UNE ENQUÊTE PUBLIQUE POUR PROLONGER LE FONCTIONNEMENT DU VIEUX RÉACTEUR N°1 DU TRICASTIN EST OUVERTE PENDANT QUELQUES SEMAINES. RÉAGISSEZ, DITES NON !

EDF veut et espère prolonger de dix années de plus le fonctionnement d’un des plus vieux réacteurs nucléaires de France, le n°1 situé au Tricastin en zone sismique et en zone inondable, délabré et fissuré. Après des rafistolages sa durée de vie, initialement prévue à 30/40 ans, serait portée à 50 ans. Pour ce faire une enquête publique est ouverte du 13 janvier au 14 février 2022. Si les habitants de la vallée du Rhône, et d’ailleurs, sont appelés à donner leur avis ce délai très court ne permettra pas à une majorité d’en être informée, de consulter le dossier de plusieurs centaines de pages et d’en analyser le contenu, de pouvoir se faire une opinion éclairée. C’est, une fois de plus, un nouveau coup de force perpétré par la nucléocratie contre la démocratie, la santé et la sécurité de la population. Si le réexamen passe, l’ASN donnera son feu vert et ce sera banco pour 10 ans de plus, voir 20 ans de plus, de fonctionnement du nucléaire en France.

Une réglementation taillée sur mesure pour satisfaire les exigences du lobby nucléaire

Le code de l’environnement français prévoit que chaque réacteur atomique doit tous les 10 ans faire l’objet d’un réexamen « approfondi » afin d’apprécier la situation de l’installation nucléaire de base (INB) au regard des règles édictées par l’Autorité de Sûreté Nucléaire établis en accord avec le lobby nucléaire. L’article L.593-1 prévoit d’actualiser l’appréciation des risques ou inconvénients concernant la sécurité, la santé, la salubrité publique, la protection de la nature et de l’environnement au regard des pratiques internationales actualisées de la nucléocratie censée intégrer les enseignements des catastrophes nucléaires et défaillances multiples subis par l’installation.

Passée la 35ème année de fonctionnement d’un réacteur, l’exploitant nucléaire d’une INB (EDF, Areva-Orano, CEA) propose de possibles solutions pour tenter de remédier aux dysfonctionnements, incidents, anomalies constatées. Avec l’aval de l’ASN des travaux partiels sont entrepris pendant cette « VD4 » (pour le réacteur n°1 du Tricastin du 01 juin 2019 au 23 décembre 2019) puis une visite décennale des 40 ans par les inspecteurs de l’ASN est effectuée en vue d’enclencher une procédure d’autorisation de poursuite de fonctionnement de l’installation (article L. 593-15 du code de l’environnement).

En zone sismique et inondable sans piscine de déchets nucléaires bunkérisée

Mais l’ensemble du site atomique du Tricastin et sa douzaine d’installations nucléaires (Areva-Orano, EDF, CEA) se trouvent en zone sismique comme nous l’a rappelé le tremblement de terre/séisme du Teil 11 novembre 2019 ressenti jusqu’au Tricastin (à ce jour la définition de l’aléa sismique du site nucléaire du Tricastin n’a toujours pas été réévaluée). Et les quatre réacteurs atomiques tout comme les autres installations nucléaires sont exposés et sous la menace permanente d’un risque d’inondation du fait de la mitoyenneté du canal de Donzère-Mondragon dont les digues sont fragilisées malgré les réparations multiples effectuées de-ci de-là. Si les réacteurs nucléaires sont noyés c’est la fonte des cœurs atomiques comme à Fukushima. D’autant que malgré l’installation de moteurs diesel d’ultime secours (DUS) pouvant produire un peu d’électricité pour alimenter la centrale nucléaire pendant un peu plus de 24h la presse a révélé qu’ils étaient affectés d’un problème d’huile pouvant déclencher un incendie lors de leur mise en route (Dans un rapport de l’autorité de sûreté américaine des feux se sont déclenchés sur 9 des 20 machines testées, EDF semble ne pas en avoir tenu compte).

De plus les piscines qui stockent les produits de fission atomique usés (faussement nommé « combustible« ) pendant dix ans pour attendre une diminution du niveau de radioactivité mortelle avant de pouvoir les manipuler sont situées au pied de chaque réacteur nucléaire. Or leur confinement bunkérisé n’a jamais été prévu au Tricastin. Et à la place, l’ASN et EDF ont seulement décidé de mesurettes complémentaires pour tenter de compenser une perte d’eau froide en cas de brèche et de perte d’eau des piscines : un dispositif de refroidissement mobile serait apporté d’ailleurs sur site par la Force d’Action Rapide Nucléaire (FARN) qui prélèverait alors l’eau nécessaire dans la nappe souterraine. Sans aucune certitude sur la possibilité d’approcher les piscines en cas d’accident nucléaire, de séisme ou d’inondation.

Et, avec le réchauffement climatique, l’eau pompée dans le canal indispensable pour refroidir en permanence les réacteurs atomiques et dans la nappe phréatique ponctuellement pourrait venir à manquer. Un risque supplémentaire.

Un enjeu majeur pour le business contre la santé et la sécurité du territoire et de la population

EDF a ainsi remis son « rapport de conclusion de réexamen » du réacteur n°1 du Tricastin à l’ASN, tout bien présenté et embellit, car la prolongation jusqu’à 50 ans est un enjeu crucial pour le business de l’entreprise. En effet ce réacteur nucléaire obsolète et rafistolé sert de « tête de pont  » à la série des 32 autres réacteurs nucléaires de 900MW disséminés un peu partout sur le territoire. Si le réexamen passe c’est banco pour 10 ans de plus, voir 20 ans de plus, de fonctionnement du nucléaire en France. Avec ses fuites à répétition, ses rejets quotidiens de radioactivité dans l’air et dans l’eau, la production de centaines de tonnes de déchets mortels.

Ce réacteur n°1 présente et cumule une vingtaine de fissures non-réparables dans sa cuve où se produit la réaction atomique malgré les travaux entrepris (1), des incidents surviennent régulièrement et plusieurs arrêts en urgence (Scram) ont eu lieu sur les quatre réacteurs de la centrale atomique, des salariés sont victimes de la radioactivité (2), 44 incidents entre 2010 et 2020 répertoriés par l’ASN (3) rendent le risque d’accident grave de plus en plus probable et inévitable. Toute la région serait alors évacuée de force par l’armée, les maisons, jardins, commerces et entreprises, champs et vignes seraient durablement contaminés. Toute la vallée du Rhône serait sinistrée, l’axe Paris-Lyon-Marseille serait coupé et impraticable (4) sans retour possible à la normale (les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et Fukushima le démontrent).

L’enquête publique ouverte du 13 janvier au 14 février 2022 : les dés sont pipés

L’enquête publique doit permettre au public de se prononcer sur la poursuite ou non de fonctionnement de ce réacteur.

Mais les dés sont pipés : le périmètre de l’enquête publique défini par le préfet de la Drôme est de seulement 5 km autour de la centrale alors que le Plan Particulier d’Intervention (PPI) de la zone à évacuer en cas d’incident est de 20 km. Réglementation de 20 km qui nie d’ailleurs toujours la réalité : les nuages radioactifs parcourent des centaines et milliers de km autour des sites atomiques en perdition comme à Tchernobyl (1200km) et à Fukushima (450km).

Avec cette limitation à 5 km EDF et l’ASN manipulent, s’assurent d’un résultat conforme à leurs vœux et exigences et jouent sur du velours : les études quasi annuelles réalisées par l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) montrent que plus on habite près d’un site nucléaire plus on est favorable au nucléaire du fait qu’un nombre important de personnes travaillent dans le nucléaire, que leur famille et les commerçant tout comme les communes y perçoivent des avantages financiers.

Après les nombreux incidents et anomalies qui se sont produits sur ce réacteur depuis sa remise en service après sa visite décennale et les révélations d’un cadre-ingénieur de la centrale nucléaire avec  plainte en justice contre la direction du site nucléaire d’EDF-Tricastin pour « mise en danger de la vie d’autrui », dissimulation d’incidents et d’écarts en matière de sureté et intimidations dont il a été l’objet pour le faire taire (5) : il est indispensable de DIRE NON à la prolongation lors de cette enquête publique. 45 000 personnes ont signé une pétition demandant l’arrêt immédiat du réacteur n°1, pétition qui sera remise au Commissaire-enquêteur.

Si vous habitez dans les 20 km autour de la centrale nucléaire : informez-vous dans votre mairie et/ou passez voir le commissaire enquêteur dans ses permanences (5). Si vous habitez ailleurs, vous pourrez envoyer vos commentaires par e-mail depuis le 13 janvier 2022 : enquete-publique-2797@registre-dematerialise.fr à l’intention de Monsieur Bernard Brun, Président de la commission d’enquête publique du prolongement du réacteur n°1 du Tricastin.

NOTES

(1) La cuve est fragilisée par une vingtaine de fissures dont nul ne connait et ne peut prédire l’évolution malgré l’introduction d’un matériau absorbeur de neutrons (hafnium) dans les zones les plus irradiées par les neutrons faisant face aux assemblages/crayons de produits de fission radioactive.

(2) Tricastin. Rescapé d’un cancer, il dénonce les dangers du nucléaire : « Nous sommes de la chair à canon ».

(2) Un nouveau florilège de défaillances et erreurs inquiétantes à la centrale atomique du Tricastin
. Fake News institutionnelle : Non Tricastin 1 n’a pas reçu le feu vert de l’ASN pour son exploitation au-delà de 40 ans et Test-simulation au Tricastin-EDF : très loin du niveau indispensable pour empêcher une pollution environnementale
. Encore une fuite de tritium radioactif à la centrale nucléaire du Tricastin : 2000 litres mortels déversés atteignant jusqu’à 28 900 Becquerel par litre
. Pollutions et contaminations radioactives du Tricastin : rien n’a changé depuis le référé de 2013 contre EDF et l’ASN.
. Défaillance sur le réacteur n°3 du Tricastin. Risques accrus pour la sécurité?
. Tricastin : arrêt d’urgence du réacteur atomique n°2
. Tricastin : coup de chaud sur le refroidissement après la défaillance d’une pompe du réacteur n°1
. Nouvelles découvertes de défauts de résistance au séisme de 19 réacteurs nucléaires de 900 MWe d’EDF dont 2 réacteurs au Tricastin et 4 à Cruas
. Alerte sur 28 réacteurs nucléaires de 900 MWe d’EDF : les grappes de commande ont été mal contrôlées n’assurant plus la maîtrise de la réaction en chaîne atomique
. Tricastin : ça va de plus en plus mal
. Prochain arrêt du réacteur n°4 de Tricastin : un plan de réparations et d’entretien qui néglige copieusement la sécurité et oublie beaucoup de contrôles et remise en état
. Alarme incendie au Tricastin dans le bâtiment du réacteur nucléaire n°4
. Tricastin : défaillance sur le système d’extraction d’iode radioactive du réacteur atomique n°2
.
3 réacteurs de Tricastin à l’arrêt !
.
Défaillance du réacteur nucléaire n°1 du Tricastin qui sert de test pour prolonger au delà des 50 ans tout le parc de 900MW

(3) http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2021/06/18/Centrale-nucleaire-du-Tricastin_quels-territoires-seraient-touches-en-cas-d-accident-majeur

(4) Ce lanceur d’alerte révèle que tout a été fait pour donner la meilleure image possible de la centrale nucléaire et de ce réacteur avant la visite décennale des 40 ans, quitte à passer sous silence ou à minimiser certains incidents au mépris des règles fondamentales de sûreté.

(5) La commission d’enquête est composée de : Président : M. Bernard Brun, Urbaniste territorial, retraité, – Titulaires : M. Henri Vigier, Ingénieur agronome, retraité, M. Alain Valade, Cadre de l’Industrie, retraité, M. Pierre Feriaud, Ingénieur, retraité, M. Patrick Leture, Officier de la Marine nationale, retraité.

Présences en mairies pour recevoir les observations du public où le public peut consulter le support (papier) aux jours et heures d’ouverture de la mairie, et consigner ses observations et propositions directement sur les registres d’enquête:
– Jeudi 13 janvier 2022 de 09h00 à 12h0 et Jeudi 27 janvier 2022 de 17h00 à 20h00 et Samedi 05 février 2022 de 09h00 à 12h00 et Lundi 14 février 2022 de 14h30 à 17h30 en mairie de ST-Paul les 3 châteaux
– Lundi 17 janvier 2022 de 14h00 à 17h0 et Jeudi 03 février 2022 de 14h00 à 17h00 en mairie de Lamotte du Rhône
– Lundi 17 janvier 2022 de 15h00 à 18h0 et Mardi 1er février 2022 de 09h00 à 12h00 en mairie de Pierrelatte
– Jeudi 20 janvier 2022 de 09h00 à 12h0 et Mardi 08 février 2022 de 14h00 à 17h00 en mairie de Bollène
– Mardi 25 janvier 2022 de 09h00 à 12h0 et Vendredi 04 février 2022 de 09h00 à 12h00 en mairie de La Garde Adhémar
– Vendredi 28 janvier 2022 de 15h00 à 18h00 et Vendredi 04 février 2022 de 09h00 à 12h00 en mairie de Saint Restitut
– Jeudi 03 février 2022 de 17h00 à 20h00 et Samedi 12 février 2022 de 09h00 à 12h00 en mairie de Lapalud

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Par admin, publié le vendredi 21 janvier 2022 à 10h06

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2022/01/22/enquete-publique-prolongation-fonctionnement-reacteur-1-Tricastin