LIVRE : À QUI PROFITE LE CRIME AU SAHARA ?

C’est en poète attaché à ses « frères, derniers grands nomades du Sahara », que Chakib Abdessalam, expert en patrimoine culturel et naturel de cette région désertique, évoque les cinquante-sept expérimentations nucléaires françaises dans le Sahara algérien. Approuvés par les accords d’Évian, ces essais — et c’est là le plus surprenant — ont perduré sous Houari Boumediène, qui « se fait indemniser en 1967 et reconduit le bail deux fois ». L’État français reconnaît le nombre de 27 000 victimes, tandis qu’un prêtre installé en Algérie les estime, lui, à 40 000. Et l’évaluation globale ne peut pas être effectuée, les conséquences de la radioactivité durant vingt-quatre mille ans… La première bombe atomique en 1960, du nom de code « Gerboise bleue », a été suivie de beaucoup d’autres expériences : explosions atmosphériques dans la région de Reggane, souterraines à In-Ekker, expérimentations au plutonium à Taourirt Tan Afella. Tout cela est resté secret. Mais, avec la montée de la conscience écologique, les dégâts commencent à être évalués et l’on dénonce le prix payé par la population. Cet ouvrage y contribue avec pugnacité.

Par Arezki Metref, oublié par « LE MONDE DIPLOMATIQUE »  de janvier 2022

Auteur : Chakib Abdessalam, publié chez Alfabarre, Paris, 2021, 334 pages, 25 euros,

https://www.monde-diplomatique.fr/2022/01/METREF/64233