EXPLOSION NUCLÉAIRE DE LA FRANCE EN ALGÉRIE… LE QUADRUPLE DE LA PUISSANCE DE HIROSHIMA ET DES CARTES ENCORE DISSIMULÉES

Canada, AA / Alger / Houcemeddine Islèm :

En dépit des 59 ans qui se sont écoulées depuis la fin de la colonisation française en Algérie, qui a duré de 1830 à 1962, le dossier des explosions nucléaires effectuées par l’occupant dans le désert de ce pays arabe suscite toujours la polémique.

Le dossier des explosions nucléaires françaises fait toujours l’objet de réclamations algériennes, officielles et émanant de la Société civile, dans le but de dévoiler les lieux où ont été stockés les déchets nucléaires et pour l’indemnisation des victimes.

La France rejette les revendications algériennes et fait preuve d’atermoiements dans la remise des cartes des sites des essais et des explosions nucléaires

Bien que Paris considère ce qui s’est passé comme étant de « simples essais nucléaires », Alger, de son côté, tient à les qualifier « d’explosions nucléaires »

En dépit des 59 ans qui se sont écoulées depuis la fin de la colonisation française en Algérie, qui a duré 132 ans (1830-1962), le dossier des explosions nucléaires effectuées par l’occupant dans le désert de ce pays arabe suscite toujours la polémique.

La colonisation française en Algérie s’est étalée entre les années 1830 et 1962 et les autorités algériennes ainsi que plusieurs historiens avancent que cette période fût le théâtre de crimes et d’assassinats perpétrés à l’endroit d’environ 5 millions de personnes, parallèlement aux campagnes de déplacement et au pillage des richesses.

Le dossier des explosions nucléaires françaises fait toujours l’objet de réclamations algériennes, officielles et émanant de la Société civile, dans le but de dévoiler les lieux où ont été stockés les déchets nucléaires et pour l’indemnisation des victimes et les personnes qui ont subi en raison de cela des handicaps à vie, en contrepartie d’un rejet français de ces demandes.

« La Gerboise bleue »

Les autorités coloniales françaises ont procédé entre 1960 et 1966 à une série d’explosions nucléaires dans le désert algérien, explosions réparties en 4 expériences aériennes et 13 souterraines, selon des responsables français, tandis que des responsables et des historiens algériens estiment que le nombre des essais est plus élevé.

Le 13 février 1960, la France a procédé à sa première explosion nucléaire dans le désert algérien dans la région de Reggane, au cours d’une opération baptisée « la Gerboise bleue », et durant laquelle quatre bombes nucléaires ont été utilisées et qui étaient d’une capacité d’explosion oscillant entre 10 et 70 kilotonnes.

L’explosion a été effectuée sous une supervision directe du président français de l’époque, le général Charles de Gaulle, et la puissance des explosions aériennes effectuées a été quatre fois plus élevée que celle générée par la bombe américaine larguée sur Hiroshima au Japon en 1945.

Certaines de ces explosions nucléaires ont eu lieu après la signature des Accords d’Évian en 1962, et qui avaient mené l’Algérie à son Indépendance, tout en comprenant des articles autorisant la France à utiliser des sites au Sahara jusqu’à 1967.

Quatre fois la puissance de la bombe de Hiroshima

Au mois de février dernier, le ministre algérien des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, a indiqué que la puissance de l’explosion nucléaire de la France dans le désert de son pays dans la décennie des années 1960 est équivalente à quatre fois de la puissance de la bombe nucléaire américaine larguée sur Hiroshima au Japan.

Le ministre algérien avait publié un tweet dans lequel il écrit : « En ce jour (le 13 février) de l’année 1960, à 07h40, la France coloniale a procédé à sa première explosion nucléaire dans la région de Reggane dans le désert algérien (sud) au cours d’une opération intitulée La Gerboise Bleue ».

Boukadoum a ajouté que « l’explosion avait une puissance de 70 kilotonnes, ce qui équivaut à une puissance de trois fois voire quatre fois plus élevée que la bombe de Hiroshima. Cette explosion a eu des retombées e termes de radiations qui se poursuivent encore ».

57 explosions nucléaires

La Revue gouvernementale « Les Sources de l’Histoire de l’Algérie contemporaine » a rapporté en 2019 que le « Sahara algérien a été, entre le 13 février 1960 et le 16 février 1966 le théâtre de 57 explosions et essais nucléaires ».

« Quatre essais aériens ont eu lieu dans la zone de Hammoudia à Reggane et qui étaient extrêmement polluantes et treize autres essais ont été effectués à Taouriret Tan Afal, et à Iyen Aker mais qui avaient échoué », a indiqué la Revue scientifique publiée par le Centre gouvernemental des Études et des Recherches sur le Mouvement national et la Révolution du 1er novembre 1954.

La Revue publiée par un Centre relevant du ministère des Moudjahidines (Anciens combattants), a ajouté que « le pire incident nucléaire a eu lieu le 1er mai 1962 (Béryl) parallèlement à 35 autres essais nucléaires en matière de sécurité qui ont eu lieu au niveau des puits de Hammoudia et cinq explosions se sont produites sur le site de Taouriret Tan Atram (province de Tamenghest) en plein air et utilisant des matières fissiles tels que le plutonium ».

La même source a relevé que « onze explosions nucléaires ont eu lieu après l’Indépendance (1962) jusqu’au mois de février 1966. En juin 1967, ces sites ont été remis aux autorités algériennes après le démantèlement et le nettoiement des installations techniques selon le ministère français de la Défense en 210 ».

« La France avait procédé à ses explosions nucléaires tout en connaissant parfaitement des dangers qu’ils représentaient sur la santé de l’homme et des menaces qui pesaient sur l’environnement et l’Équilibre écologique, en particulier après la publication des impacts sanitaires générés par le bombardement nucléaire sur Hiroshima et Nagasaki en aout 1945 », a encore détaillé la Revue.

La France a entamé ses premières explosions nucléaires en 1960, faisant peu de cas de la Résolution des Nations Unies de 1959 hostile aux essais de Paris dans le désert algérien, et malgré les suspensions par les États-Unis d’Amérique et de l’ex-URSS de leurs explosions nucléaires aériennes dès le mois de novembre 1958.

Les cartes des déchets : une demande en suspension

En l’absence de données précises, les observateurs avancent que les essais nucléaires ont fait 42 mille morts algériens et provoqué des handicaps à vie en raison des radiations nucléaires qui polluent la zone jusqu’à aujourd’hui.
Les autorités algériennes réclament toujours à leurs homologues françaises la remise des cartes de remblayage des déchets de ces explosions afin de protéger les habitants et nettoyer la région des radiations mais Paris tergiverse encore.

En 2020, les autorités algériennes ont soumis officiellement ce dossier aux Nations Unies pour l’examen de l’indemnisation par la France des victimes des explosions nucléaires mais rien n’a été fait concrètement encore, selon Kamel Belarbi, un ancien parlementaire algérien qui a lancé auparavant une initiative portant une loi de « criminalisation du colonialisme ».

De son côté, l’historien algérien Amer Rkhila a déclaré à Anadolu que « La France a, dès 1935, commencé ses tentatives pour appartenir à ce qui est appelé ‘le Club nucléaire’ et est parvenue à la suite de cela de faire exploser sa première bombe nucléaire en date du 13 février 1960 dans le désert algérien ».

« Durant la période s’étalant de 1960 à 1966, les forces coloniales ont creusé des tranchées dans le Sud algérien pour déverser et remblayer les déchets nucléaires qui ont terrassé végétation et animaux », a-t-il encore expliqué.
Rkhila a indiqué que « le crime des déchets nucléaires se poursuit à travers la propagation des maladies, la pollution environnementale et l’extinction de certaines espères d’animaux ».

Notre interlocuteur a ajouté que « L’Algérie a le droit de réclamer les cartes qui déterminent les endroits des explosions et des tranchées où se trouvent les restes des explosions et les matières radioactives qui continuent à avoir des effets jusqu’à aujourd’hui ».

Il a relevé que « le nombre des victimes de explosions se comptent par milliers mais ne peut être défini avec précision dès lors que les médias et les organisations des droits de l’Homme n’y ont pas accès ».

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Par Ekip, publié le 07.07.2021

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