Juin 24

L’IRAN MINIMISE L’EFFET DES NOUVELLES SANCTIONS PROMISES PAR WASHINGTON

L’Iran a minimisé l’impact des nouvelles sanctions américaines promises pour lundi dans un contexte ultra tendu, estimant que les États-Unis avaient déjà fait tout leur possible pour le punir économiquement.

Deux jours après la destruction d’un drone américain par un missile iranien dans la région stratégique du Golfe, le président américain Donald Trump a affirmé samedi que des «sanctions supplémentaires majeures» contre l’Iran seraient annoncées lundi, mais sans préciser leur nature.

Il a fait cette déclaration après avoir annulé in extremis des frappes contre des cibles iraniennes en représailles à la destruction du drone, dernier incident en date dans la région du Golfe, qui a fait craindre un embrasement.

Cheville ouvrière de la politique américaine de «pression maximale» contre l’Iran, le secrétaire d’État Mike Pompeo s’est rendu en Arabie saoudite, un proche allié de Washington et grand rival régional de l’Iran, avant un déplacement aux Émirats arabes unis.

Il a dit avoir discuté avec les dirigeants saoudiens de «la nécessité de promouvoir la sécurité maritime dans le détroit d’Ormuz», un point de passage clé pour le commerce mondial de pétrole situé dans la zone où l’Iran a abattu le drone américain et où des attaques ont ciblé des pétroliers ces dernières semaines.

Pompeo avait déclaré considérer «mettre en place une coalition mondiale» face à l’Iran qu’il a accusé d’être «le plus grand État au monde parrainant le terrorisme».

Dans une première réaction à l’annonce des sanctions, le porte-parole des Affaires étrangères iranien, Abbas Moussavi, a affirmé: «Nous ne savons vraiment pas ce que sont (ces sanctions) ni où ils veulent encore frapper davantage, mais nous estimons qu’elles n’auront aucun résultat».

«Nous prenons néanmoins au sérieux toute (nouvelle) sanction, que nous considérons comme un acte hostile conforme au terrorisme économique et à la guerre économique lancés contre notre nation», a-t-il ajouté.

«Illégales»

Alors que l’Iran a toujours nié vouloir se doter de l’arme atomique, l’administration Trump l’accuse de chercher à l’obtenir en secret. Elle s’est ainsi retirée en mai 2018 de l’accord nucléaire censé limiter les activités sensibles de l’Iran, et considéré par les Européens, les Russes et les Chinois -toujours parties à l’accord- comme le meilleur moyen de s’assurer que l’Iran n’aura pas la bombe.

Les États-Unis ont ensuite rétabli à partir d’août 2018 une série de sanctions économiques contre Téhéran dans le cadre d’une campagne de «pression maximale» contre l’Iran, accusé également de déstabiliser la région.

Avant la signature de l’accord nucléaire qui a permis la levée progressive des sanctions, l’Iran avait été mis au ban des nations et son économie avait été asphyxiée par les sanctions internationales.

En annonçant «les sanctions supplémentaires majeures contre l’Iran», M. Trump a lancé: «l’Iran ne peut pas avoir d’armes nucléaires!».

Alliée de l’Iran, la Russie a qualifié les sanctions promises d’«illégales».

Selon des sources diplomatiques, Washington a demandé la tenue lundi d’une réunion à huis clos du Conseil de sécurité de l’ONU.

«La raison du plus fort»

« (…) Qu’est-ce que les Américains peuvent faire de plus, en termes de sanctions ? Il y a peu d’exemples dans l’histoire de pays qui ont été autant sanctionnés en si peu de temps (…)», a estimé Thierry Coville, spécialiste de l’Iran à l’Institut français des relations internationales (IFRI). Cette administration américaine, c’est «la raison du plus fort est toujours la meilleure».

Les tensions entre Washington et Téhéran se sont intensifiées avec des attaques d’origine inconnue contre des pétroliers dans le Golfe, les 12 mai et 13 juin, imputées par Washington à Téhéran qui a démenti.

Et elles ont été encore exacerbées avec la destruction le 20 juin par un missile iranien du drone américain –-dans l’espace aérien iranien selon Téhéran, dans l’espace aérien international selon le Pentagone. Depuis mai, Washington a renforcé son dispositif militaire au Moyen-Orient, en arguant de «menaces iraniennes» contre des cibles américaines.

«L’ennemi a envoyé son avion de reconnaissance et de surveillance le plus avancé dans la zone interdite et tout le monde a vu comment ce drone a été abattu», a dit lundi le contre-amiral Hossein Khanzadi, commandant de la Marine iranienne cité par l’agence Tasnim. « (…)Cette riposte cinglante peut se répéter, et l’ennemi le sait».

Le ministre iranien des Télécommunications, Mohammad Javad Azari-Jahromi, a par ailleurs affirmé sur Twitter que son pays n’avait subi aucun dégât après des «présumées cyberattaques» des États-Unis. «Cela fait longtemps que nous faisons face au cyberterrorisme» des États-Unis mais à ce jour «aucune de leurs attaques n’a réussi».

Selon Yahoo! News et le Washington Post, M. Trump a autorisé secrètement des cyberattaques contre des systèmes de lancement de missiles et un réseau d’espionnage iraniens, en riposte à la destruction du drone américain.

Par AFP, publié le 24 juin 2019 à 10h24 (mis à jour à 14h20)

PHOTO : Des ambassadeurs en Iran participent à une rencontre avec des responsables iraniens à Téhéran, le 24 juin 2019. Photo ATTA KENARE. AFP

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