NIGER : L’APRÈS-MINE DE LA HONTE

Depuis plus de 40 ans, la France, au travers de la COMINAK, filiale d’ORANO (ex AREVA), située près de la ville d’Arlit au Niger, extrait du sous-sol 30% de son besoin en uranium pour faire fonctionner ses centrales nucléaires. Pour un pays africain, l’installation d’une compagnie minière, c’est à la fois l’Eldorado et son pire cauchemar. D’un côté il y a de la création d’emplois, mais attention, à des postes subalternes. Pour ceux et celles qui vont « au charbon » et qui n’ont pas droit au chapitre du ruissellement, c’est« Tais-toi et creuse ! ». Et puis de l’autre, le revers de la médaille, pas ou peu de protection des travailleurs, pollution généralisée, de l’air, de l’eau, du sol.

La CRIIRAD accompagne, depuis une vingtaine d’années, l’association AGHIRIN’MAN et son président Almoustapha Alhacen. Aujourd’hui, à l’heure du démantèlement, le constat est sans appel : ORANO se retire car l’extraction n’est plus rentable. En effet, le cours de l’uranium a chuté depuis l’accident de Fukushima. Après avoir épuisé la ressource, il reste les montagnes de déchets, les stériles et les résidus d’extraction dont la teneur en uranium est inférieure au seuil de rentabilité. Cela représente environ 20 millions de tonnes entreposées à ciel ouvert. Le vent transporte les fines poussières et le radon, contaminant l’air et la végétation. L’eau qui s’infiltre contamine les rivières et les nappes phréatiques.

L’Après-mine laisse ainsi des populations désespérées, sans avenir économique et, pour tout dédommagement, un plan de réaménagement du site (plan RDS) dont le budget est d’environ 95 milliards de FCFA (1 FCFA = 0.002 euro). Selon la coordination de la société civile d’Arlit, « ORANO, opérateur principal et unique actionnaire hors Niger, mettra zéro FCFA et visiblement compte combler sa participation avec la vente inopportune des ferrailles, des déchets et objets issus du démantèlement ».

Deux comités de suivi (un national et l’autre local à Arlit) ont été mis en place et se retrouvent devant le fait accompli. Ils n’ont droit qu’à un minimum d’information et n’ont aucune connaissance de ce qui se trame derrière leur dos sur l’exploitation et la fin de l’uranium au Niger.

Sur le plan local, le Préfet d’Arlit et le Maire de la Commune Urbaine, malgré leur forte implication, ne sont ni écoutés par COMINAK, ni considérés comme exprimant les préoccupations des populations.

La coordination de la société civile d’Arlit dénonce, au sujet de la fermeture de la mine souterraine et quelques jours après l’arrêt de la production d’uranium, que la compagnie minière a décidé précipitamment de boucher définitivement les voies d’accès aux 650 km de galerie de la mine et que celle-ci a été ennoyée avec le risque évident de la contamination radiologique de toutes les nappes de la région d’Agadez.

Le démantèlement de l’usine de traitement du minerai d’uranium n’a pas encore commencé mais les travaux juteux seraient réservés à des firmes françaises. Les entreprises nigériennes se contenteraient de la démolition des ateliers pour lesquels elles auraient payé à COMINAK (dans ce qui est appelé une vente sur pied), les ferrailles qu’elles auraient à récupérer dans la démolition.

Le pillage des richesses d’un pays tiers, avec des conséquences désastreuses sur l’environnement, sur la santé des travailleurs et des populations locales, sur l’avenir économique d’une région, n’est pas sans rappeler de mauvais souvenirs… « L’indépendance énergétique » de la France est à ce prix !

Par Didier Glatigny et Roland Desbordes de La CRIIRAD, message reçu le 23 décembre 2021 à 12h53

Photo en titre : Vue générale des installations de l’usine de traitement de minerai de la Somair, à Arlit, Niger. (PIERRE VERDY / AFP)

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