PRIX DE L’ÉLECTRICITÉ : « COMPLÉMENT D’ENQUÊTE » VOUS EXPLIQUE LES RAISONS DE LA COLÈRE CHEZ EDF

Dans le cadre de mesures destinées à contenir la hausse des tarifs de l’énergie, le gouvernement a demandé à EDF d’augmenter le volume d’électricité nucléaire qu’il est tenu de vendre à prix réduit à ses concurrents. Ce mercredi 26 janvier, des salariés du groupe sont en grève suite à cette demande. Quel est ce dispositif et quelles sont ses conséquences pour le premier fournisseur historique d’électricité ? Dans cet extrait d’un document consacré à « EDF, un géant sous tension« , à voir jeudi 27 janvier, « Complément d’enquête » apporte des explications et des exemples. 

Longtemps monopole d’État, EDF a régné en maître absolu sur le marché de l’énergie pendant des décennies. La fin de son monopole et l’ouverture de ce marché à la concurrence en 2007 lui a fait perdre 9 millions de clients. Mais à la source du mécontentement actuel, il y a surtout un dispositif qui oblige l’entreprise publique à vendre une partie de son électricité nucléaire à ses concurrents.(NDLR : à bas prix !)

L’ARENH, « Accès régulé à l’électricité nucléaire historique »  

L’ARENH, pour « Accès régulé à l’électricité nucléaire historique« , a été mis en place en 2011 dans le but de rendre le marché plus équitable. L’idée était de permettre à la concurrence de rivaliser avec un mastodonte qui bénéficie de son parc nucléaire, amorti et très rentable. Le dispositif oblige EDF à vendre un quart de son électricité nucléaire à ses concurrents (et bientôt 30% pour enrayer la hausse des prix de l’électricité) à un tarif qui serait en-dessous des coûts de production d’EDF, selon la Cour des comptes !

De grosses marges pour la concurrence

Des concurrents, EDF en a une quarantaine. « Complément d’enquête » s’est rendu chez l’un des petits derniers, EkWateur. Depuis cinq ans, la société vend de l’électricité à 250 000 clients, mais ne produit rien, n’a aucune centrale. En janvier, par exemple, le mégawatt-heure acheté 42 euros à EDF, EkWateur pouvait le revendre… 250 euros. De grosses marges, donc, « mises en déduction du coût kilowatt-heure de nos clients ensuite », précise le patron de la société, Julien Tchernia. Subventionnée par EDF, EkWatteur ? « Nos clients sont subventionnés par EDF », répond-il.

Un sujet qui fâche chez EDF

On comprend mieux pourquoi, chez EDF, la décision du gouvernement actuel d’augmenter le volume d’électricité nucléaire vendu à prix réduit à ses concurrents passe si mal. Cette mesure aura « un coût pour EDF compris entre 7,7 milliards et 8,4 milliards d’euros en fonction des prix de marché », avait précisé le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire.

Dans un message interne aux cadres d’EDF que « Complément d’enquête » a pu consulter, le PDG Jean-Bernard Lévy a décrit la décision du gouvernement comme un « véritable choc ». L’ARENH est depuis sa naissance un sujet qui fâche chez EDF. Le PDG d’alors, Henri Proglio, ne l’a jamais digéré, le trouvant « stupide ». « C’est assez original ! maugréait-il. On est les seuls industriels au monde à qui on demande de financer des concurrents pour qu’ils viennent vous piquer des parts de marché…« 

Extrait de « EDF : un géant sous tension », un document à voir dans « Complément d’enquête » le 27 janvier 2022.

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Article rédigé par France 2 (France Télévisions), publié le 26/01/2022 à 18h27, mis à jour le 26/01/2022 à 21h27

Complément d’enquête, Édition du jeudi 27 janvier 2022

Pour retrouver cet article et voir la vidéo (3mn49s), cliquer sur : https://www.francetvinfo.fr/economie/industrie/video-prix-de-l-electricite-complement-d-enquete-vous-explique-les-raisons-de-la-colere-chez-edf_4930141.html

NDLR : Ce système est le résultat des politiques ultra-libérales mise en place par les traités européens. Leur crédo : imposer sur les marchés « une concurrence libre et non-faussée ». C’est ainsi que la Commission européenne a obligé la France à imposer à EDF de vendre à bas prix (42 € le MWh) une partie de sa production (100 TWh soit environ 25 à 30% de sa production) à des sociétés qui ne produisent rien et empochent les bénéfices au lieu et place d’EDF. Mais, pour info, quelques rares fournisseurs n’achètent pas leur électricité chez EDF (qui est nucléaire pour l’essentiel), je pense à Énercoop, Ilek, Plüm Énergie… pour ne citer que les principaux. Ces fournisseurs sont à privilégier car ils ne participent pas au « pillage » de la marge d’EDF et leur électricité 100% verte ne provient que de fournisseurs français. De plus notre gouvernement vient d’imposer à EDF  (il y a quelques jours) de porter à 120 TWh la quantité d’électricité qu’EDF doit vendre à ses concurrents !

Pour mémoire, EDF appartient aux français à plus de 85 % (83,8 % à l’État et 1,32 % aux salariés +14, 77 % à des investisseurs institutionnels et individuels).