Août 13

L’ÉQUILIBRE DE LA TERREUR. DISSUASION NUCLÉAIRE ET INTERNATIONALISME

Aucun État n’osera en attaquer militairement un autre s’il sait que ce dernier a les moyens de lui infliger des dégâts au moins aussi importants que ceux qu’il lui aura causés. Telle est la thèse de la dissuasion qui justifie la possession de l’arme suprême, l’arme nucléaire.

C’est théoriquement la paix assurée… entre les États qui la possèdent. C’est, entre ces neuf États, l’équilibre de la terreur. Pour tous les autres, c’est la terreur sans équilibre et on sent bien que la généralisation de l’arme nucléaire à tous les États de la planète conduirait à l’absurde et à la quasi-certitude de l’utilisation de cette arme de destruction massive qui ne fait aucune distinction entre les civils et les militaires et qui frappe tous les êtres humains et leur descendance. C’est ce qui justifie le traité de non-prolifération nucléaire auquel la quasi-totalité des États se sont ralliés. Mais non seulement les cinq États « dotés » lors de l’élaboration du traité n’ont pas respecté leur engagement de supprimer leur arsenal nucléaire, mais l’engagement de ne pas l’utiliser en premier s’estompe à mesure que s’éloigne le souvenir d’Hiroshima et de Nagasaki.

Dans le monde instable que nous connaissons, rien ne garantit que l’engagement pris par un État, c’est-à-dire les pouvoirs exécutif et législatif de cet État à un moment donné, sera respecté par tous ses gouvernements suivants.

Les bombes d’aujourd’hui ont cent fois la puissance de celle d’Hiroshima. L’arsenal nucléaire mondial se monte à 15 000 bombes, un seul sous-marin dispose d’une puissance destructrice équivalente à mille fois Hiroshima. Le risque zéro n’existe pas et, comme l’a illustré le film le Chant du loup, une explosion non intentionnelle est toujours possible. Peut-on prétendre, comme l’ont fait tous les gouvernements français depuis celui de Charles de Gaulle, y compris ceux de gauche, que la possession de la bombe assure notre sécurité et notre indépendance, et interdire à l’immense majorité des États de la planète de l’acquérir ? C’est, me semble-t-il, la négation même de l’internationalisme. Le PCF appelle à participer aux marches du 21 septembre pour l’adoption du traité d’interdiction des armes nucléaires. Mais les hommes marchent avec leur tête et les enjeux du nucléaire militaire font l’objet d’une omerta tenace.

Quid des risques d’un conflit, quid des risques d’accident, quel rôle a joué le bouclier antimissile européen de l’Otan dans la relance de la course aux armements ?

Autant de questions qui méritent d’être débattues et approfondies dans notre journal et à la Fête de l’Humanité.

Par Jean-Claude Bauduret, publié le mardi, 13 Août, 2019

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