SAINT-LIZIER. « LE DROIT DU SOL » : UNE BD DE LA MÉMOIRE ET DU NUCLÉAIRE

Nos ancêtres nous aurons légué des peintures rupestres, nous léguerons à nos enfants des déchets nucléaires. Un paradoxe nommé « évolution« .

Entrer dans une librairie est un acte politique. Un acte imaginaire, un acte sociologique. Et, parfois, tout cela à la fois. Entrer dans une librairie est toujours, toujours, une aventure. Un périple inattendu. Déambulation sur les sentiers de la littérature ou promenade le long des chemins de la poésie. Flânerie en terres de mangas ou randonnée à flanc de bande dessinée. La librairie « À La Lettre » (09200 Saint-Girons) offre tout cela – et bien plus encore.

Aujourd’hui, pour la rubrique « À la page » focus sur une BD d’Étienne Davodeau, plus que recommandable, n’est-ce pas, publiée chez Futuropolis : « Le droit du sol ». Il s’agit ici, pour coller à la métaphore qui trotte, d’un périple de l’auteur, sac sur le dos, chaussures bien lacées et foulard sur la tête. Conscience écologique en bandoulière et regard désolé posé sur ce monde résolument extravagant dans lequel nous baignons. Monde que nous façonnons autant qu’il nous façonne, ourlé de consumérisme tapageur, mâtiné de ce nucléaire qui pose tant question. Étienne Davodeau s’est donc élancé pour 800 kilomètres de marche, de la grotte de Pech Merle jusqu’à Bure. Bure, le tristement célèbre site d’enfouissement de nos déchets nucléaires, ultimes résidus de ce que l’atome a de meilleur. Ledit Bure étant situé dans la Meuse et non en Savoie, impossible, donc, de parler ici de l’atome de Savoie.

Dommage. Pour mémoire, un « déchet » est « ce qui est jeté, car il n’a plus d’utilisation précise » – comme peuvent parfois l’être l’imagination, la rêverie, l’humour, la paix ou, encore, la révolte.

Question de point de vue. C’est ainsi, en compagnie d’amis, de spécialistes, de ses réflexions acides et de son regard tristement lucide, qu’Étienne Davodeau nous parle avec une légèreté abyssale, avec une franchise fatale, de cette folie qui considère que glisser dans un trou des « déchets » encore dangereux dans 100 000 ans peut être considéré (par certains) comme une sacrément bonne idée. Ça oui, alors.

Étienne Davodeau signe avec « Le droit du sol » une BD essentielle autant que subtile, humaine autant qu’alarmante. Sidérante, parfois.

Un éclairage nécessaire sur un fait de société passablement irresponsable, une gestion de l’écologique schizophrène. Les libraires de la libraire « À La Lettre » l’ont lue, aimée et la conseille. On ne peut que leur donner raison.

« Le droit du sol », une BD d’Étienne Davodeau, publiée chez Futuropolis, à retrouver à la librairie ‘À La Lettre’, 25 euros.

Publié le 28/11/2021 à 05h14

Photo en titre : Récit de 800 kilomètres de marche, de la grotte de Pech Merle jusqu’à Bure. DDM

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