CENTRALE DU BUGEY, RÉGION AUVERGNE-RHÔNE-ALPES, EURONEWS… CE QU’IL S’EST PASSÉ DEPUIS LES ENQUÊTES DE MÉDIACITÉS (extrait)

EXTRAIT : Au Bugey, « la poubelle nucléaire » d’EDF en service malgré des oppositions suscitées… jusqu’en Suisse

Rappels des faits – Vous l’aviez découvert dans Mediacités en novembre 2017 : à une trentaine de kilomètres de Lyon, sur le site de la centrale nucléaire du Bugey, EDF prévoyait de construire un hangar de 8000 mètres carrés baptisé Iceda. Là, à proximité des rives du Rhône, l’électricien entreposerait des déchets radioactifs issus du démantèlement des réacteurs à l’arrêt un peu partout en France. Ce projet de « poubelle nucléaire », mené loin de l’attention médiatique du méga-centre d’enfouissement de Bure, dans la Meuse, avait dès le départ braqué les associations qui militent contre l’énergie atomique.

Et depuis ? Dix ans environ après les prémices du projet, EDF a officiellement inauguré Iceda le 18 novembre dernier. Des recours qui ont conduit à l’annulation d’un premier permis de construire auront fait perdre un peu de temps à l’industriel, ainsi que la pointilleuse Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui lui a demandé à quinze reprises, entre 2016 et 2020, de compléter son dossier avant de délivrer son feu vert pour l’exploitation.

Dans les faits, l’entrepôt a été mis en service à la fin de l’année 2020. Depuis, onze « colis » d’environ une tonne chacun, en provenance notamment des centrales de Chooz (Ardennes) et de Fessenheim (Haut-Rhin), y ont été réceptionnés. Cinq sont en cours de conditionnement – concrètement, il s’agit d’enfermer les matières radioactives dans des fûts métalliques ou en béton armé. EDF pourra entreposer dans Iceda jusqu’à 2000 tonnes de déchets nucléaires. De manière temporaire pour les plus radioactifs : ceux-ci sont destinés à être transférés dans les galeries souterraines de Bure tôt ou tard. Enfin, plutôt tard : actuellement, l’ouverture du centre de la Meuse n’est pas envisagée avant 2035.

Les militants antinucléaires sont toujours vent debout contre l’installation. Ils s’alarment des rejets radioactifs atmosphériques générés par les activités de conditionnement autant que par le transport des déchets qui affluent par la route ou sur les rails jusqu’au site du Bugey. Ils ont reçu un soutien inattendu de Suisse.

L’an dernier, la ville et le canton de Genève, situés à 70 kilomètres de la commune de Saint-Vulbas où se trouve la centrale, ont déposé un recours contre l’autorisation de mise en service d’Iceda, délivrée par l’ASN le 28 juillet 2020. Sans effet : la justice française ne leur reconnaît pas le droit d’agir, comme le rapporte Le Temps. Mais juridiquement, l’action continue, assure dans le quotidien suisse le conseiller d’État de Genève (équivalent d’un sénateur) Antonio Hodgers, les deux collectivités s’étant constituées parties civiles. En attendant, EDF a prévu d’entreposer à Iceda 30 nouveaux colis au cours de l’année 2022.

Fuite radioactive : condamnation d’EDF confirmée

C’est l’épilogue d’une affaire vieille de quatre ans. Le 7 décembre dernier, la cour d’appel a confirmé la condamnation d’EDF pour une fuite radioactive de tritium survenue à la centrale du Bugey en décembre 2017. L’incident avait contaminé des eaux souterraines. Il avait fait l’objet d’un rapport sévère de l’ASN qui pointait une série de dysfonctionnements et reprochait à l’exploitant un diagnostic tardif des causes de la fuite.

Comme Mediacités l’avait révélé à l’époque, quatre associations antinucléaires avaient porté plainte quelques mois plus tard contre EDF. En première instance, le tribunal de police de Bourg-en-Bresse avait condamné l’industriel à 3000 euros d’amende pour ne pas avoir respecté « les prescriptions de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ». Mal inspiré, EDF avait interjeté appel : la cour a donc confirmé la première décision et obligé le groupe à verser 1000 euros aux parties civiles. En 2016, la centrale du Bugey avait déjà été condamnée pour une précédente fuite (décision là aussi confirmée en appel) après une plainte du réseau Sortir du nucléaire.

Par Nicolas Barriquand, publié le 28 décembre 2021

Photo en titre : Centrale nucléaire du Bugey. Photos : KR Images Presse / N.Barriquand/Mediacités.

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NDLR : 1 000 € d’amende, c’est un encouragement à polluer. Ça ne paye même pas les frais d’avocats. La justice voudrait décourager les associations (qui ne cherchent qu’à protéger les populations) qu’elle ne s’y prendrait pas autrement !