« ON PEUT SE PASSER DE NUCLÉAIRE, ON LE DEVRAIT », ESTIME LE MILITANT GRENOBLOIS VINCENT COMPARAT

Dans son allocution télévisée, mardi 9 novembre, le président Emmanuel Macron a annoncé la relance de la construction de réacteurs nucléaires. Une annonce majeure pour le domaine de l’énergie, mais très contestée par le militant grenoblois et ancien chercheur Vincent Comparat.

Deux semaines après la publication du rapport du gestionnaire du réseau électrique RTE, Emmanuel Macron a annoncé mardi la relance du programme nucléaire et la construction de nouveaux réacteurs sur le sol français. « Nous allons, pour la première fois depuis des décennies, relancer la construction de réacteurs nucléaires », a-t-il dit. Une annonce qui a surpris et déçu Vincent Comparat, président de l’ADES à Grenoble, l’Association Démocratie Écologie Solidarité, également ancien chercheur en physique nucléaire et militant antinucléaire de longue date.

France bleu Isère(FBI): Pour la première fois depuis des décennies, la France va relancer un programme nucléaire. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Vincent Comparat : D’abord le fait que le président décide de tout, sans aucun débat. On a Jupiter qui débarque et qui décide tout seul, alors qu’on sait très bien que les questions d’énergie, ce sont des problèmes qui demandent du débat et de la discussion, notamment sur le long terme. On va en reparler.

FBI : Le gouvernement affirme que le nucléaire est indispensable pour atteindre la neutralité carbone. Si l’objectif premier, c’est de réduire les rejets de CO2, est ce que le nucléaire n’est pas le premier atout ?

Alors, ça peut être un atout, à condition qu’on oublie un certain nombre des gros inconvénients du nucléaire. On parlerait par exemple des déchets, des problèmes de sécurité, des problèmes de démantèlement. C’est quand même une énergie qu’il faut manier avec beaucoup de précautions. On ne le fait pas assez.

J’ai étudié pendant des années le nucléaire, en recherche fondamentale. Je me suis intéressé aux réacteurs et j’ai beaucoup milité effectivement dans le Groupement des scientifiques d’information sur l’énergie nucléaire, parce que j’étais assez critique sur le programme qui a été lancé en 1974.

FBI : Le gestionnaire du réseau électrique, RTE, a récemment proposé six scénarios sur le futur énergétique de la France. Cinq scénarios sur six incluent du nucléaire. Est-ce qu’au fond, c’est réaliste de passer du nucléaire ?

Alors RTE a un scénario sans nucléaire et l’association NégaWatt de son côté aussi à fait un scénario sans nucléaire. Il y a donc un vrai débat pour savoir si on peut s’en passer. En tout cas, RTE démontre que c’est possible. Donc voilà, la question est posée, après le débat politique doit s’ouvrir. Personnellement, avec les militants antinucléaires, je pense qu’on peut se passer de nucléaire et on devrait se passer de cette énergie qui n’a pas grand avenir au niveau mondial en tout cas… Donc, il faut qu’on en sorte tranquillement en France, ce qui n’est pas si simple que ça.

FBI : Parce que selon vous l’apport du nucléaire n’est pas aussi important que ce que l’on gouvernement l’affirme ?

En tout cas au niveau mondial, le nucléaire ne pèse rien quasiment au niveau de la production d’énergie. Et comme tout doit passer à l’électrique bientôt, il faut vraiment tout regarder. Et là, les scénarios de RTE comme de NégaWatt sont très intéressants. Il faut faire deux choses : il faut faire des économies et il faut faire beaucoup de renouvelables. Ça, c’est une nécessité absolue et donc il faut commencer tout de suite.

FBI : Selon RTE, même si on garde 26% par exemple du mix énergétique en nucléaire, il faudra multiplier par 11 le développement du solaire, par plus de 3 celui de l’éolien terrestre. Ça veut dire aussi, sans doute, des barrages hydroélectriques dans les Alpes. Est-ce que vraiment, c’est une meilleure solution ?

De toute façon, on est condamné à cela. Alors les barrages ce sera compliqué, car l’hydroélectricité, on l’a saturée quasiment. Donc, il faudra effectivement développer énormément l’éolien, le solaire, toutes les formes d’énergies. Et, surtout, il faut faire des économies, il faut qu’on change et qu’on le fasse vite. RTE, comme NégaWatt, démontrent qu’il faut aller vite. Et avec le nucléaire, on ne va pas assez vite. C’est une énergie qui met très longtemps à se mettre en route. Donc elle ne rentre pas, à mon avis, dans le scénario énergétique actuel.

FBI : Les scénarios avec beaucoup d’énergies renouvelables et sans nucléaire, ce sont aussi les plus coûteux, selon RTE…

Alors ça, ça se discute parce que les modèles économiques, là-dessus, on sait à quel point ils sont discutables. Quand ils ont lancé le programme nucléaire, on devait l’exporter au maximum, etc. Finalement, on n’a pas réussi et ça nous coûte beaucoup plus cher que ce qui est prévu. Et regardez l’EPR de Flamanville, qui coûte beaucoup plus cher que prévu et qui est un vrai scandale financier.  

FBI : Dans la région, vous êtes une des figures du combat antinucléaire. Que doivent faire justement les anti-nucléaires face à ce programme qui est relancé ?

Il faut exiger un débat politique correct. Tout est sur la table maintenant : avec les scénarios NégaWatt, avec les scénarios de RTE. Allons au débat avant de laisser Jupiter/Macron décider de tout. Je vais m’impliquer moi, à mon petit niveau pour cela.

Par Théo Hetsch, France Bleu Isère, France Bleu, publié le jeudi 11 novembre 2021 à 11h19

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