Mai 19

QUATRE CENTRALES GAZ EN BELGIQUE POUR REMPLACER LE NUCLÉAIRE, CRÉDIBLE ?

C’est une annonce surprise qui est tombée dans le monde de l’énergie en Belgique. Une société luxembourgeoise voudrait investir, avec des fonds qataris, 2,5 milliards d’euros dans la construction de quatre nouvelles centrales à gaz en Belgique.

EG Luxemburg, filiale de BTK Invest, veut concrétiser ce projet d’ici 2025. Elle a clôturé, pour ce faire, le rachat de deux terrains accueillant déjà des centrales à gaz, à Vilvorde et à Langerlo (Limbourg), afin d’y construire deux centrales sur chacun d’eux. Capacité totale de production 3,5 Gigawatt. C’est quasiment ce qui est nécessaire pour compenser la fermeture du parc nucléaire belge.

« Un projet peu crédible »

Ce qui étonne dans cette annonce, c’est l’intention de EGL de se passer d’aide publique. « Il y a un consensus pour dire que l’investissement dans une centrale gaz n’est rentable que s’il est soutenu par les pouvoirs publics » explique Alexandre Viviers, manager énergie chez SIA Partners. Dès lors, Damien Ernst, spécialiste énergie à l’ULg ne comprend pas comment cet investisseur pourrait s’en passer : « Ce n’est pas un business plan crédible. On n’investit pas comme ça dans des centrales au gaz sans subside. Ce ne sont pas des petits montants ! Jamais un énergéticien industriel plus standard ne se lancerait là-dedans sans soutien ».

Marc Segers, le président de EGL, soutient que son projet est viable et autonome financièrement. Il ne compte pas sur les pouvoirs publics mais il introduira malgré tout une demande de subside, « tant mieux » dit-il s’il les obtient. « On a des contrats à long terme sur l’importation de gaz du Qatar avec des prix garantis et avantageux. C’est comme ça qu’on peut être compétitifs et ne rien demander au gouvernement ». Pas de détails sur ces contrats long terme et sur ces prix avantageux mais manifestement, le Qatar est prêt à faire des faveurs à la Belgique pour s’offrir des débouchés.

Le Qatar à la recherche de nouveaux clients

Le Qatar est un gros producteur de gaz et nourris de fortes ambitions dans le domaine. Le pays se désintéresse d’ailleurs du pétrole considérant que son potentiel à l’avenir est dans le gaz. Il lui faut dès lors trouver des clients. La Belgique importe déjà du gaz Qatari (via le port de Zeebruge), le Qatar voudrait augmenter les volumes. Dans cette perspective, la sortie programmée du nucléaire chez nous est une aubaine pour les Qataris explique Alexandre Viviers : « Si on sort du nucléaire et qu’il faut remplacer cette capacité de production par des centrales au gaz, la demande belge en gaz naturel va évidemment augmenter et comme le Qatar est un gros producteur, il pourrait écouler une partie de sa production dans notre pays ».

Et c’est bien l’ambition de l’intermédiaire luxembourgeois, devenir un nouvel acteur de la transition énergétique en Belgique : « entre la fermeture des centrales nucléaires et l’installation d’éolienne et de photovoltaïque, il y aura un creux. Il faudra bien le remplir pendant un certain temps, ça nous donne l’occasion d’investir sur le marché belge avec le gaz ».

La sortie du nucléaire est programmée pour 2025 chez nous. Mais certains partis voudraient la repousser, c’est un enjeu de la campagne électorale et ce sera certainement au cœur des négociations pour la formation du futur gouvernement fédéral. Cette sortie ne sera possible que si les alternatives sont disponibles, d’où l’importance de la crédibilité de ce genre de projet d’investissement.

Publié le jeudi 16 mai 2019 à 18h43

Photo : Jean-Christophe Verhaegen – AFP

Pour retrouver cet article et écouter l’interview de Simon Bourgeois (5mn15s), cliquer sur :

https://www.rtbf.be/info/economie/detail_quatre-centrales-gaz-en-belgique-pour-remplacer-le-nucleaire-credible?id=10222625