RÉACTEUR DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE CHINON À L’ARRÊT : LES ANTI-NUCLÉAIRES INQUIETS

Le réacteur B3 du CNPE de Chinon va être arrêté pour quelques semaines à partir de ce samedi 19 février 2022, pour vérifier son système de sécurité. Pas de quoi rassurer le collectif Sortir du nucléaire-Touraine, qui veille au grain. 

L’unité de production n°3 de la centrale nucléaire de Chinon va être arrêtée ce samedi 19 février pour des contrôles préventifs de son système de sécurité, suite à la découverte de défaillances dans les centrales de Civaux, Chooz et Penly.

Sortir du nucléaire-Touraine s’interroge sur la nature, le nombre de fissures découvertes et leurs raisons. Le groupe local ne cache pas son inquiétude face à ce contrôle préventif qui concerne cinq autres réacteurs en France. « Si c’est un problème générique, EDF va être obligée de contrôler tous ses réacteurs en activité« , avance Philippe Gardelle.

« Quand on habite près d’une centrale, la taxe professionnelle achète les consciences. » (Philippe Gardelle, représentant chinonais du collectif Sortir du nucléaire-Touraine)

Pour le militant antinucléaire, l’État n’a qu’une seule solution : la fermeture des 56 réacteurs en activité et la mise en place d’une « politique basée sur la sobriété énergétique et le scénario 100 % renouvelable de RTE (un des scénarios envisagés par le gestionnaire du réseau pour atteindre la neutralité carbone à horizon 2050, NDLR) que nous préconisons depuis plusieurs décennies. Dire que le nucléaire est zéro carbone (1) et va sauver le climat, c’est faux. Le nucléaire, c’est de la mine, pour extraire l’uranium au Niger, Kazakhstan, jusqu’aux déchets. »

En attendant, le groupe continue son travail de terrain : avec des prélèvements trimestriels dans la Loire pour détecter la pollution chimique et nucléaire en amont et en aval de la centrale nucléaire de Chinon, avec un ciné-débat qui a réuni 35 personnes le 8 février et par des réunions publiques quand la situation sanitaire le permettra.

Convaincre de sortir de l’énergie atomique à l’ombre de quatre réacteurs n’est pas une sinécure. « Quand on habite près d’une centrale, la taxe professionnelle achète les consciences (le CNPE de Chinon représente 63 millions d’euros d’impôts et taxes, 68 millions de commandes aux fournisseurs en 2021, NDLR), il faudrait que les gens soient capables d’écouter, ils ne veulent même pas entendre et sont parfois agressifs avec nous.« 

(1) Selon l’Ademe, l’électricité d’origine nucléaire émet 66 g de CO2 par kWh, une moyenne mondiale, revue à 6 gCO2/kWh pour les réacteurs français.

Le tritium remonte à la surface

Des représentants du collectif Sortir du nucléaire en train de prélever dans la Loire sur le pont à proximité du CNPE de Chinon, en janvier 2021. Malgré l’étude et la campagne de prélèvements « à haute fréquence » réalisées par l’IRSN, ces derniers continuent à prélever dans la Loire. © (Archives NR)

Le 18 juin 2019, l’association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest (ACRO) publiait les résultats d’une campagne de mesures citoyennes dans la Loire et la Vienne. Des résultats anormalement élevés d’une concentration en tritium (310 Bq/l) (1) relevés sur un prélèvement d’eau réalisé le 21 janvier de cette même année dans la Loire, au niveau du pont Cessart, à Saumur.

Des rejets pas toujours détectés par la station de surveillance d’EDF

Dans son rapport 2021 sur la surveillance radiologique de l’environnement autour des installations nucléaires de la Loire et de la Vienne, l’ACRO annonce même que ces résultats sont deux fois plus élevés que l’activité « record«  enregistrée par EDF en aval de Chinon. La mesure avait alors déclenché de nombreuses investigations de la part de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Ce dernier a notamment mené une étude qui consistait à réaliser une campagne de mesures entre novembre 2020 et avril 2021, au rythme de sept prélèvements par jour sur cinq points différents à Saumur. Dans son rapport d’expertise, l’IRSN déclare que cette étude a permis d’exploiter plus de mille mesures de la concentration en tritium et que les niveaux de ces mesures varient entre 2,3 et 57 Bq/l.

« Les résultats rendent peu probable que l’hypothèse d’un mélange imparfait des rejets du CNPE de Chinon puisse expliquer la mesure atypique à 310 Bq/l du 21 janvier« , avance l’IRSN, tout en assurant qu’un dysfonctionnement de la clarinette de rejet ne pourrait pas non plus être à l’origine de la mesure atypique.

Deux nouveaux points de prélèvements ajoutés en aval de Chinon

Toujours dans son rapport 2021, l’ACRO, en collaboration avec le collectif Loire Vienne zéro nucléaire, déclare, elle, qu’ « il n’existe pas un bon mélange des rejets de tritium en aval de la centrale de Chinon sur plus de 20 km« . L’IRSN relève de son côté que la station de surveillance d’EDF, située en aval de Chinon, ne détecte pas toujours ses propres rejets.

L’ACRO et le collectif Loire Vienne zéro nucléaire, qui disent poursuivre les prélèvements au niveau du pont Cessart de Saumur malgré l’étude de l’IRSN, relèvent « un déséquilibre entre la rive gauche et la rive droite. Dans les derniers échantillons d’octobre 2021, il y a 2,5 fois plus de tritium en rive droite qu’en rive gauche du pont Cessart« .

Depuis novembre 2021, deux points de prélèvements ont ainsi été ajoutés en aval de Chinon, rive gauche et rive droite, afin de suivre les problèmes de mauvais mélange des rejets radioactifs.

(1) Becquerel par litre. Un becquerel équivaut à une désintégration par seconde.

Publié le 15/02/2022 à 15h56, mis à jour le 16/02/2022 à 12h05

Photo en titre : Le réacteur n°3 de la centrale nucléaire de Chinon va être arrêté à partir de ce samedi 19 février 2022 et ce pour plusieurs semaines, dans le cadre d’une vérification de son système de sécurité. © (Archives NR, Alexandre Salle)

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