LA CORÉE DU NORD FAIT À NOUVEAU MONTER LA PRESSION SUR LA PÉNINSULE

La Corée du Nord a annoncé mardi 9 juin vouloir couper totalement les ponts avec la Corée du sud en représailles à l’envoi sur son territoire de prospectus anti-Pyongyang par des militants. Un prétexte qui cache une autre stratégie visant à créer de toutes pièces une crise majeure, au moment où le monde gère l’épidémie de coronavirus.

La Corée du Nord se rappelle au bon souvenir de ses voisins. Après des mois d’apaisement dans la péninsule, Pyongyang vient de lancer une nouvelle offensive contre Séoul. « Pyongyang va complètement couper la liaison entre les autorités du Nord et du Sud » a détaillé mardi 9 juin l’agence de presse officielle KCNA, en parlant des canaux de communication entre les forces armées ou entre les partis politiques.

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Depuis la semaine dernière, le pays communiste a proféré des reproches acrimonieux envers le Sud à cause de l’envoi sur son territoire de prospectus anti-Pyongyang par des militants. Un prétexte qui cache une autre stratégie à moyen terme visant à faire à nouveau monter les tensions sur la péninsule.

Les deux Corées sont toujours techniquement en guerre

« La Corée du Nord ne fait jamais rien par hasard, rappelle la coréanologue Juliette Morillot (1) et ces menaces interviennent justement à trois jours de l’anniversaire du sommet historique à Singapour en 2018 entre Kim Jong-un et Donald Trump. Il s’agit clairement de montrer son mécontentement sur l’échec du processus de pacification qu’elle avait lancé dès janvier 2018 durant les Jeux d’hiver en Corée du Sud. » Les échanges avec le Sud ont été quasiment coupés après l’échec du second sommet Trump-Kim en février 2019 à Hanoï qui a laissé les tractations sur le nucléaire nord-coréen au point mort. Il faut rappeler que les deux Corées sont toujours techniquement en guerre depuis l’armistice ayant mis fin à la Guerre de Corée en 1953 et qu’aucun traité de paix n’a été signé.

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Depuis, selon plusieurs analystes militaires, Pyongyang n’a entrepris aucune démarche vers l’abandon de ses programmes d’armement, bien au contraire. Elle a tiré plus d’une dizaine de missiles balistiques à courte portée à la fin de 2019, « perfectionnant sa technologie » précise Antoine Bondaz, directeur du Programme Corée à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Ces tirs n’ont pas provoqué l’ire de Washington et Pyongyang poursuit toujours ses recherches dans le domaine nucléaire. « Il est évident que les prospectus ne sont qu’un prétexte, explique Rachel Minyoung Lee, analyste sur la Corée du Nord pour le gouvernement américain. Il semble que la Corée du Nord soit en train de dérouler étape par étape un plan plus percutant ».

Après Séoul, Washington sera la prochaine cible de Pyongyang

Il s’agirait de faire monter la pression sur le Sud dans un premier temps. « Avec Kim Yo-jong (NDLR la très puissante petite sœur de Kim Jong-un) à la manœuvre, on peut s’attendre à ce que la prochaine étape vise plus directement les États-Unis » avance Shin Beom-chul à l’Agence France-Presse. En pleine campagne électorale et dans le tourbillon des manifestations contre le racisme et les violences policières aux États-Unis, le président Donald Trump ne s’intéresse plus du tout au dossier nucléaire nord-coréen qu’il n’a pas réussi à régler. Pour Kim Jong-un, en revanche, le moment serait bien choisi pour remettre la pression sur les États-Unis afin de leur rappeler son objectif prioritaire : la levée partielle des sanctions économiques onusiennes. Il n’a rien à perdre.

(1) Mijin, confessions d’une catholique nord-coréenne Éditions Bayard, 223 p., 18,90 €

Par Dorian Malovic, publié le 09/06/2020 à 15h27

Photo en titre : Mardi 9 juin, Kim Jong Un a décidé de couper les relations entre les forces armées et les partis politiques de son pays et ceux de la Corée du Sud. (STR / KCNA VIA KNS / AFP)

https://www.la-croix.com/Monde/Asie-et-Oceanie/Coree-Nord-fait-nouveau-monter-pression-peninsule-2020-06-09-1201098332