dites solaires, avec les murs « Trombe », les projets TEK (domaine du kW), TEM (domaine du MW), des recherches en matière de fours solaires : Mont Louis, Odeillo (Font Romeu), Themis à Targassonne.
Les concentrateurs TEK étaient prévus pour délivrer de la chaleur dans des petites agglomérations.
La « centrale » THÉMIS, à Targassonne (Pyrénées orientales) était sur le principe d’un ensemble de miroirs concentrant l’énergie solaire sur un four alimentant en énergie tout le système de production d’électricité.

Les unités TEK furent détournées de leur usage prévu, pour effectuer le préchauffage du caloporteur de Thémis, constitué de sels fondus.

Themis, cogérée par EDF et le CNRS, a subi, dès la construction du champ de miroirs, des problèmes techniques. Le choix du constructeur des supports des miroirs, effectué par une région d’équipement EDF fut désastreux. Au premier coup de vent (fréquent dans cette zone) une grande partie des supports fut endommagée. Ce qui coûta, pour leur remplacement, le montant du budget prévu pour la seconde moitié du champ de miroirs … qui ne fut donc pas construit.

EDF traînait les pieds sur cette installation… ne la faisant fonctionner que lorsque des visiteurs étrangers, potentiellement intéressés par la technique, étaient de passage. Puis, au bout de quelques années, ayant accumulé suffisamment d’expérience dans la technologie des caloporteurs à sels fondus, EDF déclara que ce projet n’avait aucun d’intérêt et abandonna l’installation au CNRS … qui en fit un excellent instrument d’étude des rayons cosmiques.

Quant à l’arrêt du nucléaire … il faut être réaliste. Si on arrêtait en deux à trois ans une bonne dizaine de réacteurs, ce serait la catastrophe sociale et économique du pays. Cela ne peut se faire qu’avec la mise en œuvre de solutions alternatives. Mais pour cela il faut une volonté politique, avec une résistance efficace contre le lobby EDF. Au lieu de dépenser des sommes conséquentes en études et recherches sur les futurs EPR, on pourrait les investir dans le développement des hydroliennes, des unités marémotrice, dans le thermique solaire, le photovoltaïque, du stockage de l’électricité…  et éviter de dépendre de l’avance chinoise en matière de photovoltaïque, en matière de l’usage des matériaux rares pour la construction des générateurs des éoliennes …etc.

Note 1 pour les « hostiles » aux éoliennes : je sais bien que ce n’est pas beau !!!! Mais je leur suggère de venir faire une « excursion » dans la banlieue parisienne, sur le plateau à proximité de Villejust (Essonne). C’est un des deux centres d’arrivée des lignes THT de la région parisienne. Le second est au nord de Paris, au Plessis Gassot (Val D’Oise). Ces deux centres sont sur une boucle qui assure la régulation de l’ensemble du réseau.
Sur 300 degrés, on ne voit que des lignes THT … et on regrette les éoliennes rencontrées le long de l’A10 avant Orléans.
Quant aux champs électromagnétiques générés par les lignes, je vous suggère de faire un test simple. Vous prenez un bon vieux tube fluo, et vous vous placez sous une ligne. Il suffit de trouver la bonne orientation et votre tube, simplement tenu à la main, va doucement s’allumer. (cela marche même sous une ligne 60 kV).

Note 2 : Bien sûr, les combustibles fossiles produisent des gaz à effet de serre. Mais il faudrait que le Sinistre de l’agriculture fasse étudier une méthode de récupération des effluents gazeux produits par les ruminants. Le méthane est au moins 10 fois plus pénalisant que le CO2. La transformation du méthane en CO2 (motorisation, chauffage …) ferait perdre quelques fractions de degrés dans le  bilan du réchauffement de la planète.

Source :Ra ymond Sené, le 23 novembre 2018

(NDLR: Raymond Sené est un physicien nucléaire, cofondateur du Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire)