CHERCHANT L’ATTENTION DE WASHINGTON, PYONGYANG TIRE SON MISSILE LE PLUS PUISSANT DEPUIS 2017

À quelques jours de l’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, le régime de Kim Jong-un a testé, ce dimanche matin, un missile balistique à portée intermédiaire similaire, en violation complète des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Les experts estiment que le pays pourrait préparer d’autres provocations et peut-être oser un essai nucléaire.

Empêtrée dans une situation économique catastrophique et incapable de relancer des pourparlers sur sa dénucléarisation avec la communauté internationale, la Corée du Nord a réactivé le cycle de provocations dont elle avait usé en 2017 pour pousser les États-Unis à renouer le dialogue. Après avoir tiré six engins militaires depuis le début de l’année, le régime de Kim Jong-un a lancé, ce dimanche matin, un missile balistique particulièrement puissant en violation complète des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.

D’après les premières analyses des services de renseignement des armées sud-coréenne, japonaise et américaine, le missile aurait décollé à 7 h 52 de la province de Jagang et aurait atteint une altitude de 2.000 km dans une trajectoire en « cloche » avant de retomber en mer à 800 kilomètres, à l’est de son point de départ. L’engin aurait plongé, après une trentaine de minutes de vol, dans la Mer du Japon en dehors de la zone économique exclusive dépendant de Tokyo.

La fin du moratoire

Selon les experts, ce lancement tranche avec ceux pratiqués au fil de 2021 et en janvier 2022 . « Au regard de sa trajectoire, c’est probablement un missile balistique à portée intermédiaire de type Hwasong-12 capable de voler sur 4.500 kilomètres », a rapidement noté Jeffrey Lewis, professeur au Middlebury Institute of International Studies. C’est le missile disposant de la portée la plus grande testé par le pays depuis le lancement, en novembre 2017, du Hwasong-15, a confirmé le Ministre japonais de la défense Nobuo Kishi.

À l’époque, la Corée du Nord avait enchaîné des essais de missiles balistiques intercontinentaux et testé une puissante charge nucléaire. Ce cycle avait entraîné le vote, aux Nations unies, de sanctions économiques punitives contre le régime qui avait finalement annoncé un moratoire sur ses essais de bombes atomiques et de missiles balistiques intercontinentaux avant de relancer des pourparlers avec Washington, Séoul, Pékin et Moscou.

« Si l’engin correspond effectivement à un missile de portée intermédiaire, cela signifie que la Corée du Nord est sur le point de renoncer au moratoire », a regretté, dans la journée, le président sud-coréen Moon Jae-in, qui rêvait d’achever son mandat, au printemps prochain, en ayant pacifié les relations entre les deux Corées et en ayant activé de multiples coopérations bilatérales.

« La Corée du Nord doit maintenant arrêter d’accentuer les tensions dans la région et accepter les offres de dialogue de la Corée du Sud et des États-Unis », a insisté le chef de l’État qui s’était démené pour pousser Kim Jong-un à négocier avec Donald Trump avant que leurs échanges ne débouchent sur une énième impasse en 2019.

Une fois encore, la dictature espère que cette mise en scène de la puissance de son arsenal, qui pourrait comprendre, dans les prochaines semaines, un nouvel essai nucléaire, contraindra ses interlocuteurs à discuter et à, éventuellement, faire quelques concessions. Kim Jong-un espérant toujours obtenir un allégement des sanctions qui étouffent son économie et nuisent à son pouvoir . Mais il se heurte, cette fois, à un contexte international plus délicat.

L’indifférence de Washington

Si elle dit publiquement qu’elle est prête à dialoguer avec la Corée du Nord, l’administration Biden, très concentrée sur la poussée des tensions entre la Russie et l’Ukraine, refuse de promettre la moindre concession et Pyongyang dispose de moins en moins « d’alliés » susceptibles de convaincre Washington d’adoucir cette posture de fermeté.

À Séoul, le président Moon Jae-in va bientôt quitter le pouvoir et les candidats à sa succession apparaissent moins tentés par une politique d’ouverture à l’égard du Nord. À Pékin, le régime de Xi Jinping est, lui, concentré sur l’organisation, malgré l’épidémie de Covid-19, de ses Jeux Olympiques d’hiver, dont la cérémonie d’ouverture est programmée vendredi.

« Il me semble d’ailleurs difficile de croire que Xi Jinping est ravi d’être informé de ces derniers tests de missiles nord-coréens alors que les Jeux débutent dans quelques jours seulement », remarquait, dimanche matin, John Delury, un professeur d’Études Chinoises à la Yonsei University de Séoul.

Par Yann Rousseau, publié le 30 janvier 2022 à 11h30

Photo en titre : Un écran de télévision montrant une émission d’actualités avec des images d’archives d’un test de missile nord-coréen, dans une gare de Séoul le 30 janvier 2022. (Jung Yeon-je/AFP)

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