LE NUCLÉAIRE « BEAUCOUP PLUS CHER » QUE LE RENOUVELABLE : YANNICK JADOT DIT-IL VRAI ?

Invité de France Inter, Yannick Jadot a renouvelé sa proposition de cesser la production d’énergie nucléaire d’ici 20 à 25 ans. Selon lui, « cette électricité est beaucoup plus chère que celle issue des énergies renouvelables« . Baisse du coût des renouvelables, explosion de ceux des EPR, IL A EN PARTIE RAISON.

Ce sera l’un des sujets majeur de la prochaine présidentielle.

Au lendemain de la clôture de la COP26 à Glasgow, le candidat écologiste à la présidentielle, Yannick Jadot, invité de France Inter lundi matin, a renouvelé sa proposition de cesser la production d’énergie nucléaire d’ici 20 à 25 ans. Selon lui, « cette électricité est beaucoup plus chère que celle issue des énergies renouvelables ». Questionné sur ce point par Léa Salamé et Nicolas Demorand, l’écologiste avance les « dix ans de retard » de l’EPR de Flamanville, « 17 milliards d’euros de surcoût », et « un milliard » qu’il a fallu investir sur les centrales amorties pour des « mises à jour de sécurité », répétant que « les coûts du nucléaire ne font qu’augmenter quand ceux du renouvelable ne font que baisser« 

Ainsi, selon Yannick Jadot, si le nucléaire d’Emmanuel Macron est deux fois plus cher que les énergies renouvelables c’est notamment « parce que le coût du photovoltaïque a été divisé par dix sur les dix dernières années, l’éolien par quatre« . Il avance que « pas un seul investisseur privé dans le monde n’investit dans le nucléaire parce qu’aujourd’hui, c’est un gouffre financier ».

Les deux filières « font l’objet d’évolution tout à fait opposée« 

« Il existe aujourd’hui un écart entre les nouveaux projets d’énergies renouvelables et le coût projeté pour l’EPR de Flamanville« , affirme Yves Marignac, porte-parole de l’association négaWatt. D’après un rapport de la Cour des comptes datant du juillet 2020, les prévisions les plus pessimistes du coût de l’EPR normand donnent un montant à 19,1 milliards d’euros, alors que le projet initial était de 3,3 milliards d’euros. Mais ce n’est pas le seul désagrément : les deux EPR construits en Chine sont entrés en service mais en 2018 et 2019, soit avec un retard de cinq ans, et un budget qui a bondi de 60% selon l’audit réalisé pour EDF par Jean-Martin Folz, l’ancien PDG de PSA. Avec des répercutions à prévoir sur le prix de cette énergie.

Interrogé par France Inter, le porte-parole de négaWatt estime donc que le candidat à l’élection présidentielle a « raison de souligner que ces deux filières font l’objet d’évolution tout à fait opposée. » Selon Yves Marignac, « les coûts du nucléaire n’ont cessé d’augmenter, les projections pour des nouveaux réacteurs ne font pas exceptions à cette règle alors que les renouvelables ont connu ces dernières années des réductions extrêmement importantes et sont aujourd’hui incontestablement beaucoup plus compétitives. Cela se mesure au niveau mondial« . 

L’an dernier, il y a eu 256 gigawatts de capacité de nouvelles installations renouvelable ajoutées dans le monde, 0,4 gigawatt de nucléaire. Ce chiffre dit tout de leur compétitivité comparée aujourd’hui. 

Le développement du nucléaire passera, selon le Président Emmanuel Macron, par le développement des petits réacteurs modulaires, appelés SMR en anglais. « La filière nucléaire est confrontée à cette difficulté, elle propose des projets comme les EPR, extrêmement lourd, extrêmement gros et long à développer, et avec un risque important sur l’investissement« , assure l’expert. « Elle est dépassée par l’agilité de déploiement des énergies renouvelables. Ces petits réacteurs sont une volonté d’y répondre. Les indications que l’on a sur les coûts des tout premiers -il n’y en que deux construits dans le monde- sont contraires à cet objectif. Ce ne sont que des prototypes. Les projections des acteurs qui portent ces projets de SMR ne font qu’augmenter, et aujourd’hui, il est très probable que ces réacteurs ne seront pas plus compétitifs que les gros réacteurs de type EPR. » 

Les prix du photovoltaïque baissent de 85% en dix ans d’après l’Irena

« Les énergies renouvelables sont aujourd’hui la source d’électricité la moins chère », se réjouit le directeur général de l’Irena, l’Agence Internationale des Énergies Renouvelables, dans un rapport publié cette année, et qui révèle la chute vertigineuse du coût des ENR. Selon son directeur général, Francesco La Camera : « Le coût de l’électricité provenant des panneaux photovoltaïques a baissé de 7% sur un an, l’éolien terrestre de 13% et l’éolien offshore de 9%. »

Le rapport de l’Irena prend une échelle bien plus grande et rapporte la différence du coût de l’électricité entre 2010 et 2020. Le prix du photovoltaïque a diminué de 85% en dix ans, l’éolien terrestre de 56% et l’éolien offshore de 48%. « Les coûts de production d’électricité renouvelable ont fortement chuté au cours de la dernière décennie, sous l’effet de l’amélioration des technologies, des économies d’échelle, des chaînes d’approvisionnement compétitives » explique le rapport.

Énergies nucléaire et renouvelables, toutes moins chères en 2050

Dans son dernier rapport publié en mai 2021, l’Agence internationale de l’énergie entend présenter une feuille de route pour le secteur énergétique avec l’objectif zéro émission nette en 2050. On y trouve notamment des projections d’évolution des coûts de l’électricité produite entre aujourd’hui et cet horizon à 30 ans. Il apparaît clairement que l’ensemble des énergies en Europe seraient progressivement moins chères à produire, mais surtout que celle issue des renouvelables serait entre deux et cinq fois moins coûteuse que celle issue du nucléaire. Cette dernière passerait de 150 dollars du mégawattheure en 2020 à 115 dollars du mégawattheure en 2050, tandis que le solaire, déjà beaucoup moins onéreux, passerait de 55 dollars par MWh à 25 dollars sur la même période.

Coût du mégawattheure en Union européenne d’ici 2050 (en dollars)

Toutefois, si le calcul de l’AIE (appelé LCOE ou coût moyen actualisé de l’électricité) prend en compte un grand nombre de paramètres, notamment le fait que les coûts de production des ENR baissent depuis une petite dizaine d’années et que leurs capacités de production augmentent, il exclut les conséquences de l’intermittence de ces formes de production d’énergie et le fait de devoir par exemple financer et créer de coûteuses unités de stockage. Des données prises en compte en revanche par RTE dans son dernier rapport, qui propose un coût complet pour chaque énergie.

Le nucléaire « plus pertinent du point de vue économique » selon RTE

C’est un rapport de 600 pages paru à la fin du mois d’octobre, pour se projeter dans l’avenir du système électrique français. Ce rapport réalisé par le gestionnaire national du Réseau de transport d’électricité présente six scénarios pour orienter la stratégie future en matière d’énergie. Les experts estiment que la construction de nouveaux réacteurs nucléaires a des avantages économiques, mais le développement des énergies renouvelables est indispensable.

« Les scénarios comprenant de nouveaux réacteurs nucléaires apparaissent plus compétitifs« , peut-on lire dans le rapport. « Les coûts ‘bruts’ des nouvelles centrales nucléaires sont en moyenne plus élevés que ceux associés aux grands parcs d’énergies renouvelables » mais dès lors que les coûts annexes sont intégrés, cela change la donne. Car selon RTE, impossible de ne pas prendre en compte dans la question du coût complet des ENR : le caractère intermittent de ces énergies et ce qu’on appelle les besoins en flexibilité, à savoir des unités de stockage (électrolyseurs pour produire de l’hydrogène ou batteries) ou encore le pilotage de la demande. Autre coût à prendre en compte : le renforcement des réseaux de transport et distribution lié à l’augmentation de la part d’ENR dans le mix énergétique.

Estimations réalisées par RTE

Autrement dit, les scénarios complets avec des énergies renouvelables sont plus chers, car les investissements sont plus importants. D’après RTE, il existe par exemple un écart de dix milliards d’euros par an entre le scénario comprenant la construction de nouveaux réacteurs et celui où la part des énergies renouvelables est de 87% dans la production d’électricité : 61 milliards d’euros par an à l’horizon 2060 pour le premier, 71 milliards pour le second. Dans le scénario zéro nucléaire, la facture monte à 77 milliards d’euros par an en 2060

Toutefois, il s’agirait d’une vision assez optimiste des coûts de nouvelles centrales nucléaires si l’on en croit la Cour des compte : « On ne peut pas établir avec un degré raisonnable de certitude que les économies de construction de futurs EPR2 par rapport au coût de construction d’EPR de type Flamanville se matérialiseront”. Par ailleurs, selon nos confrères de Contexte, la Direction générale de l’énergie et du climat (qui dépend du ministère de la Transition écologique), dans un document de travail daté du mois d’octobre, table sur une mise en service des premiers réacteurs EPR2 « au plus tôt en 2040 » contre 2035 pour RTE, avec une facture revue à la hausse. 

Le ministère de la Transition écologique a assuré depuis que le document de travail était non finalisé, basé sur un seul des deux audits prévus par la PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie), mais Yannick Jadot a sauté sur l’occasion et fait référence à ce document sur France Inter ce lundi : « Je vous invite à lire le document du gouvernement qui avait fuité dans la presse et qui disait que ces statistiques étaient tronquées et que le nucléaire en réalité coûte bien plus cher.« 

Un scénario de sobriété à étudier

Les conclusions de RTE ont justement été ouvertement critiquées par Yannick Jadot ainsi que des associations écologistes. Le candidat EELV l’a qualifié de « manipulation du gouvernement » car la présentation « des scénarios de RTE se révèle être partielle et donc partiale« , mettant donc en valeur le nucléaire. De quelle façon ? Les six scénarios de RTE ne sont pas basés sur réduction importante de la consommation d’électricité, une « sobriété énergétique » comme l’entend l’écologiste.

Dans son rapport, RTE évoque trois trajectoires principales de consommation : une de « sobriété » (« moins de déplacements individuels au profit des mobilités douces et des transports en commun, moindre consommation de biens manufacturés, économie du partage, baisse de la température de consigne de chauffage, recours à davantage de télétravail, sobriété numérique, etc. »), à 555 TWh en 2050, une « réindustrialisation profonde » (avec investissements dans les secteurs technologiques de pointe) à 752 TWh en 2050, et un médian qui sert de « référence » (inspiré par la Stratégie nationale bas carbone, révisée en 2020 par le gouvernement) à 645 TWh en 2050.

Les six scénarios présentés par RTE en octobre sont basés sur cette seule trajectoire « référence« . Les autres travaux sur les deux autres trajectoires ne seront présentés qu’en 2022. Pour EE-LV, le scénario à prendre en compte doit être celui de la sobriété, à 550 TWh, et passe par des efforts de baisse de consommation d’énergies bien plus importants, comme le recours plus grand au télétravail, la réduction du parc automobile et le développement du covoiturage, etc…

Pas de consensus

En l’état actuel des données qui sont pourtant nombreuses, les experts s’opposent encore sur le coût futur de l’énergie. Tout dépend de la dose d’optimisme, ou inversement du pessimisme, que l’on met en avant à la lecture des hypothèses des différents rapports de l’AIE et de RTE. Yannick Jadot n’a pas tort de dire que le coût des énergies renouvelables est inférieur à celui du nucléaire en se basant sur les investissements dans l’éolien et le photovoltaïques et sur la facture toujours plus haute de l’EPR. Ses détracteurs, la ministre de la Transition énergétique notamment, Barbara Pompili, n’ont pas non plus tort de lui opposer les conclusions du rapport RTE qui permet de garantir l’objectif de réduction de 40% de la consommation d’énergie finale en 2050, à l’aide d’un mix énergétique nucléaire-renouvelables. « Il y a des questions dont on peut débattre, notamment sur la sobriété« , assure t-elle au candidat écologiste.

Par la rédaction numérique de France Inter, publié le 15 novembre 2021 à 18h56

https://www.franceinter.fr/economie/le-nucleaire-beaucoup-plus-cher-que-le-renouvelable-yannick-jadot-dit-il-vrai

NDLR : une simple remarque : les prix projetés pour les renouvelables partent des prix réellement constatés à ce jour alors que les prix projetés pour le nucléaire sont basés sur des hypothétiques améliorations des prix constatés actuellement.

Dans le cas des renouvelables on s’appuie sur du concret existant, dans celui du nucléaire on s’appuie sur un rêve.

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