CRISE AU KAZAKHSTAN : MENACE SUR L’URANIUM ET LE NUCLÉAIRE MONDIAL ?

L’État d’Asie centrale s’est embrasé après une hausse sensible des prix du gaz. Des troubles qui ont un impact direct sur les prix de l’uranium, dont le pays est le premier producteur.

Au Kazakhstan, la tension ne faiblit pas. Le pays est depuis plusieurs jours en proie à des manifestations monstres, qui ont fait des dizaines de morts côté manifestants, à la suite d’une augmentation des prix du gaz dans l’ex-république soviétique. L’état d’urgence a été décrété sur le territoire et le président Kassym-Jomart Tokaïev, craignant un soulèvement dans le pays alors que les protestataires se sont déjà emparés de plusieurs bâtiments administratifs, a demandé l’aide de la Russie voisine pour contenir les émeutiers.  

Corollaire de cette crise, l’uranium, matière première nécessaire au fonctionnement des centrales nucléaires, voit son cours augmenter sur les marchés internationaux. Sur le Nymex, première bourse d’échange au monde sur les métaux, il a passé la barre symbolique des 45 dollars ces derniers jours, son plus haut niveau depuis fin novembre. Peu étonnant, souligne Teva Meyer, maître de conférences en géographie et géopolitique à l’Université de Haute-Alsace et spécialiste du nucléaire : « Les évènements au Kazakhstan ont forcément un effet sur le marché de l’uranium, à cause de la part que représente le pays dans les réserves disponibles et son rôle comme premier producteur mondial [40% de parts de marché environ] ».  

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La Russie, par exemple, dépend « presque entièrement de cette source pour ses besoins internes comme pour l’alimentation en combustibles des réacteurs russes VVER à l’étranger« , rappelle Teva Meyer. Mécaniquement, l’instabilité que connaît le pays a un impact direct sur les principales entreprises du secteur en Bourse. Kazatomprom, la compagnie nationale minière du pays, cotée à Londres, a perdu 8% mercredi, puis plus de 6% jeudi. Le canadien Cameco, l’un des plus grands producteurs au monde, a également perdu 6% ces dernières 24 heures sur les marchés.

Peu de risque de pénurie

Faut-il pour autant craindre une pénurie pour le secteur de l’atome au niveau mondial ? Probablement pas. Sur place, les protestations n’ont pas encore débouché sur un quelconque arrêt des mines. « L’exploitation de l’uranium se déroule comme prévu, il n’y a pas eu d’arrêt de production. La société remplit ses contrats d’exportation« , jugeait un porte-parole de Kazatomprom peu après le début du conflit. Un constat confirmé à L’Express par le groupe Orano, partenaire de Kazatomprom sur les gisements de Muyunkum et Totkuduk, qui constituent la plus grande mine au monde. Ce seul site, exploité par la coentreprise Katco, étant capable de produire 4000 tonnes d’uranium par an. « Notre site est situé dans une région isolée, loin des zones de tension. À ce stade, l’activité n’est pas suspendue et il n’y a pas d’impact sur l’approvisionnement en uranium« , souligne-t-on du côté de l’entreprise, qui ajoute qu’aucun rapatriement n’est encore prévu à ce stade.  

Le Kazakhstan, terre de convoitise de l’industrie nucléaire. Crédit Teva Meyer

Pour Teva Meyer, il y a peu d’inquiétude à avoir sur une éventuelle rupture d’approvisionnement pour les pays nucléarisés. D’abord en raison du contexte local : « La production d’uranium au Kazakhstan est réalisée par une méthode d’injection de liquide dans le sol, à la différence des mines à ciel ouvert ou en puits comme au Niger ou en Namibie. Les exploitations demandent moins de présence physique en surface et sont donc moins sensibles aux aléas sécuritaires« , explique cet expert. Les producteurs de combustibles disposent également « de stocks tampon d’uranium ainsi que de combustibles déjà assemblés pour éviter les risques de ruptures. »  

Par Lucas Mediavilla, publié le 07/01/2022 à 13h05, mis à jour à 15h07

Photo en titre : dans une usine de production nucléaire kazakh-chinoise située à Ust-Kamenogorsk, le 12 novembre 2021. Xinhua via AFP

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NDLR : Rassurez-vous braves gens, la France n’est pas concernée puisque, nos gouvernants nous le répètent à l’envi, le nucléaire nous rend indépendants! Cette «indépendance» serait-elle un mensonge ? Vous croyez? À méditer !