RADIOACTIVITÉ DES POUSSIÈRES DU SAHARA RETOMBÉES SUR LE TERRITOIRE FRANÇAIS

Entre février et avril 2021, le sud de l’Europe, et notamment la France métropolitaine, ont connu plusieurs épisodes de transport de masses d’air chargées en poussières minérales venant des zones désertiques d’Afrique, pouvant entraîner des dépôts au sol du fait du brassage des couches atmosphériques et de l’action des précipitations. L’épisode du 6 février 2021 a notamment marqué les esprits dans le sud et l’est de la France, du fait de la couleur orangée du ciel et des dépôts particulièrement visibles dans les secteurs enneigés.

Compte tenu des retombées des essais nucléaires réalisés par la France dans le Sahara algérien dans les années 1960, des citoyennes et citoyens ont interrogé le laboratoire de la CRIIRAD sur la radioactivité artificielle susceptible d’être transportée par les vents de poussière. Les sables du Sahara ont d’ailleurs également été touchés par les retombées globales des essais atmosphériques effectués dans le monde jusqu’en 1980.

Afin de répondre à ces questions légitimes, la CRIIRAD a mis en ligne trois notes d’information, basées sur les résultats des mesures effectuées par son laboratoire.

1/ Mesures atmosphériques en temps réel

Tout d’abord, les mesures effectuées en continu et en temps réel par les balises que gère la CRIIRAD dans la vallée du Rhône n’ont révélé aucune anomalie pendant la période de passage des masses d’air chargées en poussières. Ce premier dispositif de surveillance est conçu pour détecter rapidement de fortes augmentations de la radioactivité de l’air nécessitant la mise en œuvre de mesures de protection.

2/ Analyses en laboratoire d’aérosols piégés par les balises

Dans un second temps, l’analyse en différé des filtres des balises permet la détection de niveaux de contamination nettement plus faibles (c’est ainsi que le laboratoire de la CRIIRAD a détecté l’impact sur le territoire français de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi au Japon en mars 2011, aussi bien dans les aérosols que dans les gaz). Plusieurs analyses de ce type, ciblées sur les périodes de passage des poussières d’origine saharienne, ont été effectuées courant février. Les activités volumiques moyennes en radionucléides artificiels émetteurs gamma (dont le césium 137 et l’américium 241) sont restées inférieures aux limites de détection (de l’ordre de quelques microbecquerels par mètre cube ou µBq/m3 à quelques dizaines de µBq/m3). Cela ne signifie pas que ces radionucléides étaient absents dans l’air, mais ces résultats montrent que le risque radiologique lié à la présence de ces poussières dans l’air était marginal : l’activité volumique des radionucléides artificiels est restée très en dessous des seuils nécessitant des mesures de protection.

3/ Analyse d’un dépôt de sable

Afin de compléter les informations obtenues par les stations de surveillance de la radioactivité atmosphérique, le laboratoire de la CRIIRAD a prélevé, le 9 avril, un échantillon de neige affectée par les dépôts de poussières sahariennes au col du Lautaret (Hautes-Alpes). L’étude des archives photographiques de la webcam haute définition présente dans ce secteur montre que les poussières prélevées correspondent à l’épisode du 6 février. L’analyse des poussières par spectrométrie gamma a révélé la présence de césium 137. L’activité surfacique estimée (0,23 ± 0,08 Bq/m²) est compatible avec les ordres de grandeur habituellement observés lors de ce type d’événement (de 0,01 à 1 Bq/m²).

L’épisode du 6 février est donc bien à l’origine d’un dépôt supplémentaire de césium 137, mais à des niveaux inférieurs de plusieurs ordres de grandeur aux dépôts antérieurs, toujours présents dans le sol, liés principalement à la catastrophe de Tchernobyl et aux essais nucléaires atmosphériques des années 50/60 (plusieurs milliers de Bq/m² au col du Lautaret).

Les poussières sahariennes contenaient donc bien du césium 137, mais le risque lié à la présence de ce radionucléide dans l’air et à son dépôt au sol est marginal. Ce phénomène vient toutefois rappeler que plus de 60 ans après, les quantités prodigieuses de radioactivité dispersées par les essais nucléaires militaires continuent de polluer l’environnement à plusieurs milliers de kilomètres de notre territoire, et de poser des problèmes de radioprotection aux populations.

Pour toute question, n’hésitez pas à nous écrire : contact@criirad.org

Lettre N° 80 de mai 2021 (réservée aux abonnés)

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