À L’ONU, MGR GALLAGHER EN APPELLE À UNE “NOUVELLE ÉTHIQUE RESPONSABLE” DANS LE DÉSARMEMENT NUCLÉAIRE

20 septembre 2017, discours de Mgr Paul Richard Gallagher lors de la 10e conférence sur le traité d’interdiction complète des essais nucléaires

Texte original en anglais (*)

Le 20 septembre 2017, Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les relations avec les États, s’est adressé aux participants de la dixième conférence sur le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires à New-York (États-Unis). Mgr Gallagher a souligné avec regret que deux décennies se soient passées sans qu’aucune avancée n’ait été faite depuis la signature du traité en 1996. Pour lui, les Nations Unies devraient œuvrer de toute urgence pour que les États arrêtent leur course à l’armement nucléaire, pour que les menaces ne soient pas contrées par d’autres menaces, mais remplacées par des négociations et par une « éthique responsable » capables de nous mener d’un monde de peur et de défiance, vers un monde de confiance et d’échanges multilatéraux ; pour lui, « une éthique et une loi basées sur la menace de destruction mutuelle -avec possibilité de détruire toute l’humanité- sont contradictoires et constituent un affront à tout le cadre des Nations Unies, qui pourraient devenir ainsi des ‘nations unies par la peur et la méfiance». Et de rappeler que le pape François avait récemment encouragé les Nations Unies à « aller au-delà de la dissuasion nucléaire…, à adopter des stratégies visionnaires pour promouvoir la paix et la stabilité et à éviter les approches à court terme de ces problèmes qui concernent la sécurité nationale et internationale ». Mgr Gallagher a conclu en demandant l’entrée en vigueur du TICE car ce serait « un important signe de cet engagement envers cette éthique responsable. »

La DC

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Monsieur le Président,

Le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires TICE, (a) constitue une pierre d’angle des structures juridiques laborieusement mises en place, afin de contrôler la menace mondiale des armes nucléaires et de nous aider à cheminer vers un monde débarrassé des armes nucléaires. Le Saint-Siège a ratifié et adhère complètement à ce traité, en harmonie avec sa conviction de longue date que l’interdiction des tests nucléaires, la non-prolifération et le désarmement nucléaires « sont intimement liés et doivent être effectués le plus tôt possible sous un contrôle international réel » (1).

Le Saint-Siège est par conséquent troublé par la stagnation constante de la mise en vigueur du TICE. Deux décennies sans que ce traité ne soit implémenté, deux décennies de perdues pour notre but commun d’avoir un monde sans armes nucléaires. En même temps, le Saint-Siège est ravi de participer à cette conférence, se joignant ainsi à d’autres États ayant ratifié le traité et répétant avec eux notre appel aux États restants dont la ratification du traité est importante pour que ce dernier entre en vigueur. En ratifiant ce traité, ces États ont l’opportunité de faire montre de sagesse, de leadership courageux, et d’engagement envers la paix et le bien commun de tous.

La mise en vigueur du TICE est plus qu’urgente quand on prend en considération les menaces actuelles contre la paix, les défis persistants de la prolifération nucléaire dans les importants nouveaux programmes de modernisation de certains des États dotés d’armes nucléaires. La prolifération nucléaire et les nouveaux programmes de modernisation sont tous les deux contraires à la raison d’être du TICE, plus grave encore, ils mettent en danger la sécurité internationale. Les tensions qui montent autour du programme de prolifération nucléaire en Corée du Nord sont de première urgence. La communauté internationale doit chercher à relancer les négociations. La menace du recours à la force militaire pour contrer la prolifération et la menace de l’usage d’armes nucléaires pour contrer la prolifération nucléaire sont déplorables. Nous devons laisser tomber les menaces nucléaires, la peur, la supériorité militaire, l’idéologie et l’unilatéralisme qui sous-tendent la prolifération et les efforts de modernisation et qui sont des réminiscences de la logique de la Guerre froide.

Monsieur le Président,

En ce jour, lorsque le Traité historique sur l’interdiction des armes nucléaires sera ouvert à la signature, je voudrais insister sur le TICE comme un complément vital pour élargir les efforts de désarmement nucléaire. Le 25 septembre 2015, le pape François a pressé l’Assemblée générale des Nations Unies, « à œuvrer pour un monde exempt d’armes nucléaires, en respect total, à la lettre et dans l’esprit, du Traitement de non-prolifération, en vue d’une interdiction totale de ces armes ». Le pape François avait ajouté : « une éthique et une loi basées sur la menace de destruction mutuelle -avec possibilité de détruire toute l’humanité- sont contradictoires et constituent un affront à tout le cadre des Nations Unies » ; ces dernières pourraient devenir par conséquent des « nations unies par la peur et la méfiance ». Dans sa lettre à Son excellence Elayne Whyte Gómez, présidente de la conférence des Nations Unies sur le TICE, il a appelé la communauté internationale à « aller au-delà de la dissuasion nucléaire…, à adopter des stratégies visionnaires pour promouvoir le but de la paix et de la stabilité et à éviter les approches à court terme de ces problèmes qui concernent la sécurité nationale et internationale » (2).

N’ayons pas d’illusions sur les défis inhérents à la réalisation d’un monde exempt d’armes nucléaires mais les défis posés par le statu quo de tensions croissantes, de prolifération continue et de nouveaux programmes de modernisation, sont d’autant plus inquiétants. Les armes nucléaires ne peuvent créer un monde stable et sécurisé. La paix et la stabilité internationales ne peuvent être basées sur une destruction mutuelle assurée ou sur une menace d’annihilation.

Monsieur le Président,

Le genre de paix basé sur un équilibre de forces, accompagné de menaces et de contre-menaces, et forcément de peur, est une paix instable et fausse. Pour répondre de manière adéquate aux défis du XXIe siècle, il est essentiel de remplacer la logique de peur et de méfiance par une éthique de responsabilité, de favoriser ainsi un climat de confiance, qui promeut le dialogue multilatéral à travers une coopération constante et responsable entre tous les membres de la communauté internationale. Les normes inscrites dans la charte des Nations Unies, la loi humaine, les conventions de contrôle des armes et d’autres éléments de loi internationale, représentent un indispensable engagement pour une sécurité coopérative et une implémentation juridique de cette éthique mondiale de responsabilité.

L’entrée en vigueur du TICE serait un important signe de cet engagement envers cette éthique responsable. Deux décennies, c’est un trop long délai pour faire montre de cet engagement.

Merci Monsieur le Président.

(*) Traduction, titre et note (a) de La DC.

(1) Vatican, Déclaration reliée au document d’adhésion au TICE, 24 septembre 1996.

(2) Pape François, Message à l’ONU plaidant pour l’élimination des armes nucléaires, à son Excellence Elayne Whyte Gómez, Présidente de la Conférence des Nations Unies pour la Négociation d’un instrument international juridiquement contraignant pour interdire les armes nucléaires, menant à leur élimination totale, 23 mars 2017 ; DC 2017, n. 2527, p. 95.

(a) TICE, plus connu en anglais sous l’acronyme C.T.B.T. Comprehensive Test Ban Treaty.

Par La Croix, publié le 06/10/2017 à 1148, modifié le 10/12/2019 à 11h48

https://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Documentation-catholique/Saint-Siege/A-lONU-Mgr-Gallagher-appelle-nouvelle-ethique-responsable-desarmement-nucleaire-2019-12-10-1201065564