LE NUCLÉAIRE S’IMPOSE DANS LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE

Alors que les candidats de droite et d’extrême droite défendent sans hésiter la construction de nouveaux réacteurs, ceux de gauche sont plus divisés sur la part à accorder à cette énergie dans la transition écologique.

Alors que le président de la République, Emmanuel Macron, vient d’acter la relance de la construction du parc nucléaire et que les prix de l’énergie sont au plus haut, la question de l’atome s’est invitée depuis plusieurs mois dans tous les programmes en vue de l’élection présidentielle d’avril 2022.

Par souci de souveraineté, et désormais sur fond d’argument écologique, la droite se fait la porte-parole historique du nucléaire. Au parti Les Républicains, les candidats à l’investiture, qui seront départagés le 4 décembre après le vote des adhérents, fustigent tous le « déclin » français et revendiquent d’aller plus loin que l’exécutif dans l’innovation et la construction de nouvelles centrales.

Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France, connu pour son opposition à l’éolien, a annoncé lors du premier débat entre les candidats à l’investiture, lundi 8 novembre, que, s’il est élu président de la République, sa première décision serait « d’ordonner au président d’EDF de lancer la construction de dix nouveaux réacteurs nucléaires ». Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile-de-France, qui estimait, en 2018, qu’il fallait sortir progressivement de cette énergie, défend désormais, comme l’ancien commissaire européen Michel Barnier, la construction de six nouveaux réacteurs, soit la proposition défendue par EDF, et un investissement massif dans la recherche.

À l’extrême droite, Marine Le Pen souhaite lancer « immédiatement la construction de trois nouveaux [réacteurs] EPR » en plus de la révision et de la modernisation des centrales existantes. La candidate du Rassemblement national a également demandé « solennellement » à Emmanuel Macron, lundi 15 novembre, un moratoire sur le démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), prévu pour 2025. De son côté, le polémiste Eric Zemmour, qui joue encore de son statut flou de non-candidat déclaré, défend la construction de dix nouveaux réacteurs et l’enfouissement des déchets nucléaires à Bure (Meuse).

Sortie « responsable »

À gauche, deux candidats assument aussi une ligne pronucléaire : l’ancien ministre socialiste, chantre du « made in France », Arnaud Montebourg, et Fabien Roussel, investi par le Parti communiste français, qui propose la construction de six à huit EPR. Si les deux sont favorables à l’atome, c’est parce que, selon eux, la transition écologique par la décarbonisation de la production énergétique ne peut se faire qu’avec cette technologie. Ils avancent également un argument économique, soulignant qu’il s’agit d’une énergie « à moindre coût » pour le porte-monnaie des Français.

Le reste de la gauche s’oppose à toute nouvelle construction d’EPR et au maintien au long cours du parc nucléaire actuel. Les autres candidats misent davantage sur les énergies renouvelables (éolien, solaire…). Anne Hidalgo, la candidate du Parti socialiste, reconnaît toutefois que la France ne pourra pas sortir du nucléaire avant quinze à vingt ans. Elle lui accorde donc une place dans la transition, par souci de souveraineté énergétique et pour contrer une flambée excessive des prix de l’électricité.

Les candidats d’Europe Écologie-Les Verts et de La France insoumise, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, sont plus clairement opposés à l’atome pour des questions de sûreté et de préoccupation écologique. Ils défendent notamment l’arrêt du chantier de l’EPR de Flamanville (Manche). Néanmoins, les deux ont dû adapter leur discours. Yannick Jadot, héritier de la ligne antinucléaire du parti écologiste, souligne vouloir en sortir « de manière responsable », avec une phase de transition de quinze ou vingt ans. Jean-Luc Mélenchon défend un horizon « 100 % d’énergies renouvelables », non plus d’ici à 2030 mais plutôt 2045.

Par Marie Pouzadoux, publié le 18 novembre 2021 à 10h18, mis à jour à 13h38

Photo en titre : Le président de la République, Emmanuel Macron, lors de la présentation du plan d’investissement France 2030, au palais de l’Élysée, à Paris, le 12 octobre 2021.

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