LE DÉMANTÈLEMENT NUCLÉAIRE EN EUROPE, UN MARCHÉ DE 95 MILLIARDS D’EUROS SELON ROLAND BERGER

Infographie En se basant sur les estimations de coût du démantèlement d’EDF, une étude d’Assystem et Roland Berger évalue le marché du démantèlement en Europe à 3 milliards d’euros par an entre 2020 et 2050. Détails du calcul.

Évaluer le marché du démantèlement des réacteurs nucléaires civils est un exercice difficile. Suivant la puissance du réacteur, sa technologie, la prise en compte ou non des déchets, des combustibles, les estimations de coûts en Europe vont de 197 millions d’euros pour le moins-disant, en l’occurrence pour le réacteur de la centrale Loviisa en Finlande, à 997 millions d’euros pour un générateur générique suisse selon un calcul de 2011, a observé le cabinet Roland Berger, dans une étude sur le marché du démantèlement nucléaire en Europe de mars 2020, réalisée avec l’ingénieriste Assystem.

Sur les 42 estimations observées, le coût moyen du démantèlement d’un réacteur est de 557 millions d’euros. Soit beaucoup plus que l’évaluation d’EDF, qui provisionne 300 à 350 millions d’euros par démantèlement de réacteur de son parc de 900 mégawatts, comme à la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) ou le démantèlement des deux réacteurs arrêtés en 2020 ne débutera pas avant 2025, le temps de réaliser la vidange des circuits primaires, du refroidissement des combustibles usés et de leur évacuation.

300 à 350 millions d’euros minimum par réacteur

Pour son calcul « sans doute un peu bas« , estime Emmanuel Fages, associé chez Roland Berger, l’opérateur français se base sur l’expérience d’un démantèlement en cours du réacteur de Chooz A (Ardennes), mais qui est enterré et était de plus faible puissance.

C’est pourtant ce coût que Roland Berger et Assystem ont retenu pour leur calcul du marché du démantèlement en Europe. Ils l’estiment à 65 milliards d’euros d’engagement de commandes à l’horizon 2030 pour le démantèlement de 186 réacteurs et à 95 milliards d’euros à l’horizon 2050 pour 270 réacteurs, soit environ 3 milliards d’euros par an. Rien qu’en France, EDF devrait engager 6 milliards d’euros pour engager ou continuer le démantèlement de 18 réacteurs à l’horizon 2030, et environ 20 milliards à l’horizon 2050, soit 650 millions d’euros par an.

270 réacteurs arrêtés en Europe d’ici à 2050

Cette estimation se base sur la nouvelle feuille de route énergie (ou PPE) qui prévoit la fermeture de 14 réacteurs 900 MW d’ici à 2035, mais d’autres sont encore en cours (Chooz A, Creys-Malville, Chinon, Brennilis). L’étude reste floue sur l’âge prévu de fermeture des réacteurs, sachant qu’EDF envisage de prolonger jusqu’à 60 ans tous les réacteurs de son parc. On sait juste que l’âge moyen des réacteurs en Europe est de 33 ans et 90% de la base installée (soit 164 réacteurs) aura atteint 40 ans d’ici à 2040, soit la durée de vie initiale prévue pour de nombreuses centrales.

Le démantèlement immédiat 20% moins cher

L’étude a aussi évalué quelle option était la plus intéressante entre le démantèlement immédiat, différé ou la mise en tombeau d’un site (maintien des équipements radioactifs sur place). Si le démantèlement différé affichait de nombreux avantages  – comme la baisse de la radioactivité dans le temps, la mise en place de filière, l’augmentation de la valeur des provisions -, il s’avérerait plus coûteux (+ 20 %) comparé à un démantèlement dit « immédiat« . Ce dernier permet de bénéficier des connaissances des équipes en places, de maintenir de l’emploi, il réduit les coûts de maintenance et de sécurité du site et rassure les riverains, notamment. C’est donc le choix que font maintenant la France et l’Allemagne.

Un très faible retour d’expérience

Pour mémoire, on compte 456 réacteurs nucléaires civils en activité dans le monde, un chiffre à peu près stable depuis 30 ans. Que 178 réacteurs ont déjà été arrêtés, dont 86 (48 %) en Europe et 43 (24 %) aux États-Unis. Mais seuls 19 ont, à ce jour, été complètement démantelés. Or il s’agit principalement de prototypes de recherche ou de réacteurs de faible puissance.

Par Aurélie Barbaux , publié le 18/03/2020 à 09H00

Photo en titre : EDF estime entre 300 et 350 millions d’euros le coût du démantèlement d’un réacteur nucléaire à eau pressurisé de son parc (900 Mw), suite au retour d’expérience de celui de Chooz A (Ardennes). © EDF

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