THIERRY BRETON, PORTE-VOIX DU NUCLÉAIRE À BRUXELLES

La Commission européenne doit trancher à l’automne si le nucléaire est considéré comme « vert » dans la future taxonomie. Le commissaire français Thierry Breton entend peser en faveur de l’atome.

Thierry Breton n’en fait pas mystère. Au sein du collège des commissaires à Bruxelles, le Français compte parmi les chauds partisans du nucléaire. « On aura besoin de nucléaire pour arriver » à tenir nos objectifs du green deal de baisse des émissions de C02, estime le commissaire au marché intérieur, de passage à Paris. Il n’hésite pas à tacler la décision allemande de sortie du nucléaire « coûteuse en CO2 ». « Quand il y a de la pollution à Paris, on voit bien d’où cela vient. Cela vient de l’Est », raille Thierry Breton.

Décision à l’automne sur la taxonomie

Pas sûr que l’argument fasse mouche à Bruxelles. Mais la force de conviction du Français va être mise à rude épreuve.

La Commission européenne doit trancher à l’automne le sort de l’énergie nucléaire dans la taxonomie européenne. Et le débat fait rage entre partisans et opposants à l’atome pour savoir si les investissements verts doivent pouvoir servir à financer de nouvelles centrales nucléaires. Par prudence, la Commission a préféré une première fois en mars battre en retraite, sur le nucléaire comme sur le gaz. Sous couvert d’attendre la remise de deux rapports supplémentaires, elle avait reporté sa décision sur l’atome. Mais depuis les deux rapports en questions ont été publiés, début juillet. Ceux-ci sont venus dans les grandes lignes conforter les conclusions d’un premier rapport du centre de recherche commun de la Commission, favorable au nucléaire.

Logiquement, les obstacles sont donc presque levés. Sauf que politiquement, chacun campe toujours sur ses positions. Allemagne, Autriche et Danemark, pour qui le nucléaire ne peut pas être une énergie verte comme une autre même s’il n’émet pas de CO2, ne désarment pas. En face, la France fait le forcing pour sécuriser un feu vert européen au plus tard pendant sa présidence début 2022. Faute de décision, les 250 milliards d’euros d’obligations vertes lancés début septembre par la Commission européennes feront l’impasse sur le nucléaire.

Chiffrer les besoins en électricité

Pour peser dans le débat, Thierry Breton affûte ses arguments. Le commissaire au marché européen a fait travailler ces derniers mois ses quatorze écosystèmes industriels, instaurés au printemps. Objectif : évaluer les conséquences du grand paquet « Fit for 55 » sur leur activité mais aussi quantifier leurs besoins additionnels en électricité d’ici 2050. « On sait qu’il va falloir augmenter nos capacités de production d’électricité », assure le Commissaire, qui veut mettre des chiffres précis sur la table du conseil.

Pour tenir ses engagements climatiques, l’Europe devrait avoir besoin de dix fois plus d’éoliennes et huit à neuf fois plus de photovoltaïque qu’aujourd’hui, estime-t-il à la louche. Et donc de nucléaire. Le Français veut aussi encourager les États à temporiser sur le démantèlement de leurs centrales vouées à fermeture. Après avoir été déconnectées du réseau, elles pourraient servir pendant deux à trois ans supplémentaire à produire de l’hydrogène vert. Une façon pour les États de ne pas perdre la face. Et pour l’Europe de s’offrir du temps pour faire monter en puissance ses infrastructures énergétiques.

Par Solène Davesne, publié le10 Septembre 2021 à09h00

https://www.usinenouvelle.com/article/thierry-breton-porte-voix-du-nucleaire-a-bruxelles.N1139056

NDLR : NON monsieur Breton, il faut prendre les mesures nécessaires pour que notre consommation d’électricité diminue (voir les scénarios de l’Ademe, de négaWatt et même de RTE qui prouvent que c’est tout à fait possible de se passer du nucléaire). Mais bien entendu, cela n’arrangerait pas le lobby du nucléaire dont vous semblez être le chantre !