Cinq réacteurs nucléaires sont concernés par des problèmes de corrosion. EDF étudie actuellement les raisons de ce qui est présenté comme un « phénomène inexpliqué« . Pour l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, il s’agit d’un « événement sérieux«
Les Français vont-ils subir des coupures d’électricité ou une baisse de tension cet hiver ? La question n’est pas aussi saugrenue qu’elle n’y paraît. Si un froid intense, conjugué à un manque de vent empêchant les éoliennes de tourner, s’installait, cela pourrait bien devenir un scénario envisageable. La raison : la capacité de production du parc nucléaire – qui représente 70% de l’électricité produite en France – est actuellement diminuée.
Depuis la mi-janvier, sur les 56 réacteurs que compte l’Hexagone, 10 sont indisponibles. Le pays est privé de près de 20% de ses capacités de production. Au-delà de plusieurs visites décennales – nécessaires pour prolonger de dix ans la durée d’exploitation d’une centrale – entraînant un arrêt temporaire des réacteurs, un problème de corrosion est apparu dans cinq réacteurs. Un défaut qui a conduit EDF à stopper leurs productions.
« Rien ne saute aux yeux »
Parmi les réacteurs touchés, ceux des centrales de Civaux (Vienne), de Chooz (Ardennes) et de Penly (Seine-Maritime) sont parmi les plus puissants du parc français. L’anomalie constatée – des fissures dans le circuit d’injection de sécurité – reste pour le moment « un phénomène inexpliqué », selon EDF qui étudie le problème. En parallèle, l’entreprise va contrôler l’ensemble du parc nucléaire français à la recherche de nouveaux problèmes de ce type.
« Il s’agit d’un problème d’endommagement des tuyauteries qui résulte d’une corrosion sous contrainte engendrée par l’action conjuguée d’une contrainte mécanique résiduelle, liée aux opérations de soudage et d’un milieu agressif dans le circuit primaire principal », précise Karine Herviou, directrice générale adjointe en charge de la sûreté des installations nucléaires à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Ceci engendre des fissures dans le système qui permet d’injecter de l’eau dans le circuit censé refroidir le cœur du réacteur, en cas de brèche.
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« Normalement, le choix des matériaux et la surveillance des fluides permet d’empêcher cela. L’acier inoxydable, constitué de fer, allié avec du chrome et du nickel ainsi que l’intensité des procédés de soudage sont fait pour éviter ce risque de corrosion sous contrainte « , indique la spécialiste. Pour ce qui est de l’origine du problème actuel, elle confirme que « rien ne saute aux yeux ».
Un événement jugé « sérieux«
« Nous avons quelques pistes, mais elles restent à confirmer. Des expertises complémentaires en laboratoire vont être menées », ajoute-t-elle. Si, sur les 30 dernières années, 150 événements problématiques du même type ont été enregistrés dans le monde, le souci qui affecte les centrales françaises reste mystérieux pour le moment.
Au stade actuel des connaissances, pour Karine Herviou, il est « difficile de se prononcer sur la dangerosité » de ce phénomène de corrosion, car il faut notamment savoir s’il est « évolutif dans le temps ». Même si ce souci n’est que de « l’ordre de quelques millimètres par an », pour l’experte, il « s’agit d’un événement sérieux ».
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Que va-t-il se passer désormais ? « Nous attendons le dossier technique d’EDF qui doit expliciter le défaut et la stratégie mise en place pour corriger cette anomalie. À l’IRSN, nous rendrons un avis technique qui sera transmis à l’ASN (l’Autorité de sûreté nucléaire, ndlr) qui décidera si elle suit notre analyse ou non. C’est l’ASN qui a compétence pour imposer telle ou telle stratégie à EDF« , précise la directrice générale adjointe en charge de la sûreté à l’IRSN.
Pour ce qui est du redémarrage des réacteurs concernés par ce problème de corrosion, il n’est pas prévu avant un moment. Celui de Penly est arrêté jusqu’au 30 mai. À Civaux, le premier réacteur doit reprendre du service le 31 août et le second le 31 décembre. Quant à Chooz, cela sera également en fin d’année 2022 pour le réacteur numéro 2. Concernant le réacteur numéro 1, le redémarrage reste pour l’instant fixé au 11 février.
Il va donc falloir espérer un hiver clément pour s’éviter les sueurs froides d’un éventuel black-out.
Par Julien CHAILLOU (France Live), publié le 21/01/2022 à 11h10
Photo en titre : © Les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Civaux ont été mis à l’arrêt après la détection de problèmes de corrosion. Crédit : Wikipedia Commons
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