Juin 15

DES DÉCHETS NUCLÉAIRES DANS LA TERRE DES FRANÇAIS

Alors que se tient actuellement un grand débat national sur l’avenir de nos déchets nucléaires, un article du Monde nous apprend que 200 millions de mètres cubes de résidus radioactifs contaminent le sol français. Bien loin des 1,6 million de mètres cubes pris en charge par les autorités.

Après le grand débat national, les Français sont à nouveau appelés à se mobiliser et à donner leur avis dans le cadre du Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs…ou PNGMDR pour les intimes.

Car, comme l’explique le journaliste au Monde, Pierre Le Hir, « dans un pays aussi nucléarisé que la France, qui compte 58 réacteurs en activité, des usines de fabrication et de retraitement du combustible, l’ensemble de la population est en prise, plus ou moins directe, avec les déchets radioactifs ». 

Des résidus bien souvent invisibles, cachés dans les méandres d’une installation scientifique, ou emmenés au loin par les files anonymes de trains banalisés. Une carte publiée par l’association Greenpeace a d’ailleurs fait grand bruit en recensant les soixante-dix principaux sites de stockage des déchets nucléaires

Une carte qui entend faire la transparence sur l’omniprésence des déchets atomiques, disséminés autour de nous comme autant de traces indélébiles d’une industrie que l’on voulait croire propre. C’est ainsi une kyrielle de points jaunes, de lignes orangées qui macule notre bel hexagone. Greenpeace retrace ainsi les lieux d’activités, mais aussi les lieux de passage, les gares, les routes, on l’on fait transiter ces montagnes de déchets.

L’objectif de l’association est ainsi de rappeler, qu’au-delà du million six de mètres cubes répertorié par les autorités, il existe une quantité phénoménale de matériaux radioactifs, parsemant notre territoire, sans être officiellement classifiées, cartographiées, identifiées pour le plus grand nombre.

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Certains parlent ainsi d’un stock réel d’environ 200 millions de mètre cubes de résidus radioactifs en France. Ce sont les chiffres donnés par la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité, une association qui a mené plusieurs campagnes sur le terrain afin de mesurer la présence de matériaux actifs.

Parmi ces déchets « oubliés » figurent ainsi les rebuts des activités minière, ces millions de tonnes de roches excavées pour atteindre l’uranium. Il faut en effet se rappeler qu’entre 1947 et 2001, 250 gisements d’uranium ont été exploités sur le territoire français. Or ces roches contenant des métaux lourds radioactifs ont été, bien souvent, réutilisées, « pour remblayer les chemins, aménager des terrains de sport, ou servir de soubassements à nos habitations ». 

Le journaliste du Monde nous parle ainsi de la petite ville de Gueugnon en Saône et Loire, dont le stade a été construit à proximité immédiate d’un de ces sites d’enfouissement. 20 000 tonnes de déchets radioactifs déversés par une ancienne usine de traitement d’uranium, exploitée jusqu’au début des années 1980. Il a fallu attendre 2009 pour que le terrain vague soit interdit au public, gardé par une vague barrière aisément franchissable. Ce n’est qu’au début de l’année 2019 qu’un grillage a été installé et que le site a été classé. 

Comme le rappelle Le Monde, récupérer ces quelques 200 millions de mètres cubes, les conditionner et les transférer vers des centres de stockage serait un chantier colossal au coût faramineux. En attendant, c’est donc la quasi-totalité de l’hexagone qui est contaminée. C’est un poison qui s’écoule lentement, une tumeur imprégnée au grain-même du bitume : des concrétions de roche envahies par l’atome.

Et si ces résidus ont, en réalité, une faible radioactivité, ils pourraient néanmoins représenter un risque pour l’environnement et la santé. Un risque étalé sur une très longue durée, puisque certains matériaux contiennent des isotopes de thorium 230, un élément radioactif qui ne disparaîtra que dans 750 000 ans. Difficile de dire ce qu’il restera alors de nos clôtures, nos barrières et nos interdictions. 

Par Arjuna Andrade, publié le 16 juin 2019

Vous pouvez écouter l’émission en podcast (6 minutes) en cliquant sur:

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouvelles-de-leco/les-nouvelles-de-leco-du-jeudi-13-juin-2019