NUCLÉAIRE : UN ATOME DE MÉMOIRE TOUS LES DIX ANS

Plus loin, plus haut, plus fort… Accueillir les Jeux olympiques pour rayonner dans le monde. Le Japon, qui sera le pays hôte des JO à l’été 2021, n’aura pas beaucoup de mal à y arriver.

Depuis le 11 mars 2011, date d’un séisme dévastateur, suivi d’un tsunami meurtrier, puis de l’explosion des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, le Japon irradie à fond. Dix ans après, la catastrophe continue d’avoir des conséquences tragiques. Elle impacte la santé et l’environnement des habitants : exode forcé de quelque 465 000 personnes, accumulation de millions de déchets radioactifs, empilement d’autant de sacs de terre contaminée, rejet prévu de milliards de litres d’eau bourrée de tritium dans l’océan Pacifique… Après Tchernobyl, Fukushima est la deuxième plus grande catastrophe nucléaire dans le monde. La fusion des cœurs des trois réacteurs de la centrale de Fukushima-Daiichi a libéré dans l’air, puis dans l’eau, un taux de radioactivité bien supérieur à celui de la bombe d’Hiroshima. Malgré cela, les compétitions de base-ball sont programmées dans la préfecture de Fukushima. Une manière pour le gouvernement japonais d’essayer de nier le passé.

Mais, finalement, qui s’en soucie ? L’évoquer tous les dix ans, et ensuite oublier les menaces permanentes que fait peser le nucléaire sur le vivant, c’est apparemment ce qui nous arrange collectivement.

Comment expliquer sinon l’indifférence massive sur les choix énergétiques français ?

Et le peu de cas que la plupart des médias font des lanceurs d’alerte que sont, entre autres, le Réseau Sortir du nucléaire, Greenpeace, la Criirad ?

Ceux-là se démènent pour mettre en garde contre les dangers de l’atome, manifestent, pétitionnent… L’agenda de ce dixième anniversaire catastrophique tombait à pic pour informer les citoyens sur les choix énergétiques en cours dans notre douce France.

Heureux pays qui, avec 56 réacteurs au compteur, s’affiche comme le numéro un du nucléaire en Europe. Une place qu’il entend bien conserver avec la construction de six nouveaux réacteurs EPR (european pressurized reactor), pour un coût estimé de 45 milliards d’euros, « alors même que la mise en service de celui de Flamanville [Manche] n’est pas garantie, serait dangereuse et synonyme de nouveaux déchets radioactifs ingérables », note Sortir du nucléaire sur son site. Or la centrale de Flamanville a connu, en février 2021, un énième « incident ». À quelques jours de la visite d’une trentaine d’experts de l’Association mondiale des exploitants nucléaires (Wano). Au fait, pourquoi cette délégation ? Stéphanie Ferrand, présentée comme la « pilote stratégique de cette inspection » par nos confrères de La Presse de la Manche, s’en explique : « La finalité de cette revue [sic] est d’évaluer la performance sûreté de la centrale. » Comptons sur la compréhension et la bienveillance de ces experts, qui sont aussi des pairs, pour ne pas inquiéter la population française. Car ce site, à l’instar de nombreux autres, multiplie les cafouillages et les incidents. Autre grand enfumage en cours, on apprenait récemment que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) prolonge la vie de nos vieilles Cocotte-Minute atomiques d’au moins dix ans, passant de quarante à cinquante ans d’un coup de baguette magique. Seule condition : qu’EDF fasse un ravalement de façade (autour de 50 milliards d’euros de travaux au bas mot, selon l’électricien). Vive l’obsolescence déprogrammée !

Par Natacha Devanda, publié le 24 mars 2021, (Paru dans l’édition 1495 du 17 mars)

https://charliehebdo.fr/2021/03/ecologie/nucleaire-un-atome-de-memoire-tous-les-dix-ans/