TARN-ET-GARONNE : ENQUÊTE SUR LE TRÈS LONG ARRÊT DU RÉACTEUR NUCLÉAIRE DE LA CENTRALE DE GOLFECH

La centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne) refonctionne à plein régime depuis, ce vendredi dans la nuit. Le réacteur n°1 qui était en arrêt de tranche depuis le 10 août dernier a, enfin, été reconnecté au réseau national électrique d’EDF. Cette remise en route était initialement prévue à la mi-octobre, elle a finalement nécessité 123 jours de travail au total. La crise sanitaire obligeant à travailler différemment en serait en partie la cause, selon la direction du site nucléaire. De nombreux aléas techniques qui ont aussi émaillé cet arrêt, l’expliquent aussi. Notre enquête…

C’est par un communiqué publié sur sa page web que la direction de la centrale nucléaire de Golfech a informé de la reprise d’activité de son réacteur n° 1, vendredi 11 décembre vers 1 h du matin. Jusque-là rien d’anormal dans les éléments de langages fournis par le service communication d’EDF Golfech qui met en valeur le travail des 1 000 prestataires externes ayant procédé aux côtés des 800 agents EDF du site nucléaire à « 10 000 activités de maintenance », avant le remplacement des barres d’uranium usagées du réacteur. 

Cette reconnection au réseau électrique national était très attendue d’autant plus que le site de Golfech fourni 50 % de la consommation électrique de la région Occitanie, et qu’en cette période hivernale la demande est soutenue. Et de la patience, il en aura fallu, la reprise du réacteur ayant eu un sacré retard.

Cette opération de changement d’un tiers du « combustible » (barres d’uranium) contenu dans la cuve du réacteur qui a lieu tous les 18 mois sur l’un et l’autre des deux réacteurs de Golfech, était couplée à une « visite partielle » des installations. Cela qui implique de fait un arrêt plus long qu’un arrêt pour simplement rechargement de combustibles, un « ASR » dans le jargon nucléaire : celui-ci durant en moyenne 30 jours. Lancé le 10 août dernier, cet arrêt de « visite partielle » était donc programmé jusqu’à la mi-octobre, soit un peu plus de 66 jours, il a finalement duré 57 jours de plus : soit un arrêt total de 123 jours. Rappelons qu’un arrêt de cette nature est programmé près d’un an à l’avance, et répond à un planning draconien qui rythme la cadence de travail de centaines d’intervenants.

Les soudeurs cas contact

Selon nos informations, cet important retard dans la remise en fonctionnement du réacteur n° 1 est dû à plusieurs aléas humains et surtout techniques. Le premier, difficile à prévoir dans le rétroplanning de l’arrêt, a été l’interruption de l’équipe de soudeurs effectuant des activités de maintenances essentielles et complexes.

« Les treize soudeurs se sont retrouvés cas contact au Covid-19 », nous informe une source syndicale. Des professionnels qui font le tour de France des centrales nucléaires durant les arrêts de tranche qu’il est bien difficile de remplacer au pied levé. Toutefois, leur mise en septaine n’explique pas les presque deux mois de retard de cet arrêt de tranche.

« On a habituellement une semaine de marge sur le planning au cas où il arriverait ce genre d’incident», atteste la même source confirmant que les problèmes techniques se sont accumulés au fil des jours renvoyant loin la reconnection du réacteur. Un retard qui «a un coût, précise-t-on de source syndicale. C’est de l’électricité qui n’est pas produite, ça coûte cher». Selon nos informations, chaque journée de retard durant un arrêt de tranche coûte 1 million d’euros. Dans le même temps, l’arrêt inopiné par deux fois du réacteur n° 2, le 31 août, treize jours durant, et le 14 novembre durant cinq jours, a mis, purement et simplement, la centrale à l’arrêt.

La crise sanitaire en cause pour la direction

Joint ce dimanche, la direction de la centrale impute pour l’essentiel son retard à la crise sanitaire. « L’impact moyen du Covid sur les arrêts programmés pour l’ensemble du parc nucléaire EDF a été évalué de 1 à 3 mois selon le type d’arrêt. Une organisation spécifique a été mise en place afin de protéger la santé de nos salariés. Des personnes considérées comme cas contacts ont été mises en quarantaine entre 7 et 14 jours. Cette organisation a prouvé son efficacité: une seule personne a été contaminée dans la centrale de Golfech (1) ».

La direction reconnaît aussi que durant cet arrêt, « quelques aléas ont eu lieu ». Elle précise: « Un contrôle visuel d’un matériel (à l’extérieur du réacteur), qui n’a pas été réalisé au bon moment, a demandé un prolongement des opérations de redémarrage. […] Un retour d’expérience sera fait pour préparer au mieux la visite partielle de l’unité n° 2 prévue en 2021. » La direction relève aussi pour expliquer son retard que «plusieurs opérations nécessitent une instruction par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Certains dossiers ont pris plus de temps que prévu initialement.»

(1) D’autres cas de salariés contaminés à l’extérieur de la centrale de Golfech, indique la direction, ont été comptabilisés.

Publié le 13/12/2020 à 16h15, mis à jour à 20h34

Photo en titre : Depuis vendredi, le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Golfech a, enfin, été reconnecté au réseau national électrique. Photo DDM, archives.

https://www.ladepeche.fr/2020/12/13/tarn-et-garonne-enquete-sur-le-tres-long-arret-du-reacteur-nucleaire-de-la-centrale-de-golfech-9255414.php