LE COMPLEXE ET COÛTEUX DÉMANTÈLEMENT DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE FESSENHEIM

La fermeture des deux réacteurs ne signifie pas pour autant la fin des risques, notamment sismiques, inhérents au site. La déconstruction devrait prendre, au minimum, quinze ans. 

La fin de la production d’électricité à Fessenheim (Haut-Rhin) ouvre une nouvelle page pour le site : celle du démantèlement progressif de la centrale. Un processus qui s’annonce long et complexe. D’ici à 2023, EDF doit évacuer le combustible irradié. Le cœur de chaque réacteur est constitué de 157 assemblages de 264 « crayons » (4 mètres de long et 600 kg) qui contiennent des milliers de pastilles d’uranium enrichi. Ces assemblages seront stockés durant trois ans dans des piscines visant à faire diminuer la radioactivité avant de pouvoir être transportés dans des sarcophages en plomb au centre de retraitement d’Orano (ex-Areva) à La Hague (Manche).

Ils seront abrités dans un bâtiment « non bunkérisé », affleurant la plus grande nappe phréatique en Europe, s’inquiète André Hatz, président de Stop Fessenheim, qui estime que la centrale reste exposée aux risques sismique et terroriste, même après son arrêt. Fessenheim n’a pas été dotée, contrairement aux autres centrales, de diesels d’ultime secours, des groupes électrogènes pourtant obligatoires depuis 2018, afin de garantir en permanence l’alimentation en eau et électricité du système de refroidissement. « Si cette piscine se vide de son eau, le combustible, toujours radioactif, s’autoinflammera provoquant un accident majeur », avertit M. Hatz.

Reclassement du site

Le scénario post-Fessenheim présenté par EDF prévoit cinq ans d’opérations préparatoires avant le début du démantèlement, fixé en 2025. La déconstruction s’étendra sur au minimum sur quinze ans. Son coût, « déjà provisionné », selon l’entreprise, est estimé à près d’un milliard d’euros pour les deux réacteurs. L’énergéticien devra améliorer l’organisation de son plan jugée « pas satisfaisante » par l’Autorité de sûreté nucléaire. EDF s’est engagée à reclasser entièrement le site d’ici à 2041 et à le conserver « pour un usage industriel » qui reste encore à définir.

Pour gérer la masse de déchets non conventionnels, plus ou moins irradiés, le groupe étudie la création d’un technocentre destiné à fondre l’acier et les pièces métalliques, notamment des cuves des réacteurs et des générateurs de vapeur, pour fabriquer des objets de consommation courante, comme des casseroles. Mais ce projet risque de ne pas voir le jour à Fessenheim, a laissé entendre Élisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, qui a souligné les réticences des Allemands face à cette initiative. (NDLR : ils ne souhaitent probablement pas se retrouver avec des casseroles radioactives et nous non plus !)

Par Adrien Dentz (Mulhouse, correspondant), publié le 20 février 2020 à 10h14

Photo en titre : La centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), la plus ancienne du parc nucléaire français, le 13 février. Vincent Kessler / REUTERS

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